La Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) est une communauté religieuse traditionaliste fondée par Mgr Marcel Lefebvre en Europe et présente au Québec. Rejetant certains enseignements du Concile Vatican II, elle est en rupture officielle avec Rome depuis 1988, après avoir ordonné quatre évêques sans l’autorisation du pape Jean-Paul II. La FSSPX et Rome ont par la suite entrepris des démarches de rapprochement qui ont conduit à la levée de l’excommunication des quatre évêques sous Benoît XVI. Une récente déclaration du supérieur général de la Fraternité pourrait toutefois entraîner une nouvelle rupture.
Le 2 février 2026, le père Davide Pagliarani, supérieur général de la FSSPX, a publié un communiqué annonçant son intention de confier aux évêques de la Fraternité la charge de procéder à de nouvelles consécrations épiscopales le 1er juillet prochain. Selon le droit canonique, cette initiative est illégale et entraînerait une excommunication latae sententiae (automatique) des personnes impliquées, car seul le pape possède le pouvoir de nommer des évêques.
Un dialogue ardu
Une rencontre formelle s’est tenue le 12 février entre le père Pagliarani et le cardinal Víctor Manuel Fernández, préfet du dicastère pour la Doctrine de la foi. Pour sa part, la FSSPX a insisté sur la nécessité de nommer de nouveaux évêques, invoquant une situation d’urgence pour assurer la survie de la communauté, sans fournir davantage de détails. Malgré notre appel pour obtenir plus de précisions, aucun représentant de la Fraternité au Québec ne nous a rappelés.
Durant la rencontre du 12 février, le cardinal Fernández a invité la FSSPX à un processus de dialogue théologique autour des questions disputées. L’objectif de ce processus était de préserver les «minimums nécessaires» à la pleine communion avec l’Église catholique et d’identifier un statut canonique pour la Fraternité. Le Vatican a également indiqué que, si la FSSPX ne renonçait pas à son projet de nommer de nouveaux évêques, aucun dialogue ne sera possible et toute consécration entraînerait l’excommunication des personnes concernées.
Interrogé par Présence, l’abbé Jean-Pierre Camerlain, chancelier du diocèse de Saint-Jean-Longueuil, a expliqué que, malgré cette invitation au dialogue, il est pratiquement inconcevable que les discussions de Rome avec la FSSPX puissent remettre en cause la légitimité des enseignements du Concile Vatican II. La Fraternité critique en effet des éléments centraux du Concile, notamment l’enseignement sur la liberté religieuse et la réforme liturgique issue de Vatican II, dont elle conteste l’orientation doctrinale et la continuité avec la tradition antérieure.
Le 18 février dernier, la FSSPX a répondu par la négative à l’offre du cardinal Fernández. Cette réponse, publiée sur le site de la Fraternité, annonce le refus de suspendre les ordinations épiscopales. Pour justifier sa position, le père Davide Pagliarani évoque la pierre d’achoppement que représente la condition d’acceptation des textes du Concile Vatican II. S’adressant au cardinal Fernandez, il écrit : «Je ne vois […] pas comment un processus de dialogue commun pourrait aboutir à déterminer ensemble ce qui constituerait « les exigences minimales pour la pleine communion avec l’Église catholique », puisque – comme vous l’avez vous-même rappelé avec franchise – les textes du Concile ne peuvent être corrigés, ni la légitimité de la Réforme liturgique remise en cause.»
Conséquences d’éventuelles excommunications
À moins d’un revirement inattendu, les futurs évêques de la FSSPX et celui qui procédera à leur ordination seront donc excommuniés.
Les conséquences exactes de cette excommunication sont toutefois complexes. Dans l’Église catholique, l’excommunication n’efface pas le caractère sacramentel reçu à l’ordination. Un évêque consacré selon le rite catholique conserve le pouvoir d’ordre, même si cette consécration a été faite sans l’accord de Rome. Sur le plan sacramentel, l’ordination est valide, même si, sur le plan du droit canon, elle est illicite. Pour les membres de la FSSPX, cela signifie que les sacrements célébrés par les nouveaux évêques demeureront eux aussi valides, bien que célébrés illicitement.
Selon Jean-Pierre Camerlain, puisque seuls des évêques peuvent ordonner des prêtres ou procéder aux confirmations de manière licite, l’excommunication des évêques de la FSSPX pourrait inciter certains membres de la Fraternité à chercher à régulariser leur situation. Un évêque catholique pourrait ainsi ordonner des séminaristes de la FSSPX, à la suite d’un parcours imposé par l’évêque diocésain. S’ils sont acceptés à la suite de ce parcours, ces prêtres seraient alors catholiques et devraient obéissance à l’évêque de leur diocèse. Quant aux confirmations, elles pourraient aussi être célébrées au sein de l’Église catholique et non par la Fraternité.
Une question qui reste en suspens est également celle du schisme. Selon le canon 751, le schisme consiste dans «le refus de soumission au Souverain Pontife ou de communion avec les membres de l’Église qui lui sont soumis». Il faut toutefois souligner que la qualification exacte de ce que constitue un «refus de soumission» dépend d’un jugement explicite de Rome. Or, pour le moment, rien n’indique qu’un tel jugement soit envisagé dans le cas de la FSSPX.
Le cas de la Chine comme point de comparaison ?
Dans ses communiqués, la FSSPX évoque parfois la situation particulière de la nomination d’évêques en Chine comme élément de comparaison avec sa propre situation.
L’Église catholique en Chine connaît en effet une situation particulière, avec la volonté du gouvernement chinois de contrôler le processus de nomination des évêques. Si une partie des évêques sont membres de l’Église dite «clandestine», d’autres évêques de l’Église dite «patriotique» sont régulièrement nommés par Pékin, sans consultation du Saint-Siège et en violation des termes de l’accord signé par les deux parties en 2018. Or, pour éviter l’excommunication latae sentenciae, plusieurs évêques de l’Église officielle ont demandé et obtenu la reconnaissance de Rome.
À ce jour, en dehors des déclarations de la FSSPX elle-même, aucun responsable du Saint-Siège n’a publiquement établi de parallèle entre la situation de la Fraternité et celle de l’Église persécutée en Chine.
Statistiques sur la FSSPX
Selon ses propres chiffres, datés de décembre 2025, la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X compte à l’échelle mondiale 2 évêques, 733 prêtres (dont 17 au Canada), 264 séminaristes (dont 3 au Canada), 200 religieuses, 88 oblates (dont 3 au Canada) et 145 frères (dont 7 au Canada).
















































