Au tour des Prêtres de Saint-Sulpice d’être visés par une action collective. Deux anciens élèves du Collège de Montréal et du Collège André-Grasset allèguent avoir été agressés par des prêtres.
Âgé de 13 ans au moment de débuter ses études au Collège André-Grasset (en 1960) un ex-étudiant explique que son directeur de conscience, le sulpicien Maurice Chaput, l’aurait agressé dans sa chambre ainsi que dans un confessionnal. Le prêtre, décédé il y a plus de cinq décennies, profite notamment «de l’isolation créée lors de la confession pour tenter de convaincre le [plaignant] de lui rendre des faveurs de nature sexuelle», note la procédure qui vient d’être rendue publique. Le jeune homme perd tout intérêt pour ses études et dénonce auprès de ses camarades les abus qu’il a subis. Il apprend qu’il ne serait pas la seule victime de ce prêtre. Il sera renvoyé du collège plus d’une année après les premières agressions.
La seconde dénonciation est recueillie auprès d’un homme âgé aujourd’hui de 58 ans. Il se blesse au genou lors d’une partie de hockey. L’infirmier étant absent, le sulpicien Maurice Lavoie, responsable des élèves des premiers niveaux du secondaire au Collège de Montréal, lui suggère d’aller dans sa chambre pour qu’il puisse le soigner. Le prêtre lui aurait fait alors des attouchements. L’étudiant se lève précipitamment puis manifeste verbalement sa colère. Au cours des mois suivants, il se sent constamment traqué par M. Lavoie qui devient même son directeur spirituel. «Dans l’espoir d’être mis à la porte» du collège, cet étudiant, qui souhaitait à son arrivée au collège devenir prêtre, cesse d’aller à ses cours.
Le sulpicien Maurice Lavoie (1926-2021) ainsi qu’un autre sulpicien — toujours vivant aujourd’hui — sont qualifiés de «fifeux» et de pédophiles dans cette demande d’autorisation d’exercer une action collective présentée par les cabinets Bellemare Avocats et Lambert Avocats. Ce second sulpicien sera le dernier prêtre à diriger le Collège de Montréal, un établissement d’enseignement fondé par les sulpiciens il y a 260 ans. À noter que le document judiciaire ne contient aucune allégation précise contre lui.
Le supérieur canadien des Prêtres de Saint-Sulpice, M. Jorge Pacheco, n’avait pas répondu à notre demande de commentaires au moment de publier ces lignes. Idem pour les responsables du Camp Olier, un camp de vacances situé à Sainte-Anne-des-Lacs et qui a été fondé notamment par le sulpicien Maurice Lavoie en 1954. Ce prêtre y aura été animateur durant six décennies selon ce qu’indique son avis de décès.
Patrick Caron, actuel directeur général du Collège André-Grasset, note que les relations entre les Prêtres de Saint-Sulpice et le collège sont aujourd’hui minimales. «On verse notre loyer», reconnaît-il, tout en rappelant que les sulpiciens ont quitté la direction de cet établissement en 1991. M. Caron n’a pas eu connaissance de plaintes formulées par d’ex-étudiants contre les prêtres qui ont enseigné à ce collège fondé en 1927.
Pour sa part, Patricia Steben, directrice générale du Collège de Montréal, se dit navrée d’avoir appris cette semaine qu’une telle procédure judiciaire vise les fondateurs du Collège de Montréal. «Le collège n’est pas une partie» dans cette affaire, fait-elle observer. Elle rappelle que le collège est devenu une corporation laïque il y a 35 ans et qu’il ne relève donc plus des Prêtres de Saint-Sulpice.
Un juge de la Cour supérieure doit maintenant autoriser — ou non — cette action collective. S’il l’autorise, les avocats des victimes alléguées devront rédiger une demande introductive d’instance qui présentera les faits dénoncés ainsi que les conclusions recherchées au terme d’un éventuel procès. Ces dernières années, lorsqu’une action collective est autorisée contre un diocèse ou une congrégation religieuse, les parties cherchent à s’entendre sur un règlement plutôt que de s’affronter devant les tribunaux.
Un timbre pour le chef Littlechild
Le leader cri Willie Wilton Littlechild, celui qui a déposé une coiffe traditionnelle autochtone sur la tête du pape François le 22 juillet 2022, apparaît dorénavant sur un timbre canadien
Dans une nouvelle série de timbres consacrée aux leaders autochtones qui ont excellé dans le domaine des sports, Postes Canada rend hommage à trois athlètes «dont l’héritage va bien au-delà des victoires et des médailles».
Les trois timbres montrent le joueur de hockey Bryan Trottier, six fois gagnant de la coupe Stanley, Edward Lennie, qui a consacré sa vie à la promotion et à la préservation des sports arctiques, et le chef cri Wilton Littlechild, ancien député de la Chambre des communes et commissaire de la Commission de vérité et réconciliation du Canada. Un athlète lui-même, il a notamment participé à la création des Jeux autochtones de l’Amérique du Nord et des Jeux mondiaux des nations autochtones.
Survivant du système des pensionnats autochtones, Wilton Littlechild y a subi des mauvais traitements. Mais il estime que le sport lui a sauvé la vie, une conviction qu’il a répétée au pape François en mars 2022 alors qu’il était le porte-parole de la délégation des Premières Nations venue lui demander de venir au Canada afin de présenter des excuses aux peuples autochtones. Ce que le pape fit, en juillet 2022, lors d’un «pèlerinage pénitentiel». Le chef Littlechid état présent aux funérailles du pape François le 26 avril 2025.
Créé en septembre 2021 par les évêques catholiques canadiens afin de recueillir 30 M$ et «soutenir les initiatives de guérison et de réconciliation pour les survivants et survivantes des pensionnats indiens, leurs familles et leurs communautés», le Fonds de réconciliation avec les Autochtones comptait, à ses débuts, Wilton Littlechild parmi ses administrateurs.
Élimination de l’ombudsman
Le jeudi 11 juin 2026, le premier ministre Mark Carney a annoncé l’élimination du Bureau de l’ombudsman canadien de la responsabilité des entreprises.
Une semaine plus tard, sur la colline parlementaire, deux députés et des représentants de différents groupes dont l’organisme catholique Développement et Paix ont fustigé cette décision qui n’a jamais été débattue à la Chambre des communes. La députée néo-démocrate Heather McPherson l’a même qualifiée de «honteuse».
Kiegan Irish, chargé de plaidoyer à Développement et Paix, a rappelé qu’en 2018 le gouvernement de Justin Trudeau avait mis sur pied l’Ombudsman canadien de la responsabilité des entreprises après une large mobilisation citoyenne demandant la nomination «d’un médiateur indépendant» capable de mener des enquêtes sur les abus commis par les entreprises canadiennes à l’étranger.
Déjà, en 2013, Développement et Paix recueillait auprès des catholiques quelque 85 000 signatures en faveur de la création d’un poste d’ombudsman afin de surveiller les agissements des compagnies minières canadiennes qui œuvraient dans les pays pauvres.
«Au lieu de s’appuyer sur ce remarquable activisme et cette participation au processus démocratique, la suppression de l’Ombudsman constitue un véritable coup porté au pouvoir du peuple dans ce pays», a déclaré Kiegan Irish.
«Je vais être très claire, a tonné la députée Heather McPherson. Les Canadiens ont le droit de savoir si les entreprises qui arborent le drapeau canadien agissent d’une manière qui respecte les valeurs, les principes et, en fait, les lois du Canada».
Pour la représentante d’Edmonton Strathcona, cette décision du premier ministre Carney n’est qu’un «autre exemple de plus de la façon dont cette administration fait passer les profits avant le bien-être des gens».
Le gouvernement libéral «abandonne ceux qui risquent leur vie afin de protéger l’environnement, leurs communautés, l’eau ainsi que les droits de la personne.», a-t-elle ajouté. «Il les laisse tomber. C’est lamentable.»
Selon Siobhán Vipond, vice-présidente du Congrès du travail du Canada, l’Ombudsman était «l’un des rares mécanismes disponibles pour enquêter sur les abus et entendre les plaintes». Il ne faut pas démanteler ce bureau mais plutôt le renforcer, dit-elle. «Les travailleurs et les collectivités touchés par les actions d’entreprises canadiennes à l’étranger méritent un endroit où demander reddition de comptes et justice.»
La Déclaration de Winnipeg
Au Canada, les terrains qui appartiennent à des Églises et à des groupes religieux occupent plus de 30 000 acres, soit deux fois la superficie de la ville de Vancouver. C’est ce qu’affirme l’organisme montréalais Relèven qui, depuis 2018, veille à préserver mais surtout à réaménager les lieux de culte sous-utilisés afin de les transformer en logements abordables et en espaces au service de la collectivité.
Relèven entreprend ces jours-ci une campagne de sensibilisation et demande que les citoyens apposent leur signature au bas d’une déclaration disponible sur le site Change.org. Cette déclaration invite les leaders religieux de tout le Canada à consacrer une partie de leurs propriétés «à la lutte contre l’itinérance et au renforcement de la résilience des communautés» en y intégrant des logements abordables ainsi que des espaces communautaires.
Cette pétition, appelée Déclaration de Winnipeg, demande aussi aux gouvernements municipaux et provinciaux d’adapter et de modifier leurs règlements «qui empêchent actuellement les biens religieux de devenir des atouts pour la communauté».
















































