Célèbre pour sa grotte dédiée à Notre-Dame-de-Lourdes et pour sa chapelle – l’une des rares au Canada à rester ouverte jour et nuit – la Fraternité des frères franciscains de Lachute, située à environ 75 km de Montréal, demeure très active. Le frère Pierre Brunette l’a confirmé lors d’un entretien sur place, qui permet aussi de remonter aux origines de cette communauté bien implantée dans la région.
«Nous sommes arrivés ici en 1949, mais vingt ans plus tôt, en 1929, Lachute faisait partie du diocèse d’Ottawa, et il y avait une sorte d’initiative de la part de la famille Ayers», raconte le frère Pierre Brunette. L’une des filles de l’industriel William-Henry Ayers, Eva-Pearl, alors malade, avait demandé à ses parents de faire un pèlerinage à Lourdes, en France.
Une pierre du rocher de Massabielle – lieu précis des apparitions en France – est rapportée de ce voyage.
Peu à peu, les gens viennent prier sur la propriété familiale. Ceci a donné lieu à une dévotion mariale qui n’existait pas beaucoup dans le milieu, fait remarquer le frère franciscain. «Eva-Pearl a eu le mérite d’avoir implanté dans la région un lieu de dévotion à la Vierge», admet-il.
«En 1949, une lettre annonce à madame Eva-Pearl que les franciscains de l’est de la province du Canada, dont le siège social était à Montréal, ont été sollicités pour assurer le service pastoral des pèlerins qui devenaient nombreux», ajoute le prêtre.
Aujourd’hui, sur les lieux, dominent la grotte terminée en 1939, la grande église érigée en 1961, des ermitages, la maison des frères bâtie en 1950 et la petite chapelle construite en 1949. Le site de la Grotte de Notre-Dame-de-Lourdes est situé sur le territoire de la municipalité de Brownsburg-Chatham, à la limite immédiate de Lachute.

Enseigner la spiritualité
Sur le site, les gens viennent se confier et prier, inscrivent leurs intentions dans un cahier ou allument un lampion. Le lieu – un sanctuaire marial – a conservé l’atmosphère intime d’une maison. Les frères célèbrent chaque jour la liturgie des Heures : les laudes à 7h30 le matin, puis les vêpres et l’eucharistie à 19h30.
«On a, cette semaine, du mardi au vendredi, les laudes et les vêpres. À 11h le dimanche matin, pour la messe dominicale, on peut se retrouver de 100 à 150 personnes, ce qui est assez bon dans les circonstances et dans les régions», estime le frère Pierre Brunette.
«L’accompagnement spirituel, c’est aussi l’apprentissage du silence.»
frère Pierre Brunette
Selon lui, la vocation de la maison demeure celle d’un lieu de prière, de fraternité, d’accueil et d’accompagnement spirituel.
«Dans l’énoncé de la mission, il y avait cette idée de chercher une nouvelle parole sur Dieu avec des gens qui ne sont pas nécessairement liés à la structure religieuse – l’Église, la paroisse, la messe quotidienne ou du dimanche. On est avec des personnes qui cherchent dans tous les sens et on essaye d’être ouverts à d’autres formes de recherche», explique le père franciscain, qui a fait sa licence en spiritualité franciscaine et son doctorat sur Saint-François chez les jésuites. «Chez les franciscains, les gens disaient : ‘’Si on va à Lachute, il faut prier‘’, au sens où il y a une vie organisée autour de la prière.»
Depuis plus de vingt ans, tous les lundis soir, un groupe de méditation chrétienne réunit des personnes de toutes allégeances pour vivre un temps d’arrêt en silence, ponctué d’un bref enseignement de cinq minutes.
«Pendant trente minutes, on médite avec le plein silence. L’idée principale est de vivre ensemble la respiration des autres. Sentir qu’on est appuyé par les autres, qu’on est en lien avec tout ce qui se passe dans le monde d’aujourd’hui», relève le frère franciscain.
«L’accompagnement spirituel, ce n’est pas seulement la liturgie ou la prière de l’église, l’office du temps présent, mais le silence, l’apprentissage du silence.»

Une fraternité engagée
Ce qui caractérise ce lieu de vie, notamment inspiré par Saint-François d’Assise, c’est la fraternité. «On n’est pas des moines, se refuse le frère Pierre Brunette. Même si des gens nous appellent des moines, nous ne sommes pas des moines, c’est une fraternité dont la profession de vie est la vie évangélique», précise-t-il.
La communauté subvient elle-même à ses besoins par son travail et ses ministères. Ses surplus sont partagés avec les milieux défavorisés. Elle place au cœur de son existence l’accueil et la parole de Dieu, et offre, lorsque c’est possible, diverses formes d’accompagnement à des personnes qui n’ont pas les moyens de consulter un psychologue, par exemple.
L’aide que les Franciscains de la Grotte accordent à la communauté dans laquelle ils vivent peut prendre bien d’autres formes. «On n’a pas ce qu’il faut pour offrir de grandes subventions, mais, dans nos constitutions générales, il nous est demandé de donner 10% de nos revenus. Ça nous oblige a avoir un réflexe de solidarité» explique le frère.
Cinq frères franciscains
«Nous sommes actuellement cinq frères ici, quatre prêtres et un frère laïc. On est peut-être un des derniers bastions d’une fraternité québécoise, parce que les autres maisons (franciscaines) ont une allure plus internationale», considère Pierre Brunette.

Michel Boyer s’occupe de la méditation chrétienne pour tout le Québec et l’Ontario francophone.
«On a un autre frère qui est un grand théologien, qui a été le premier maître de novices ici (Lachute), qui a été élu provincial et ensuite vicaire général à Rome pendant des années», relate Pierre Brunette parlant du frère Gilles Bourdeau.
Lévi Cossette intervient en soins palliatifs, en plus de travailler dans les paroisses, de s’impliquer auprès des Chevaliers de Colomb et de préparer les jeunes adultes à la confirmation.
Quand à Gery Clyne, il fait de l’accompagnement spirituel auprès des fraternités franciscaines. Il s’occupe également de la Fraternité Franciscaine Séculière à Montréal.
Le frère Pierre Brunette, qui a maintenant 78 ans, assure des services dans les Centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) pour les personnes en fin de vie. Il s’investit également dans les activités du Café Partage d’Argenteuil, qui est une alternative alimentaire pour les petits salariés et les gens n’ayant pas beaucoup de revenus. Il présente aussi des émissions à la télévision pour répandre la foi.
Une vie de prière
Chez les franciscains de Lachute, le lundi est généralement considéré comme une journée où chacun vaque à ses occupations personnelles. «La semaine c’est mardi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi où il y a la prière du matin, un petit arrêt de prière à table au milieu du jour et la prière du soir. Ça c’est une première responsabilité que nous avons», affirme Pierre Brunette.
«Chacun des frères anime à tour de rôle l’eucharistie et choisit les chants, car ici, ça chante beaucoup», confie le prêtre.
Le dimanche, la messe est célébrée dans la grande église.














































