Alors que certains pensent que la théologie et les études religieuses sont reléguées au passé, la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval prouve le contraire. Avec plus de 600 étudiants inscrits et une ouverture remarquable sur le monde contemporain, elle joue un rôle clé dans l’analyse des enjeux de notre époque.
Yves Guérette, nouveau doyen de la faculté, et Cory-Andrew Labrecque, vice-doyen depuis cinq ans, partagent une vision résolument tournée vers l’avenir. L’arrivée de Guérette dans les fonctions administratives lui a fait découvrir l’étendue des ressources et des leviers dont dispose l’université pour soutenir l’enseignement et la recherche. «C’est comme si on arrive de l’autre côté du rideau», s’émerveille-t-il, découvrant la complexité de la structure universitaire et la solidarité entre les doyens.
La dernière faculté autonome au Québec

La Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval occupe une position singulière : elle est la seule faculté indépendante de ce genre au Québec. Ailleurs dans la province, les départements similaires ont été intégrés à d’autres facultés. Le Centre de l’étude du religieux contemporain de l’Université de Sherbrooke a frôlé la fermeture. Les programmes de Bishop’s et d’Ottawa connaissent également des difficultés importantes.
Bien que cette situation semble fragile, Labrecque refuse d’y voir un sujet de fierté. «C’est problématique, ça veut dire qu’il y a des restructurations universitaires», admet-il. Néanmoins, la faculté de Laval prospère, bénéficiant du respect de ses collègues et de l’appui de l’institution. Le secret de sa résilience ? Un choix pris par l’administration de la faculté il y a plusieurs années : maintenir simultanément un pôle théologique et un pôle de sciences religieuses. Cette décision a permis de continuer d’offrir le seul programme de baccalauréat canonique encore reconnu par Rome au Québec. Ce programme permet de former des théologiens qui pourront ensuite poursuivre leurs études au Grand Séminaire et devenir prêtres ou diacres.
La pertinence renouvelée
Contrairement à la perception désuète qu’on pourrait avoir d’une faculté de théologie, l’institution de Québec se révèle dynamique et s’intéresse aux questions majeures de notre époque. Intelligence artificielle, éthique médicale, spiritualité des jeunes, femmes et religion : les professeurs explorent des questions qui concernent directement la société québécoise et mondiale.
«Il y a souvent une caricature de la Faculté de théologie et de sciences religieuses, comme si on fermait les portes pour chanter et prier», regrette Labrecque, bioéthicien de formation. La réalité est tout autre. Ses étudiants en médecine et en médecine dentaire posent régulièrement des questions complexes sur la gestion de patients dont les convictions religieuses diffèrent des leurs. «C’est important de bien comprendre les croyances», insiste-t-il.
Au Québec, où la diversité culturelle prend de plus en plus de place, des affrontements de valeurs et des conflits liés à la religion sont devenus des préoccupations courantes. On peut trouver paradoxal de constater que, alors que certaines traditions religieuses s’affaiblissent, la compréhension du phénomène religieux prend une importance cruciale. Selon Guérette, «si on choisit de fermer les yeux sur le religieux, on choisit de le reléguer seulement à la limite dans l’aspect du privé, il risque de ressurgir de toutes sortes de manières».
Diversité étudiante à l’épreuve des restrictions sur l’immigration
La Faculté accueille une population étudiante remarquablement diversifiée : des jeunes de 18 ans côtoient des retraités de 80 ans dans les mêmes cours. Cette coexistence intergénérationnelle, associée à une forte présence d’élèves internationaux principalement originaires d’Afrique francophone et d’Europe, donne lieu à un environnement d’apprentissage dynamique et enrichissant.
Deux tiers des étudiants s’inscrivent en théologie, tandis qu’un tiers s’orientent vers les sciences religieuses. Une grande proportion d’entre eux commence par un certificat tout en continuant à travailler, puis passe au programme de baccalauréat. Les cycles supérieurs restent dynamiques, avec, par exemple, l’arrivée de six nouveaux doctorants en théologie pratique cette année.
Les nouvelles restrictions fédérales sur l’immigration étudiante ont touché l’université dans son ensemble. Toutefois, la faculté de taille modeste a mieux résisté que les grandes facultés d’ingénierie ou d’administration. La préoccupation concerne plus précisément l’avenir : la bureaucratie québécoise sera-t-elle assez accueillante pour continuer d’attirer des étudiants étrangers ?
Une gouvernance collégiale
Guérette, prêtre, enseignant et administrateur, prône une approche collaborative qu’il refuse d’imposer seul. «Ce n’est pas ma décision, c’est notre décision», répète-t-il. Cette philosophie de gouvernance collégiale ou synodale, inspirée de ses expériences en animation de groupes, ralentit parfois les processus, mais vise à aller «beaucoup plus loin ensemble».
Cette démarche illustre également une approche particulière de la théologie : la faculté rassemble des experts en théologie et en études religieuses dans un même lieu, favorisant une fertilité intellectuelle. «On travaille très bien ensemble», confirme Labrecque, mettant en évidence la solidarité qui caractérise la faculté.
Pour Guérette, la fragilisation du catholicisme au Québec représente paradoxalement une occasion. Elle oblige à redécouvrir l’Évangile dans sa radicalité originelle, marquée par la vulnérabilité et l’ouverture à l’autre. «L’Évangile va faire du neuf, pas comme hier, comme aujourd’hui», affirme-t-il avec conviction.
Dans un Québec qui continue d’inventer son vivre-ensemble face à la diversité religieuse, la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval prend position comme un pont essentiel entre traditions anciennes et questions contemporaines. Un service plus nécessaire que jamais à la société.
Voir aussi
Annick Sénécal, Sciences des religions à l’UQAM : entre dynamisme et défi de recrutement, 22 janvier 2026
Annick Sénécal, Les sciences des religions en crise à l’Université d’Ottawa, 6 janvier 2026
Annick Sénécal, L’Université Bishop’s annonce la fermeture de son département de Religion, Society and Culture, 24 novembre 2025
Annick Sénécal, Université de Sherbrooke : Renaissance du Centre d’études du religieux contemporain, 16 septembre 2025
















































