Mercredi 19 mars, la Chaire de leadership en enseignement Marie-Fitzbach en pastorale et éthique sociales de l’Université Laval et l’Institut Notre-Dame du Bon-Conseil organisaient une journée d’étude dédiée à Marie Gérin-Lajoie. Son parcours de vie inspirant, ses accomplissements qui ont permis des avancées sociales majeures ou encore la manière dont elle influence encore les générations d’aujourd’hui étaient au coeur du programme. Bilan des enseignements à tirer de cet évènement.
Engagée dans l’amélioration des conditions de vie des femmes et des immigrants, Marie Gérin-Lajoie a notamment fondé l’Institut de Notre-Dame du Bon-Conseil de Montréal en 1923. « Je l’ai trouvée tout de suite attachante, chaleureuse et d’une grande simplicité. Elle a accueilli d’une façon très aimable nos questions très innocentes », se souvient Gisèle Turcot, supérieure générale de cet Institut, lorsqu’elle a fait sa rencontre pour la première fois.
Même pour Pénélope-Natacha Mavoungou-Pemba, une amie de cette même communauté religieuse et originaire du Congo, sa rencontre posthume avec Marin Gérin-Lajoie a laissé une trace indélébile. « Dans ma culture africaine, il y a comme une éthique symbolique de l’exemplarité. En rencontrant Marie Gérin-Lajoie, à travers ses textes, j’ai commencé à comprendre ce qu’elle souhaitait : c’est ce qui m’a permis de m’intégrer, de ne pas dramatiser certaines réalités et surtout de me battre pour faire ma place », témoigne celle qui coordonne le volet académique du projet de mise en valeur du Matrimoine de Marie Gérin-Lajoie.
« Éclairée, inspirante et innovatrice »

Son engagement pour l’action sociale s’explique en partie par son voyage en Europe, qu’elle entreprend à l’issue de son parcours universitaire. Accompagnée de sa tante Antoinette et grâce au carnet d’adresses de sa mère, Marie Gérin-Lajoie visite les centres étudiants de Londres, plusieurs béguinages à travers la Belgique ainsi que des secrétariats sociaux en France.
« Elle n’est pas allée en Europe pour faire du tourisme. Ce qu’elle retient de tout cela, c’est le concept d’égalité. C’est ce qui l’a amenée vers le passage de la charité à la justice sociale », démêle Gisèle Turcot. « C’est ce que l’on appelle la solidarité réelle », complète Françoise Guenette, journaliste retraitée et animatrice des échanges durant ce panel.
Figure emblématique de la création de l’École de service social de l’Université de Montréal, fondatrice du Centre social d’aide aux immigrants et rédactrice pour La Bonne Parole : Marie Gérin-Lajoie a été entreprenante pour laisser un héritage concret aux générations futures.
« Ce n’était pas simplement une idéologue. Elle traduisait ses idées en actions et en institutions. Si vous avez des institutions, cela dépasse les personnes et ça a une pérennité plus longue. Comme ses parents étaient tous les deux avocats, elle voulait inscrire les choses dans une législation », atteste Gilles Routhier, récemment retraité de son poste de professeur titulaire à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval.
Formation primordiale
Plus tôt, en 1911, Marie Gérin-Lajoie était devenue la première Canadienne-française à obtenir un baccalauréat dans une université francophone, à une époque où l’accès à l’enseignement supérieur était compromis voire impossible pour les femmes. Très vite, elle a placé l’éducation au cœur de ses priorités et c’est pourquoi elle s’est battue pour que les femmes puissent bénéficier d’un meilleur accès à l’enseignement supérieur.
« Elle croit que chaque être humain a un potentiel de développement et que si les femmes sont plus instruites et plus regroupées, elles peuvent accomplir de grandes choses », note Gisèle Turcot.
« Elles pouvaient devenir avocates, ingénieures ou même informaticiennes : la formation donne accès à des emplois intéressants qui permettent aux femmes de se réaliser et d’avoir de l’influence dans les enjeux de la société moderne », met en avant Nicole Beaudoin, femmes d’affaires de renom et docteure honoris causa de l’Université de Montréal, en faisant également référence à l’importance du mentorat au sein de l’entrepreneuriat féminin.
Encore du chemin

Le leadership et le charisme social dont Marie Gérin-Lajoie a su faire preuve tout au long de sa vie ont contribué à réduire les inégalités entre les femmes et les hommes. Mais en 2025, où en sommes-nous ? C’est la question à laquelle répond l’ouvrage publié par le Conseil du statut de la femme, qui s’intitule L’égalité entre les hommes et les femmes : regard sur les 50 ans d’évolution au Québec.
« On a des politiques publiques qui ont grandement contribué à l’autonomisation économique des femmes. Leur niveau de scolarité, leur accès aux études et au marché du travail, les congés parentaux, la présence favorisée des pères dans l’implication auprès des enfants : plusieurs législations ont permis aux femmes de se réaliser professionnellement. Ce bilan rend visible une évolution dans la manière de nommer, concevoir et décrire les réalités qui touchent les femmes », rapporte Me Louise Cordeau, présidente du Conseil du statut de la femme.
Néanmoins, malgré les progrès constatés, certains enjeux persistent et d’autres font leur apparition à l’image du cyberharcèlement sur les réseaux sociaux. « Ces avancées ne doivent pas occulter la présence d’enjeux liés à la charge mentale, aux tâches ménagères, à l’écart salarial. La vigilance et l’action sont toujours essentielles et rappelons que toutes nos avancées se situent dans une très récente et courte période. Rien n’est acquis », achève Me Louise Cordeau avec fermeté.















































