L’historien du christianisme social québécois n’est plus. Frédéric Barriault, 53 ans, est décédé tôt ce mercredi 18 mars 2026 à la Maison Victor-Gadbois de Saint-Mathieu-de-Beloeil en Montérégie. Il avait été admis dans cette maison de soins palliatifs, qu’il appelait «son havre de paix et de sérénité», douze jours plus tôt.
Abreuvant avec assiduité son compte Facebook de propos critiques et passionnés sur l’actualité québécoise, canadienne et internationale, celui qui était jusqu’alors en pleine rédaction d’une thèse de doctorat sur l’engagement social et politique du jésuite Jacques Couture (1929-1995) commentait ces dernières semaines l’évolution de son état de santé et témoignait de la sérénité qui l’habitait désormais.

«La situation est hélas sans appel», écrivait-il le 24 février, il y a moins d’un mois. «Mon cancer de la paroi de l’intestin est incurable, inopérable. Je vais me diriger bientôt vers une maison de soins palliatifs pour vivre les prochaines semaines de ma vie terrestre dans le confort, la paix et l’amour de mes proches.»
«Je suis immensément triste, mais néanmoins serein, avec la certitude d’avoir aimé de tout mon cœur et de toute mon âme ces milliers de personnes que j’aurai croisées ces 53 dernières années.»
Doctorant en sciences des religions à l’UQAM, Frédéric Barriault a enseigné au Département de sciences des religions de l’UQAM et au Département de géographie-histoire du Collège de Maisonneuve.
C’est en 2015 qu’il est engagé comme recherchiste auprès de Communications et Société. Il participe alors à la rédaction et à la traduction d’articles pour la toute nouvelle agence de presse Présence – information religieuse. Durant dix années, et jusqu’en janvier 2026, il a commenté l’actualité politique, sociale et ecclésiale au micro de la station Radio VM, à l’émission Foi et turbulences.
En 2017, il joint les rangs du Centre justice et foi, un lieu de réflexion et d’analyse sociale fondé par des jésuites en 1983. Il y mène plusieurs chantiers dont le plus important aura été la Mémoire du christianisme social au Québec, un site Web de type encyclopédique – toujours en ligne malgré la fermeture du Centre justice et foi – qui entend «documenter les traces historiques du christianisme social dans les mobilisations des dernières décennies».
Saisir les signes des temps
Élisabeth Garant, qui a travaillé avec Frédéric Barriault au Centre justice et foi, déplore le départ prématuré d’un «collègue devenu un ami» et d’un intellectuel qui a «toujours cherché à comprendre ce qu’on appelle si joliment en Église les signes des temps».
«Sur l’histoire du christianisme social, le legs de Frédéric Barriault est important.»
Catherine Foisy, sa directrice de thèse à l’UQAM
«L’Église québécoise vit des moments de transition et veut s’engager dans de nouvelles façons d’être présente au monde. Mais elle est très démunie en ressources pour effectuer ce passage et ce virage. Frédéric était l’une des personnes les mieux placées pour aider l’Église à construire des ponts entre la société civile et toutes ces personnes chrétiennes qui veulent y être présents et y vivre leur foi en tant que citoyens et citoyennes engagés.»
Mme Garant mentionne que son ami et collègue avait élaboré bien des projets qu’il entendait mener à terme. «C’étaient des projets qui renforcent une façon de vivre l’Évangile en ayant les deux pieds ancrés dans la justice sociale.»
«Frédéric a vécu intensément. Mais il ne cachait pas ses fragilités et sa vulnérabilité. Cela nous touchait. Mais c’est surtout ce qui le rendait sensible aux injustices que trop de personnes vivent dans notre société», confie celle qui l’a visité à la Maison Victor-Gadbois, la veille même de son décès.
Un collègue, un ami, un frère
Devant le départ si rapide de Frédéric Barriault, Catherine Foisy, sa directrice de thèse à l’UQAM, avance d’abord un mot: «stupéfaction».
«Tout a déboulé si vite. De la mi-janvier à la mi-mars. Deux mois seulement», confie-t-elle ensuite, pensive, à voix basse.
Son étudiant au doctorat, dit-elle, était «un historien rigoureux et un homme engagé socialement, au nom de sa foi, ce qui est de plus en plus rare dans le contexte québécois».

«Il n’y a pas beaucoup de gens qui travaillent et connaissent la mouvance sociale du christianisme au Québec. Il en était l’un de plus ardents défenseurs et illustrateurs. Sur l’histoire du christianisme social, son legs est important.»
Par ses recherches, «il a jeté un regard d’historien et mené une analyse approfondie sur les causes structurelles de l’injustice et de la pauvreté».
«Son travail voulait rendre hommage à toutes les femmes et à tous les hommes qui se sont battus pour transformer leurs conditions de vie durant les 70 dernières années.»
La professeure Foisy indique que son départ prématuré a bouleversé ses «camarades au doctorat» qui, tous, entendent poursuivre les recherches qu’il menait sur l’héritage du prêtre jésuite, homme politique et missionnaire Jacques Couture.
Elle annonce aussi qu’elle entend doter la Fondation de l’UQAM d’un fonds à la mémoire de Frédéric Barriault afin qu’une bourse d’études supérieures soit offerte à un étudiant ou une étudiante qui souhaiterait approfondir la thématique du christianisme social.
Ce n’est pas seulement un collègue qui nous quitte, dit-elle. «C’est un compagnon, un ami et un frère que l’on perd.»
«Frédéric était un homme fougueux, animé d’une foi profonde et toujours prêt à défendre la justice avec enthousiasme. Il nous rappelait sans cesse l’importance de la solidarité du Christ et de l’Église avec les personnes les plus fragilisées. Je vous invite à porter ses proches dans vos prières», a indiqué plus tôt aujourd’hui le président de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec (AECQ), Mgr Martin Laliberté.
Frédéric Barriault était membre du conseil Église et Société de l’AECQ depuis 2019. Ce conseil publie annuellement un Message du 1er mai sur des questions sociales. Le message de cette année s’intéressera à la dignité des travailleurs et des travailleuses et c’est l’historien Frédéric Barriault qui l’a rédigé.
Voir aussi
Le site Mémoire du christianisme social au Québec
Frédéric Barriault, «Un christianisme social fragile, mais résilient et lucide», Présence – information religieuse, 31 mars 2025.















































