Depuis cent ans, le scoutisme fait partie du paysage québécois. Derrière les foulards et les promesses, certains groupes revendiquent ouvertement leur attachement à Dieu, tandis que d’autres défendent une approche résolument laïque. Entre foi assumée et neutralité confessionnelle, Présence est allé à la rencontre des chefs scouts afin de cerner la place qu’occupent aujourd’hui la spiritualité et la religion dans ce mouvement pour les jeunes.
Le scoutisme est fondé en Angleterre en 1907 par Robert Baden-Powell. Ce militaire britannique y voyait une méthode pédagogique valorisant auprès des jeunes l’action, l’autonomie, la vie en plein air et le service. Le mouvement comporte dès l’origine une dimension spirituelle non confessionnelle, centrée sur le sens du devoir envers Dieu et la formation du caractère.

Quelques années plus tard, c’est avec le père Jacques Sevin que le scoutisme trouve son ancrage dans la tradition catholique. Ce jésuite français, cofondateur des Scouts de France, donne au mouvement une dimension religieuse plus explicite et plus structurée. «La formation du caractère par le scoutisme est excellente, mais quand elle est chrétienne, elle est parfaite», estime-t-il.
Dès 1925, la pédagogie scoute a commencé à s’enraciner au Québec, après avoir bénéficié du soutien des dirigeants de l’Église. Le prêtre et intellectuel québécois Lionel Groulx a contribué à son implantation dans la province, y voyant une «merveilleuse méthode d’éducation».
Bien entendu, un siècle plus tard, le rapport du mouvement à ses origines religieuses reflète l’évolution des tendances sociétales.
Des valeurs qui demeurent pour l’AABP
Fondée en 2007, l’Association des aventuriers de Baden-Powell (AABP) est indépendante de Scouts Canada. Si l’identité chrétienne ne fait plus partie de ses statuts officiels, l’Association a toutefois conservé une dimension spirituelle plus affirmée, intégrant dans sa méthode éducative des cérémonials, prières et références à Dieu.
Katherine Pérusse fait partie de l’association depuis 14 ans. Cheffe de deux unités du groupe 27e Mena’Sen à Sherbrooke, elle rappelle que la spiritualité et le sens de Dieu font partie intégrante des piliers du scoutisme, avec la santé, la formation du caractère, la débrouillardise et le service.
«La spiritualité fait partie des cinq buts du scoutisme, qui n’est toutefois pas un lieu d’évangélisation. C’est un lieu où on va mettre la spiritualité en pratique à travers des moments de pleine conscience, des réflexions et des discussions. On va se poser des questions sur le sens des valeurs. On va partager avec ceux qui ont la foi et ceux qui n’en ont pas notre vision de la spiritualité», explique-t-elle.
Mme Pérusse définit la spiritualité comme étant la manière d’agir envers les autres, la pureté dans la parole, la pensée et l’action. «Personnellement, le scoutisme est le seul milieu que j’ai pour vivre ma foi concrètement dans ma vie. C’est ma communauté spirituelle, les scouts. C’est là où je vis ma foi d’une manière saine et respectueuse», affirme-t-elle.

Elle précise que dans son groupe se retrouvent des gens de plusieurs religions, tels que des protestants, des catholiques et des musulmans.
Si les éléments plus explicitement religieux ne sont pas obligatoires dans l’AABP, ils peuvent toutefois être intégrés lorsqu’une troupe le souhaite. Ainsi, les prières et les chants dans lesquels Dieu ou Jésus sont évoqués sont demeurés dans la culture et les pratiques de l’association. Dans des camps éclaireurs, il arrive qu’un prêtre soit invité à célébrer la messe à la demande de la troupe, raconte Mme Pérusse.
«Nous, on est une des rares associations francophones au Canada à avoir gardé ce côté spirituel et religieux», souligne cette responsable de l’Association des aventuriers de Baden-Powell. Elle insiste sur les valeurs du don de soi, la solidarité, l’entraide et la fraternité.
Le site Internet de l’AABP renseigne que l’association est «un mouvement de scoutisme traditionnel d’éducation pour et par les jeunes ayant comme objectif la formation de meilleurs citoyens». Elle revendique quelque 1200 membres répartis au Québec et au Nouveau-Brunswick.
Une spiritualité par le jeu, la nature et le dialogue
En 2026, le District du Montréal Métropolitain célébrera ses 100 ans de scoutisme. Sa directrice générale, Fannie Martin, explique que l’entité relève de l’Association des scouts du Canada, elle-même sous l’égide de l’Organisation mondiale du scoutisme (OMS).
Interrogées sur la place de la spiritualité, les responsables du District du Montréal Métropolitain mentionnent que l’OMS est apolitique et non religieuse. Elles reconnaissent toutefois que parmi les piliers développés par le fondateur Baden-Powell figure également la spiritualité.
Pour développer l’axe de la spiritualité, leurs équipes d’animation s’appuient sur le jeu, fondement même de la pédagogie du scoutisme. Afin de vivre la spiritualité, les jeunes peuvent être invités à des randonnées en montagne afin de profiter de la nature.
«Arrivés au sommet, la beauté du paysage nous coupe le souffle. On est dans un moment spirituel, c’est-à-dire qu’on entre en communion avec quelque chose qui nous dépasse. Voilà un exemple très concret de la spiritualité», illustre Julie Blaudin de Thé, porte-parole du Jamborée Montréal 2026.

Une autre manière de vivre la spiritualité consiste à engager une discussion sur la mort lorsqu’un jeune scout est bouleversé par le décès d’un proche. L’équipe d’animation peut initier une causerie sur ce qu’on ressent après la perte d’un animal ou d’un être humain. «Donc, on va faire vivre un axe de la spiritualité sans forcément le dire, c’est l’action qui fait qu’on vit la spiritualité», précise la porte-parole. Dieu et Jésus ne sont toutefois pas évoqués, souligne-t-elle.
Le District du Montréal Métropolitain regroupe 3500 jeunes et 1000 adultes bénévoles. Il compte à lui seul 175 unités présentes sur les territoires de Montréal, Laval et Repentigny.
Les citoyens de demain
Les jeunes scouts, qu’ils soient issus d’un milieu confessionnel ou non, essaient de bien incarner les valeurs prônées par le mouvement, dont la finalité est de former les citoyens de demain.
«On est un mouvement d’éducation pour les jeunes et cette éducation se fait à travers le plein air, l’esprit d’équipe et la débrouillardise», résume Frédérique Duchesne, cheffe du 33e groupe scout Saint-Donat, rencontrée lors d’une activité au parc Saint-Donat, dans le quartier Mercier-Ouest.
















































