Catherine Foisy, professeure au département de sciences des religions de l’UQAM, dresse un tableau équilibré d’un département qui mise sur la collaboration et l’innovation pour maintenir sa pertinence dans un paysage en constante évolution.
Le département de sciences des religions de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) se porte bien, malgré les défis de recrutement qui touchent l’ensemble des sciences humaines et sociales au Québec. C’est ce qui ressort d’un entretien avec Catherine Foisy, professeure titulaire spécialisée dans l’étude du christianisme québécois contemporain.
Fondé en 1969, le département fait partie intégrante de l’ADN de l’UQAM. Dès son lancement, il s’est démarqué par son indépendance totale vis-à-vis de l’Église catholique, une caractéristique qui le distingue encore aujourd’hui de plusieurs autres programmes au Québec. «Le département n’a jamais eu aucune affiliation, aucun rattachement juridico-légal avec l’institution catholique», souligne Foisy.
Une équipe aux profils diversifiés
Le département compte une douzaine de professeurs aux parcours académiques variées. On y trouve des spécialistes de la sociologie, de l’anthropologie, de l’histoire et de la géographie, qui consacrent leur expertise au service de l’étude des phénomènes religieux. La diversité disciplinaire de cette équipe représente l’un de ses points forts, offrant ainsi une approche multidimensionnelle pour examiner les questions liées à la religion.
Les spécialisations couvrent un large éventail : christianisme, islam, judaïsme, bouddhisme, hindouisme, cosmologies autochtones, ainsi que des phénomènes contemporains, comme le conspirationnisme et la polarisation sociale. Le département cherche également à mettre en valeur des domaines peu étudiés au Québec, notamment les traditions religieuses africaines et caribéennes.
Des défis de recrutement au premier cycle
Comme plusieurs autres départements de sciences humaines, celui de sciences des religions a connu une baisse dans la population étudiante de premier cycle. La pandémie, la transition vers l’enseignement en ligne et les réalités économiques ont toutes joué un rôle dans cette situation.
Toutefois, Foisy souligne que les salles de classe sont bien remplies, en grande partie grâce aux étudiants d’autres programmes qui viennent y compléter leur formation. «On fait le plein d’étudiants qui sont en histoire, en sociologie, en sciences politiques, en histoire de l’art, qui a besoin de ces contenus-là pour comprendre des textes, des œuvres, des phénomènes», souligne-t-elle.
Le département a également développé une concentration en culture et citoyenneté québécoise, ce qui facilite la transition du cours Éthique et culture religieuse vers le nouveau programme CCQ dans les écoles. Cette formation représente un débouché intéressant pour la communauté étudiante.
Des cycles supérieurs florissants

Si le recrutement au premier cycle présente certains défis, le tableau est beaucoup plus positif aux cycles supérieurs. Foisy encadre elle-même une dizaine d’étudiants au deuxième et au troisième cycle, et la moyenne départementale est d’environ cinq ou six étudiants par enseignant. «On a une bonne masse critique d’étudiants. On en a un paquet», s’exclame-t-elle avec enthousiasme.
Le département séduit non seulement une partie de la communauté étudiante locale, mais aussi de jeunes gens venus de France, de Belgique, d’Haïti, de l’Inde et d’Amérique latine. Actuellement, il compte six ou sept personnes en postdoctorat – environ un pour chaque professeur -, ce qui démontre bien le dynamisme du département sur le plan de la recherche.
Par ailleurs, il semble que les diplômés s’insèrent avec succès dans le marché du travail. Foisy peut s’enorgueillir du fait que chacun de ses étudiants ayant obtenu une maîtrise sous sa supervision a trouvé un emploi: au Musée de l’Holocauste, au ministère de l’Immigration fédéral, à la Ville de Montréal, dans des centres de réadaptation, ou en poursuivant des études doctorales.
La force de la collaboration
L’entretien met en évidence une collaboration remarquable entre les départements et facultés de sciences des religions au Québec. La relance de la Société québécoise pour l’étude de la religion en 2016 a contribué à renforcer ces liens. «On se tient. On est réellement solidaires», insiste Foisy.
Cette collaboration s’est manifestée concrètement lors de la mobilisation pour sauvegarder le Centre d’études du religieux contemporain de l’Université de Sherbrooke. Elle est également présente dans le programme de doctorat conjoint de l’Université Laval et de l’Université Concordia, ainsi que dans la multitude de projets de recherche menés en collaboration entre les différentes institutions.
Trois éléments distinctifs
Foisy met en évidence trois éléments qui définissent le département de l’UQAM. D’abord, on y trouve une concentration critique de spécialistes couvrant un éventail de traditions religieuses. Ensuite, le département se distingue par l’importance qu’il accorde à l’étude de la manière dont les symboles, les récits et les références religieuses s’organisent et continuent d’influencer la culture contemporaine. Finalement, on y trouve un ancrage québécois fort combiné à une préoccupation constante pour la formation de spécialistes dans le domaine de la transmission de la culture religieuse.
Face à une administration universitaire qui privilégie parfois la logique marchande, Foisy défend l’importance de maintenir le département des sciences des religions en tant qu’entité distincte. «Il faut que les sciences des religions continuent d’avoir, sur le plan institutionnel, des reconnaissances fortes qui viennent avec une autonomie d’action pour être en mesure de reproduire le champ.»
Malgré les obstacles, le département demeure optimiste. «On n’est pas démobilisés», affirme Foisy. «Mes collègues, je les sens bien en selle, et bien engagés.»
Voir aussi
Annick Sénécal, Les sciences des religions en crise à l’Université d’Ottawa, 6 janvier 2026
Annick Sénécal, L’Université Bishop’s annonce la fermeture de son département de Religion, Society and Culture, 24 novembre 2025
Annick Sénécal, Université de Sherbrooke : Renaissance du Centre d’études du religieux contemporain, 16 septembre 2025
















































