Le 20 mars dernier, des chrétiens et chrétiennes engagés, des personnes provenant du milieu communautaire, des religieuses et des universitaires se sont rassemblés à l’UQAM pour le colloque «La fin des congrégations religieuses féminines au Québec. Quels héritages pour l’action communautaire autonome aujourd’hui ?». Le sujet résonne particulièrement dans le contexte actuel, alors que débute la grève «Communautaire à boutte».
L’apport de Frédéric Barriault souligné
De manière imprévue, la journée a été marquée par un hommage rendu à Frédéric Barriault, décédé le 18 mars dernier et qui était l’un des organisateurs de l’événement.
La professeure Catherine Foisy et le doctorant Étienne Lapointe ont ouvert la journée en soulignant la mémoire de cet historien engagé, qui a marqué plusieurs personnes présentes dans la salle. «Il est, j’en suis convaincue, présent», a souligné la professeure Foisy. M. Lapointe lui a d’ailleurs dédié le colloque, tandis qu’Élisabeth Garant a rappelé à l’audience la passion de Frédéric pour son doctorat sur le jésuite Jacques Couture et le site Mémoire du christianisme social.
Un sujet, des réalités multiples
Le premier panel était composé d’universitaires – Sylvain A. Lefèvre, Mylène Fauvel et Geneviève Dorais – qui ont livré leurs réflexions sur les liens entre communautés religieuses et actions communautaires autonomes à partir de la lecture du numéro du Bulletin d’histoire politique intitulé «Libération et conscientisation au Québec : réception croisée de deux utopies latino-américaines». Leurs interventions ont souligné l’implication des chrétiens engagés dans le christianisme social au sein des lieux d’actions communautaires autonomes, mais aussi leur invisibilisation progressive après la Révolution tranquille, ce qui complique la transmission de leur histoire.
Par la suite, Vincent Greason, retraité du Mouvement d’éducation populaire et d’action communautaire du Québec, a abordé ces enjeux à partir de son expérience personnelle. «Sans soutien des communautés, plusieurs groupes de lutte et de défense des droits ne seraient pas là», a-t-il lancé d’emblée, en montrant comment cette mémoire s’est perdue dans plusieurs milieux communautaires. «C’est une histoire qu’il faut écrire et raconter pour que notre compréhension du Québec des années 60 et 70 soit complète». Lors de cette période identifiée comme charnière par plusieurs intervenants, deux révolutions qui vont avoir un impact profond sur le Québec et les milieux communautaires se produisaient en parallèle : la Révolution tranquille et le concile Vatican II. «Quand il n’y a plus de communauté, c’est l’histoire qui reste, d’où l’importance de faire rayonner cette histoire», a souligné M. Greason.
Les interventions ont souligné l’implication des chrétiens engagés dans le christianisme social au sein des lieux d’actions communautaires autonomes, mais aussi leur invisibilisation progressive après la Révolution tranquille.
L’après-midi s’est ouvert sur une discussion avec sœur Nicole Riberdy, Danielle Forest et Dominique Laperle autour du livre Sur les traces d’Amélie. L’ouvrage autoédité par Martine D’Amours expose l’oeuvre de Amélie Fristel, fondatrice des Sœurs des Saints-Coeurs-de-Jésus-et-de-Marie. Il s’agit d’un exemple concret de transmission intentionnelle de l’histoire et du charisme d’une congrégation religieuse à des laïques. Sœur Riberdy a ainsi expliqué : «L’exemple d’Amélie nous pousse à prendre des décisions audacieuses. Après le dernier chapitre général, nous avons accepté de continuer à marcher vers l’accomplissement, ce qui veut dire disparaître comme congrégation. Mais l’accomplissement est une transformation, et on est responsable de voir comment le charisme va continuer, ce qui nous a amenés dans un processus de réflexion et de transmission.» Le travail collectif des sœurs, entre elles puis avec d’autres, ainsi que la transmission du charisme, constituent, selon M. Laperle, des pistes dont les développements seront à suivre.
Le dernier panel a donné la parole à des intervenants issus d’autres milieux. Mercédez Roberge, travailleuse du milieu communautaire autonome et militante, a parlé des liens changeant entre les mouvements communautaires autonomes et les organisations religieuses, façonnés notamment par l’actualité, de la pandémie aux initiatives gouvernementales en matière de laïcité «plutôt intégristes». Les événements comme le colloque sont alors particulièrement importants, car ils permettent aux communautés et au milieu communautaire «de s’expliquer et de se re-présenter».
«Il faut bâtir des communautés locales résilientes pour contrer l’extrémisme et l’isolation», a terminé Graham Singh. Le fondateur de l’organisme Relèven a ainsi parlé de la transmission du patrimoine bâti religieux pour des projets communautaires, une question qui se pose avec urgence au Québec.
Au-delà du colloque
L’une des forces de ce colloque a été de rassembler des personnes de milieux et de générations différents, qui ont pu réagir à partir de leur propre vécu et mettre en évidence la porosité entre les milieux représentés. Plusieurs des personnes mises de l’avant dans les présentations, notamment des religieuses, étaient ainsi présentes dans la salle. «Elles ne sont pas dans les archives», comme l’a souligné M. Greason.
Plus largement, la journée a mis en lumière l’importance de transmettre l’histoire des congrégations et de mieux faire circuler ces enjeux. Ces échanges ont permis de lever certains angles morts, puisque, comme l’a souligné Mme Garant, tout le monde n’a pas accès aux mêmes réseaux. Reste à voir comment l’appel à diffuser les histoires entendues au cours de la journée se traduira concrètement.















































