Dans son traditionnel Message du 1er mai, l’Assemblée des évêques catholiques du Québec (AECQ) rappelle cette année que «le travail peut et doit être une source d’épanouissement».
«Le travail est important et inévitable. C’est pour cela qu’on trouve très important que, dans cette opération du travail humain, la personne puisse être reconnue avec toute sa dignité. Même si chez nous, au Québec, les conditions de travail sont plus favorables qu’ailleurs dans le monde, il y a toujours place à l’amélioration», débute Mgr Raymond Poisson, évêque de Saint-Jérôme-Mont-Laurier et président du conseil Église et Société.
Le sentiment d’avoir rendu service
«Un bon travail, ce n’est pas juste un bon salaire. C’est aussi un milieu de vie qui reconnaît et valorise la compétence de la personne.»
Mgr Raymond Poisson
Montée en flèche de l’intelligence artificielle, quête de maximisation du profit ou encore tâches répétitives de certains corps de métiers : voici les différents facteurs qui amènent l’AECQ à mettre l’accent sur la considération de l’être humain.
«Un bon travail, ce n’est pas juste un bon salaire. C’est aussi un milieu de vie qui reconnaît et valorise la compétence de la personne, soutient Mgr Poisson en prenant l’exemple du domaine de la santé. Dans le milieu hospitalier, les personnes travaillent sur un type d’intervention spécifique. Mais si on les insère dans l’ensemble de l’équipe qui s’occupe d’un patient, elles font alors partie d’un ensemble qui aide les gens à aller mieux. C’est une question de collaboration au niveau des principes de décisions et aussi au niveau de la chaîne de production».
Au cœur d’un message où travail et épanouissement vont de pair, que signifie être heureux au travail ? «C’est s’en aller travailler en étant heureux, retrouver notre milieu, avoir des interactions avec nos collègues, puis revenir le soir en ayant le sentiment d’avoir rendu service, d’avoir produit quelque chose et même d’avoir rendu les autres membres de son équipe heureux», avance le président du conseil Église et Société.
Sur le terrain
Responsable des événements pour le Réseau d’aide aux travailleuses et travailleurs migrants agricoles du Québec (RATTMAQ), Jason Noble évoque une «conscientisation progressive de la société» face aux enjeux qui concernent ces travailleurs. «C’est sûr que pour eux, c’est parfois plus difficile parce qu’ils sont isolés, il y a la barrière de la langue et ils sont loin de leurs proches… Mais la majorité a de bonnes conditions», observe ce dernier.

Néanmoins, un point noir persiste : les permis de travail fermés, qui lient ces travailleurs à un employeur sur une période déterminée sans réelle perspective d’accès à la résidence permanente. «L’industrialisation et le capitalisme moderne font passer le profit au-dessus de la dignité humaine. Ces travailleurs viennent ici pour remplir nos besoins, mais si, après deux semaines, l’employeur se rend compte qu’ils ne font pas l’affaire, il leur dit au revoir», s’indigne Jason Noble.
Dans une optique d’amélioration des conditions de travail de ces travailleurs migrants qui œuvrent aussi bien dans nos champs que dans nos abattoirs, il aimerait être témoin d’un changement de pensée. «La société doit se questionner. Où en est-on par rapport à l’immigration ? Quels travailleurs veut-on accueillir ? Dans quelles conditions ? Actuellement, nous sommes une société de profiteurs. Il faut rétablir la justice. C’est le bien-être des Québécois qui compte, ou celui de toutes les personnes qui vivent sur le territoire québécois ?», interpelle le responsable des événements du RATTMAQ en faisant écho à la doctrine de Jean-Paul II, qui plaçait l’humain au centre des décisions.
Contribution de Frédéric Barriault
Ces questions où travail et bien-être s’entremêlent étaient au cœur de l’engagement de Frédéric Barriault, historien du christianisme social québécois décédé le mois dernier des suites d’une maladie incurable. Il a d’ailleurs été l’un des artisans de ce Message du 1er mai. «Les idées principales du texte ont été le fruit d’un échange sur un canevas que Frédéric avait préparé. Et le texte final, en bonne partie, a été peaufiné par lui-même», confie Mgr Raymond Poisson.
«Frédéric Barriault, [qui a contribué de manière importante au message de cette année], voyait la valeur de sa foi lorsqu’elle était mise en œuvre.»
Mgr Raymond Poisson
«Comme historien, il était très soucieux de tout ce qui impliquait l’ensemble des personnes qui forment l’Histoire : pas juste les dirigeants, pas juste les faits historiques, pas juste les événements importants. C’est pour cela que, dans notre texte, on va aussi parler des gens qui travaillent dans des milieux où les tâches sont répétitives et des mouvements syndicaux, par exemple», ajoute le président du conseil Église et Société.
Au-delà de l’apport au texte, l’évêque de Saint-Jérôme-Mont-Laurier s’est également attardé sur le legs qu’a laissé Frédéric Barriault au christianisme québécois : «C’était un homme qui voyait la valeur de sa foi lorsqu’elle était mise en œuvre. Il était très sensible aux milieux coopératifs, aux entreprises de solidarité humaine, tout en étant très érudit de l’histoire récente du Québec et des mouvements sociaux qui ont façonné notre société».
«Merci pour votre courage»
Interrogés sur le message qu’ils avaient à faire passer aux travailleurs et travailleuses des quatre coins de la province en fin d’entrevue, Jason Noble et Mgr Raymond Poisson ont tenu à les remercier.
«Merci pour votre courage. Merci pour votre présence avec nous. Vous faites partie de ma société, vous êtes mes frères et sœurs et vous êtes les bienvenus chez vous», exprime le premier d’entre eux.
«Il faudrait que chaque personne puisse un jour terminer sa journée de travail avec le sentiment d’un devoir accompli. Elle a fait le maximum et la société lui dit merci», parachève le second avec gratitude.
















































