Deux événements récents aux États-Unis ont fait réagir l’opinion publique. Tout d’abord, le 30 septembre dernier, Christa Pike a survécu à son exécution par injection létale. Deux doses de pentobarbital n’ont pas entraîné sa mort. Le gouverneur de l’État du Tennessee, Bill Lee, où a eu lieu sa tentative d’exécution, a suspendu toutes les peines de mort. Une enquête est en cours. Puis, le 8 octobre dernier, le secrétaire à la Guerre des États-Unis, Pete Hegseth, déclarait que Nidal Hasan serait fusillé par un peloton d’exécution. Le secrétaire a également ajouté que cette exécution, le 3 décembre prochain, serait publique et retransmise par les médias.
Le 2 octobre, le président Donald J. Trump a approuvé la peine capitale dans l’affaire de Nidal Hasan. Le 15 octobre, il a toutefois fini par déclarer que l’exécution ne sera pas retransmise par les médias.
Nous savons que, le 31 mars 2025, la Cour suprême des États-Unis a refusé d’entendre un appel de Nidal Hasan concernant sa condamnation par la cour martiale. Actuellement, nous ignorons si des procédures de dernières minutes seront prises. Rappelons qu’en 2009, sur une base militaire, cet ex-psychiatre et major des forces armées tuait 13 personnes et en blessait 30 autres. Ce geste a été jugé délibéré et ne découlait pas de la folie.
Non à la mort comme spectacle
Vendredi le 9 octobre, le cardinal Parolin, en se référant directement à la situation de Nidal Hasan, déclarait: «Il est vraiment incompréhensible que quiconque puisse vouloir recourir à cette méthode à notre époque. […] Je ne vois pas à quoi cela pourrait servir. Il est tout à fait inacceptable de transformer la mort en spectacle. Quelle que soit la culpabilité de la personne, il existe d’autres moyens.» Il a affirmé que la peine de mort «est incompatible avec la dignité humaine et n’a aucun effet dissuasif».
L’archevêque au service militaire des États-Unis, Mgr Timothy P. Broglio, a pour sa part émis une déclaration publique le 12 octobre au sujet de l’exécution publique de Nidal Hasan. Après avoir réitéré ses sympathies aux familles des victimes et avoir rappelé la position officielle de l’Église catholique sur la peine de mort, il a ajouté :
«Voulons-nous vraiment imiter les terroristes de ce monde et faire du massacre barbare de nos adversaires un spectacle public ? Le crime commis par Nidal Malik Hasan était odieux, mais est-il vraiment utile d’exposer le public à son exécution ? A-t-on considéré la blessure morale que pourraient subir les membres du peloton d’exécution? Pourra-t-on réparer l’effet d’une diffusion en direct sur les jeunes, si impressionnables, pendant l’année du 250e anniversaire de notre indépendance? L’armée américaine jouit généralement d’une bonne réputation dans le monde. Y a-t-il vraiment un avantage à la mettre dans le même panier que les terroristes en diffusant à la face du monde l’image de l’exécution d’un homme en fauteuil roulant? Cette décision reflète-t-elle la dignité de la personne humaine?»
Au delà du cas de Nidal Hasan, plusieurs évêques américains s’inquiètent du changement de culture que tente d’instaurer Pete Hegseth dans l’armée américaine.
On sait que le clergé catholique américain dénonce et demande le rejet de la peine de mort dans le dossier de Hassan. Le président de la Conférence épiscopale des États-Unis, Mgr Paul Stagg Coakley, a déclaré que cette exécution «ne fera que nuire au tissu moral de notre nation». «Notre Dieu est le Dieu de la vie: les actes de Hasan ne peuvent en aucun cas être justifiés, mais cette décision constitue une promotion barbare d’une culture de la mort et doit être reconsidérée».
Au delà du cas de Nidal Hasan, plusieurs évêques américains s’inquiètent du changement de culture que tente d’instaurer Pete Hegseth dans l’armée américaine. Celui-ci souhaite notamment rebaptiser le nom du département de la Défense en celui de département de la Guerre, afin de projeter une image des États-Unis comme étant plus «offensifs».
Plusieurs prélats américains ont dénoncé ce changement de culture. Dans le contexte de la guerre en Iran, en mars 2026, le cardinal Blaise J. Cupich, de l’archidiocèse de Chicago, a émis un «appel aux consciences» face à une violence transformée en spectacle : «La crise morale à laquelle nous faisons face ne concerne pas seulement la guerre elle-même, mais aussi notre manière, en tant que spectateurs, de regarder la violence : la guerre est désormais devenue un sport de spectateurs ou un jeu de stratégie.»
Comparée à ces déclarations fortes, la réaction de Léon XIV à propos de la peine de mort se distingue par sa prudence. Le samedi 10 octobre, lors de la Journée mondiale contre la peine de mort, le pape a lui-même écrit sur X que la peine de mort est «inadmissible, car elle constitue une atteinte à l’inviolabilité et à la dignité de la personne». Il n’a toutefois pas nommé la situation américaine, se contentant de reprendre la formule du paragraphe 2267 du Catéchisme de l’Église catholique, tel que modifié par le pape François en 2018.
Où se situe l’Église sur la peine de mort?
Il suffit d’évoquer l’Inquisition pour rappeler que la peine de mort a longtemps été acceptée par le catholicisme. Au sein des États pontificaux, la dernière exécution a eu lieu en 1870. Lors de la création de la Cité du Vatican en 1929, la peine de mort fut prévue dans l’éventualité d’un attentat contre le pape. Cette exception n’a toutefois jamais été appliquée et a été retirée par Paul VI en 1969.
Toutefois, au niveau de l’enseignement officiel de l’Église, le Catéchisme de l’Église catholique de 1992 n’excluait pas la peine de mort «dans les cas d’extrême gravité» (paragraphe 2266).
Un acteur important du changement d’attitude vis-à-vis la peine de mort fut Jean-Paul II. Il fut victime d’un attentat, sur la place Saint-Pierre, le 13 mai 1981, par Mehmet Ali Ağca. En 1983 il rencontrait son assaillant en prison et lui accordait son pardon.
Concernant la peine de mort, c’est sous François que la position abolitionniste a été inscrite dans le Catéchisme de l’Église catholique.
En 1997, Jean-Paul II a modifié le catéchisme en y introduisant des modifications à l’article 2267. Il se lisait ainsi : «Aujourd’hui, en effet, étant données les possibilités dont l’État dispose pour réprimer efficacement le crime en rendant incapable de nuire celui qui l’a commis, sans lui enlever définitivement la possibilité de se repentir, les cas d’absolue nécessité de supprimer le coupable sont désormais assez rares, sinon même pratiquement inexistants».
C’est sous François que la position abolitionniste a été inscrite dans le Catéchisme de l’Église catholique. Depuis 2018, l’article 2267 se lit maintenant ainsi :
«Pendant longtemps, le recours à la peine de mort de la part de l’autorité légitime, après un procès régulier, fut considéré comme une réponse adaptée à la gravité de certains délits, et un moyen acceptable, bien qu’extrême, pour la sauvegarde du bien commun.
Aujourd’hui on est de plus en plus conscient que la personne ne perd pas sa dignité, même après avoir commis des crimes très graves. En outre s’est répandue une nouvelle compréhension du sens de sanctions pénales de la part de l’État. On a également mis au point des systèmes de détention plus efficaces pour garantir la sécurité à laquelle les citoyens ont droit, et qui n’enlève pas définitivement au coupable la possibilité de se repentir.
C’est pourquoi l’Église enseigne, à la lumière de l’Évangile, que ‘la peine de mort est inadmissible, car elle attente à l’inviolabilité et à la dignité de la personne’ et elle s’engage de façon déterminée, en vue de son abolition partout dans le monde.»
Nommer ou pas ?
Si la position officielle de l’Église sur la peine de mort est claire, la question qui demeure est toutefois le degré d’intervention du pape dans les cas particuliers.
Léon XIV se contentera-t-il de rappeler le principe général, comme il l’a fait le 10 octobre dernier? Plusieurs facteurs peuvent expliquer une certaine retenue. Une impression d’ingérence dans les affaires américaines en période électorale pourrait être contre-productive, surtout dans un contexte de tensions avec l’administration Trump, qui a déjà accusé le pape d’être «faible» face à la criminalité. Il faut également évoquer la santé du pape, qui a subi une opération pulmonaire le 13 octobre.
En 1999, Jean Paul II, lors d’un de ses voyages aux États-Unis, avait qualifié la peine de mort de «sanglante et d’inutile» et plaidé pour son abolition. Il reste à voir si Léon XIV franchira ce pas d’ici le 3 décembre.















































