Il aura fallu attendre jusqu’au 13 mai 2026 pour que le rideau tombe, une dernière fois, sur l’un des univers de fiction les plus singuliers de la décennie. Good Omens conclut son histoire avec un unique épisode de 90 minutes plutôt qu’avec une saison de six épisodes. Pour une œuvre s’attardant sur les grandes questions de l’existence, cette concision surprend. Or cette contrainte – imposée suite aux accusations lancées contre l’un des coauteurs du roman original – cache néanmoins une ironie : une série sur le destin … qui échappe à son propre destin.
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L’ordre divin contre la foi vivante
Adapté du roman de Neil Gaiman et Terry Pratchett, Good Omens (De bons présages au Québec) raconte l’histoire d’un archange, Aziraphale, et d’un démon, Crowley, devenus alliés improbables après des millénaires passés sur Terre. Au début de la première saison, tous deux sont censés faciliter l’avènement de l’Antéchrist et déclencher la guerre entre le Ciel et l’Enfer. Cependant, aucun d’entre eux n’a vraiment envie de voir la planète détruite. Ils décident donc de s’allier pour retarder l’apocalypse, s’opposant ainsi aux volontés de leurs camps respectifs.
Good Omens se révèle provocateur lorsqu’il fait de la religion une institution sujette aux mêmes défaillances que n’importe quelle œuvre humaine.
L’intrigue de la troisième saison reprend immédiatement après la séparation du duo. Aziraphale devient le Grand Archange suprême, mais il fait face à une bureaucratie divine et à des disparitions inexpliquées. De son côté, Crowley erre dans les rues de Soho, au plus bas de sa forme. Voilà comment s’amorce le conflit philosophique central de la série : d’un côté, un ange qui croit en la possibilité de transformer le paradis ; de l’autre, un démon qui affirme que les structures célestes ne se réforment pas — elles s’effondrent ou on les abandonne.
Aziraphale souhaite modifier les règles du jeu : la résurrection du Christ ne déclenchera pas un Jugement dernier catastrophique, mais apportera la paix et le bonheur à toute la population. Mais cette initiative ne fait pas l’unanimité…
Good Omens se révèle provocateur lorsqu’il remet en question la nature divine de la religion, qui est plutôt proposée comme une institution sujette aux mêmes défaillances que n’importe quelle œuvre humaine. Dans cet univers, le paradis n’est pas un lieu de grâce, mais un ministère céleste où les archanges se jalousent.
«Ce qui fait la joie de l’univers de Good Omens, c’est qu’il parle de nous tous. Il nous représente tous» affirme Liz Carr, qui interprète le personnage de Saraqael[1].
Le libre arbitre comme acte de foi
Au coeur de la conclusion se trouve une représentation humble et rebelle de Jésus. Celui-ci, qu’Aziraphale voulait présenter à l’ONU, préfère être au contact des gens. Ce choix indique que la véritable foi émane des interactions humaines et de l’imprévu, non d’en haut. L’histoire conteste ainsi la mécanique glacée du Second Avènement – telle que prévue à l’origine – en proposant une spiritualité ancrée dans la réalité et animée par la vie.
«[Cette conclusion] est assez philosophique. D’une certaine manière, c’est très différent de tout ce qui a précédé, et pourtant, c’est la seule façon dont l’histoire pouvait se terminer, avec quelque chose comme une méditation sur ce que c’est vraiment qu’être humain», soutient l’acteur David Tennant, qui incarne le démon Crowley.
La confrontation finale entre Satan et Dieu se transforme en une discussion sur le libre arbitre et la prédestination.
La confrontation finale entre Satan et Dieu se transforme en une discussion sur le libre arbitre et la prédestination. Crowley s’interroge sur la logique de la création d’un univers où les personnes sont châtiées pour leurs gestes normaux. Aziraphale cherche à comprendre pourquoi Dieu lui avait confié Crowley, avant de le lui retirer.
Même s’il emprunte largement au registre religieux, Good Omens évite prudemment de se prononcer sur des siècles de débats théologiques. Et c’est sa plus grande force. La série n’affirme pas détenir la vérité sur Dieu. Elle admet plutôt que les questions sont plus précieuses que les réponses.
«C’est une histoire vraiment intelligente, et vraiment, vraiment nécessaire en ces temps-ci», affirme l’acteur Doon Mackichan, qui interprète l’archange Michael.
Une conclusion imparfaite, mais honnête
La conclusion de Good Omens touche le plus dans ses quinze dernières minutes, qui offrent un point d’orgue surprenant et émouvant à la série. Ce dénouement rassemble de manière imprévue le destin et la liberté de choix des personnages, laissant croire qu’une puissance mystérieuse les guide l’un vers l’autre. C’est la thèse ultime de la série : ce genre d’amour ne disparaît jamais. Il se réinvente.
En raison de son rythme précipité, ce dernier épisode est sans contredit imparfait. Toutefois, dans une histoire qui nous fait passer deux saisons à nous interroger si Dieu a un plan, il est peut-être juste que la conclusion soit, elle aussi, un peu chaotique.
[1] Les citations ont été prises de l’extra «Good Omens 3 : an Ineffable Goodbye» sur Prime Video.

















































