En septembre dernier, plusieurs fidèles issus de la communauté de l’église Saint-Dominique de Québec ont annoncé le lancement d’un Fonds philanthropique d’aide aux itinérants(es) avec un objectif clair : amasser 10 M$ «en à peu près trois ans». Présence est allé tendre son micro à Daniel Boulet, responsable bénévole du comité sur l’itinérance et cocréateur de ce fonds qui n’en est qu’à sa genèse.
C’est un samedi matin de novembre que nous rejoignons Daniel Boulet à l’entrée de l’église Saint-Dominique de Québec, qui se dresse sur la Grande Allée à deux pas des Plaines d’Abraham. Après avoir monté les quelques marches et tourné la clé dans la serrure, il nous à invité à le suivre dans une salle où nous nous installons, prêts à échanger. Notre discussion porte d’abord sur le point de départ de l’initiative. Il s’agit d’un article d’opinion paru un média, en décembre 2024, auquel le médecin retraité n’est pas resté insensible.
Une tempête parfaite
«Un lecteur disait qu’il ne comprenait pas qu’avec le froid, les églises n’ouvraient pas leurs portes aux itinérants. Ma réponse n’a pas été publiée, mais j’avais écrit que les églises ne sont pas des bed and breakfast. Malheureusement, le problème de l’itinérance est plus complexe que celui de trouver un toit uniquement pour une nuit lorsqu’il fait froid. Il y a toutes sortes de complications, autant au niveau des assurances que de la surveillance. Les églises, actuellement, n’ont pas les moyens», amorce Daniel Boulet.
Dès lors, le Comité d’animation de la communauté de Saint-Dominique s’est questionné sur ce qu’il pouvait faire en étudiant les différents facteurs responsables de l’itinérance. Les membres du comité ont évoqué l’écart de revenus qui ne cesse de se creuser entre les plus riches et les plus pauvres, la hausse généralisée du coût de la vie, la politique migratoire américaine jugée «brutale» ou encore la guerre commerciale qui perdure entre le Canada et les États-Unis. Un tel portrait de la situation, peu reluisant, «augmente le risque de trouver des gens qui deviennent des itinérants» a conclu le comité.
Une fois ces éléments récoltés, le Dr Boulet est allé rendre visite aux 48 organismes qui composent le Regroupement pour l’aide aux itinérants et itinérantes de Québec (RAIIQ) dans la Capitale-Nationale ainsi qu’aux 21 organismes communautaires réunis dans deux tables de concertation sur la Rive-Sud. «Tous ont été unanimes : le problème qu’ils ont, c’est un problème de financement régulier pour leur budget d’opérations», explique-t-il.
Financement régulier requis
«Les organismes gouvernementaux, en général, ne financent que des projets pour un an, des fois deux ans et rarement trois ans. Pour s’occuper correctement des itinérants, ça prend un toit, mais aussi des services multiples pour aider les itinérants à réintégrer la société», poursuit Daniel Boulet en faisant référence à un questionnaire qui avait été transmis à plusieurs itinérants lors du dénombrement mené par le ministère de la Santé et des Services sociaux en 2022.
Selon lui, les réponses à ce questionnaire sont assez évocatrices de la nécessité de traiter l’itinérance avec différentes approches. «Le besoin de ces personnes, c’était d’avoir un toit, mais pas que. C’est aussi d’avoir accès à des services de santé physiques, des services de santé mentale, des services de désintoxication, des services d’éducation, explique-t-il. Ça prend des équipes multidisciplinaires.»
Or, l’absence de financement régulier perturbe les organismes concernés lorsqu’il s’agit du recrutement et de la rétention de personnel qualifié. Travailleurs de rue, travailleurs sociaux, éducateurs, infirmières et même psychologues si dirigent plutôt vers le privé et le public lorsqu’ils n’ont pas la garantie de pouvoir bénéficier d’un salaire à la hauteur de leurs compétences sur le long terme.
«Avec ce besoin pour eux d’avoir un budget d’opérations régulier, on a eu l’idée de créer un fonds. On a donc contacté la Fondation Québec Philanthrope, on a regardé ce qu’il était possible de faire et on a fini par créer un fonds pérenne : c’est-à-dire un fonds dans lequel on accumule du capital et chaque année, les revenus des dividendes et des intérêts seront remis aux organismes», détaille le cocréateur du Fonds.
Objectif : 10 M$
Le montant de 10 M$ n’a pas été choisi au hasard. «Ça prenait un montant tel que les revenus soient suffisants grands pour contribuer au moins un peu aux organismes. Il y en a 69 en les additionnant, donc ça demande quand même un certain capital, justifie Daniel Boulet en ajoutant que le fonctionnement du mécanisme de redistribution reste à déterminer. Il est certain que des organismes ont des besoins plus grands».
«La tâche à laquelle on s’attelle actuellement, c’est de ramasser des sous. On s’est donné un objectif d’à peu près trois ans pour atteindre ces 10 millions», avance celui qui a exercé comme physiatre au sein de l’hôpital de l’Enfant-Jésus de Québec. En date du 22 novembre 2025, près de 100 000 $ avaient déjà été récoltés.
Au terme de notre conversation, le Dr Boulet rappelle que les facteurs qui sont à l’origine de l’itinérance ne sont pas voués à disparaitre. Au contraire. Ils s’intensifient et devraient continuer à prendre de l’ampleur. «Les organismes ont d’excellents résultats lorsqu’il s’agit de sortir les gens de la rue et de les aider à réintégrer la société. En revanche, la demande est de plus en plus grande et la pression est devenue extrêmement importante sur ces organismes», met en garde Daniel Boulet en prenant l’exemple de Lauberivière.















































