Le lundi 24 mai 1926, il y a un siècle, les journaux accordent beaucoup d’attention à la présence à Montréal d’un évêque catholique venu de Chine.
Depuis quelques jours, Mgr Auguste Gauthier (1868-1927), vicaire apostolique de Pakhoi (élevé au rang de diocèse de Beihai en 1946), visite des congrégations religieuses montréalaises pour les inviter à venir s’établir dans le «céleste empire».
Le quotidien La Presse précise que «le quartier chinois avait été décoré pour la circonstance et des banderoles aux trois couleurs françaises et aux cinq couleurs chinoises traversaient en maints endroits la rue De La Gauchetière».
Avant une visite à l’hôpital et dispensaire chinois de Montréal, Mgr Gauthier, un missionnaire des Missions étrangères de Paris, est attendu à la Mission catholique chinoise du Saint-Esprit (aujourd’hui encore sur la rue De La Gauchetière Ouest). L’évêque français va y baptiser des jeunes enfants, mais aussi des adultes de la «colonie chinoise».
«Au moment de la communion, c’était vraiment impressionnant de voir ces petits Chinois, hier encore païens, s’approcher de la sainte Table les mains jointes, les yeux baissés, tout comme les petits enfants de nos vieilles familles chrétiennes», rend compte le numéro d’été de la revue Le Précurseur, une publication des Missionnaire de l’Immaculée-Conception, une congrégation religieuse très active dans le quartier chinois.
«Après la messe, les premiers communiants récitèrent en leur langue, à haute voix, les prières de l’action de grâces», se réjouissent les religieuses.
Fait à noter: en examinant le registre des baptêmes de cette mission catholique, on découvre que l’un des baptisés du dimanche 23 mai a eu comme parrain le maire de Montréal Médéric Martin. Un autre Chinois, âgé de 36 ans, a reçu comme nom de baptême celui de Hum Hee Auguste-Henri. Son parrain est le juge Amédée Monet (le père de Simonne Monet-Chartrand).
Projet missionnaire
Le Devoir de son côté publie un long compte-rendu de l’homélie de l’évêque Gauthier qui commente ce passage de l’évangile de Matthieu: «Allez et enseignez toutes les nations».
«Par ces paroles, Dieu a ordonné à tous les apôtres d’aller faire connaître son nom à tous les peuples de la terre. À cette grande œuvre, il a voulu associer tous les fidèles du monde entier. De tout temps, il y a eu des héros pour aller porter le flambeau de la foi chez les tribus païennes.
«Aujourd’hui, il se fait un vaste mouvement pour les missions, surtout celles de la Chine.» Le travail est certes abondant mais les ouvriers sont peu nombreux, dit l’évêque. «Sur une population de quatre cents millions d’habitants, la Chine en compte au plus quelques millions qui ont reçu les lumières de la foi.»
Plus optimiste, La Presse a calculé que si tous ces Chinois étaient évangélisés, «on ferait plus que doubler le nombre de catholiques» dans le monde.
Mgr Gauthier, missionnaire en Chine depuis déjà 32 ans, assure que «le peuple chinois est très intelligent, sobre et travailleur».
«C’est un peuple heureux. Cette mentalité convient très bien aux dogmes catholiques. Le Chinois comprend facilement qu’il doit rendre un culte à un Être tout puissant. C’est pourquoi les nouveaux convertis apportent beaucoup de zèle. Chez ceux-ci, l’amour de Dieu est spontané et leur reconnaissance n’a pas de bornes.»
Durant son séjour montréalais, le vicaire apostolique de Pakhoi a tenu à rendre hommage aux Missionnaires de l’Immaculée-Conception, présentes à Canton depuis 1909. Il a aussi salué les membres de la toute récente Société des missions étrangères de Pont-Viau qui ont envoyé en Mandchourie trois prêtres en septembre 1925, soit moins d’un an plus tôt.















































