Le Regroupement pour la responsabilité sociale des entreprises (RRSE) fermera ses portes en juin 2026.
Fondé en 1999 par une vingtaine de communautés religieuses féminines, l’organisme sans but lucratif rassemble aujourd’hui 50 communautés religieuses (en majorité), groupes de la société civile et individus. En tant qu’investisseurs, tous utilisent leurs droits d’actionnaires afin d’interpeller les dirigeants d’entreprises sur le respect des droits humains, la justice climatique et la bonne gouvernance.
«Le RRSE s’est développé à une époque où les pratiques de responsabilité sociale des entreprises et d’investissement responsable étaient encore peu structurées et largement marginales dans le paysage économique québécois», reconnaît l’ultime rapport annuel de l’organisme.
Depuis un quart de siècle, le RRSE a ouvert «des espaces de dialogue entre investisseurs, entreprises et acteurs de la société civile» et a participé «à l’émergence d’approches plus exigeantes en matière de gouvernance, de droits humains et de protection de l’environnement» auprès de nombreuses entreprises d’ici et même de multinationales.
Ces dernières années, les huit membres (cinq religieux ou religieuses, trois individus laïcs) du conseil d’administration ont fait cheminer le RRSE dans un processus de transition et de transmission afin de «faire vivre, autrement et durablement, les valeurs et les savoir-faire» qui ont guidé l’organisme depuis ses débuts.
Un travail toujours important
Le père Claude Grou, ex-recteur de l’Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal, s’est intéressé au RRSE peu après sa fondation, au tournant des années 2000. «Pas au tout début, se souvient-il, car le RRSE ne comptait alors que des congrégations féminines».
Ce religieux de la Congrégation de Sainte-Croix fait aujourd’hui partie du conseil d’administration du RRSE.
«Toutes les communautés religieuses sont de plus en plus attentives à ce que leurs placements soient effectués d’une manière responsable. Ça, c’est acquis et ça doit continuer.»
père Claude Grou, administrateur du RRSE
Les placements éthiques sont depuis longtemps une préoccupation pour la congrégation du père Grou.
«Au début, cela voulait dire exclure certaines entreprises du portefeuille de notre communauté.» À l’époque, rappelle-t-il, une communauté religieuse ne voulait pas que les sommes qu’elle investissait viennent appuyer des entreprises qui fabriquent des armes ou des cigarettes.
En devenant membres du RRSE, les congrégations «ont vécu un grand changement», dit-il. «On est passé des placements éthiques à de l’investissement responsable.» En combinant les investissements des communautés religieuses auprès d’entreprises – des sommes importantes – les dirigeants du RRSE pouvaient entamer un dialogue avec elles.
«Si on estimait qu’une entreprise prenait des mesures inacceptables, on pouvait par exemple se présenter à l’assemblée des actionnaires pour exprimer notre désaccord avec ses décisions. On ne retirait pas nécessairement nos fonds. On les conservait mais, en tant qu’investisseurs, on s’assurait de faire entendre notre désaccord devant certaines positions et on demandait publiquement des modifications aux politiques de l’entreprise.»
«Ce travail doit se poursuivre, il est toujours important», affirme le père Grou.
Pourquoi le RRSE doit-il alors fermer ses portes? «On constate qu’avec le vieillissement de nos communautés religieuses, il est de plus en plus difficile d’avoir du personnel qui peut demeurer actif et s’engager dans ce domaine», confie-t-il.
Durant les 25 dernières années, le religieux dit constater un heureux changement d’attitude parmi les communautés religieuses dans leur gestion des fonds qu’elles investissent. «Toutes sont de plus en plus attentives à ce que leurs placements soient effectués d’une manière responsable.»
«Ça, c’est acquis», dit-il. «Et ça doit continuer.»
Un deuil
Tom Malo participe aux activités du RRSE depuis les débuts de l’organisme. Il rappelle qu’en 1979, quand il a débuté comme professeur d’économie au Collège André-Grasset, personne n’évoquait la notion de «responsabilité sociale des entreprises»
Mais, au début des années 2000, il s’est réjoui de constater que les congrégations religieuses d’ici discutaient de ce concept.
Il s’est donc rapidement intéressé au travail du RRSE. Il appréciait particulièrement le fait que des religieux et des religieuses osaient se présenter aux assemblées d’actionnaires des grandes entreprises afin de les questionner sur leurs politiques sociales et environnementales et sur leur respect des droits humains dans les pays où elles sont actives.
Les membres du RRSE sont fiers du travail accompli en 2004, lorsque l’organisme s’est opposé à la construction controversée de la centrale du Suroît à Beauharnois.
En 2004, Tom Malo était même le coprésident du RRSE (avec la religieuse Esther Champagne, décédée le 25 mars dernier) lorsque l’organisme s’est intéressé à un controversé projet mené par Hydro-Québec, soit la construction de la centrale du Suroît à Beauharnois. Deux décennies plus tard, il est toujours très fier de ce que le RRSE a accompli cette année-là.
Récemment, le professeur Malo, maintenant à la retraite de l’enseignement, a participé aux rencontres d’un comité sur l’avenir du RRSE. «On a dû reconnaître qu’on n’avait guère d’avenir», dit-il. «Les membres des communautés vieillissaient tandis que notre personnel n’était plus qu’à temps partiel.»
Tom Malo aurait bien aimé qu’un plus grand nombre d’organismes laïcs adhère au RRSE. Mais il reconnaît que la collaboration entre groupes religieux et institutions laïques ou civiles ne va pas de soi aujourd’hui. Cela demande qu’on y consacre du temps et des énergies, deux ressources que n’ont plus les membres fondateurs du RRSE.
La suite
Le religieux Claude Grou et le laïc Tom Malo entendent bien participer, le jeudi 11 juin prochain, à un rassemblement qui soulignera la fin du RRSE.
«Cet événement permettra de souligner le parcours du regroupement, de mettre en lumière les initiatives soutenues dans le cadre de la démarche de legs et de créer un espace d’échanges autour des perspectives d’avenir. Il s’inscrit dans la volonté du RRSE de clore ses activités de manière collective et intentionnelle», indique-t-on.
De plus, d’ici la fin du mois de juin, une «assemblée générale de fermeture administrative» se déroulera aussi, explique Abir Samih, la coordonnatrice du RRSE.
«Laisser aller une organisation entourée de personnes profondément engagées n’est pas si différent que de laisser partir un être cher», note Soumya Tamouro, la présidente du conseil d’administration du RRSE, dans l’ultime rapport d’activités de l’organisme.
















































