Le premier procès collectif sur de possibles abus spirituels commis par un groupe religieux québécois n’aura pas lieu.
Le 9 décembre 2025, la juge de la Cour supérieure Claudia P. Prémont a approuvé une entente de règlement hors cour intervenue entre les avocats d’un membre de la Famille Marie-Jeunesse (FMJ) et ceux de cette communauté nouvelle, de l’archidiocèse de Sherbrooke et de l’abbé Réal Lavoie, le fondateur de groupe.
Les faits
En septembre 2021, Pascal Perron, un ancien membre de la FMJ, était autorisé à exercer une action collective contre cette communauté qu’il avait quittée en 2014. M. Perron obtenait aussi le titre de représentant d’un groupe de personnes alléguant avoir été «victimes d’abus physiques, spirituels et psychologiques au sein de Famille Marie-Jeunesse entre 1986 et aujourd’hui».
L’action collective reprochait à cette communauté, fondée par l’abbé Réal Lavoie, un prêtre de l’archidiocèse de Sherbrooke, d’avoir mis en place des règles «strictes et rigoureuses» qui ont eu pour effet de «détruire l’identité des individus qui en faisaient partie», «d’empêcher leur développement» et de rendre «leur réintégration dans la société civile extrêmement difficile».
Dans son jugement autorisant l’action collective, la juge Alicia Soldevila de la Cour supérieure spécifiait toutefois que le tribunal, lors d’un éventuel procès, n’aurait pas à évaluer les règlements internes de la FMJ puisque toute personne adulte «a le droit et la liberté d’adhérer à des règles imposées par un groupe religieux». Elle donnait alors l’exemple des moines et des moniales qui, depuis des siècles, voient leur quotidien être régi par des règles sévères.
L’entente
L’entente de règlement qu’a approuvée en décembre 2025 la juge Prémont a été signée par toutes les parties neuf mois plus tôt.
La FMJ et l’archidiocèse de Sherbrooke verseront une somme de 400 000 $, ce qui comprend l’ensemble des frais de justice ainsi que les honoraires des avocats. La somme restante (un peu plus de 300 000 $, estime-t-on) sera ensuite partagée entre les personnes qui réclament des indemnités. Celles-ci pourront varier entre 5 000 $ et 20 000 $, selon le nombre de personnes reconnues admissibles par les adjudicateurs.
Seuls les «membres internes» de la FMJ qui résidaient au Québec lors des faits reprochés peuvent soumettre une réclamation. Les prêtres, les sympathisants de cette communauté nouvelle ainsi que les «membres internes» ayant moins d’une année d’appartenance au groupe ne peuvent espérer obtenir une quelconque indemnité.
La juge Claudia P. Prémont estime que l’entente intervenue est «juste, raisonnable et dans l’intérêt des membres». Elle reconnait aussi que peu de personnes à ce jour sont «venues soutenir la procédure».
Elle mentionne aussi que «peu d’individus ont été en mesure de s’exprimer clairement sur les faits et les circonstances leur ayant causé préjudice et pouvant constituer des fautes, tant au niveau des abus physiques, psychologiques que spirituels». Ces éléments, dit-elle, laissent «entrevoir un procès de longue durée avec une preuve difficile à administrer», une situation qui entrainerait inévitablement des «coûts matériels et psychologiques élevés» pour les victimes alléguées.
«L’entente leur évitera un procès douloureux et difficile vu les allégations devant être mises en preuve pour obtenir gain de cause», déclare la juge le 9 décembre 2025.
Chemin de guérison
En réaction à ce jugement, la Famille Marie-Jeunesse rappelle d’abord que «cette entente a été conclue sans reconnaissance ou admission de responsabilités de quelque nature que ce soit par les parties défenderesses».
Solène Garneau, répondante auprès des médias pour la FMJ, note aussi que la notion d’abus spirituel n’est pas définie par le droit civil. «Un procès sur cette accusation serait complexe», dit-elle dans un courriel acheminé à Présence.
«À cette étape du processus, il nous semble que l’entente de règlement hors cour est le moyen le plus approprié pour l’apaisement de chacune des personnes impliquées.» La communauté se dit «satisfaite de ce dénouement».
«Nous désirons sincèrement le meilleur pour chaque demandeur et nous désirons maintenant concentrer l’énergie de la communauté sur nos projets actuels et à venir, soit poursuivre la mission de cheminer avec des jeunes et continuer à collaborer en Église», a déclaré Solène Garneau.
La FMJ compte aujourd’hui 19 membres internes qui résident toujours dans leur couvent de la rue Conseil à Sherbrooke. Cette résidence a été vendue l’an dernier, mais la communauté peut y demeurer jusqu’en juin 2027.
«Pour ces personnes qui ont vécu des souffrances et qui ont demandé réparation, nous espérons que ce règlement leur permettra de trouver la paix et d’avancer dans leur cheminement de guérison», déclare de son côté l’abbé Steve Lemay, administrateur diocésain.
Il rappelle que depuis le dépôt de la demande d’autorisation d’exercer une action collective, l’archidiocèse de Sherbrooke a collaboré avec les autorités et a toujours souhaité «un dénouement équitable pour tous».
«Nous ne souhaitons pas commenter la façon dont le Tribunal a abordé la question des abus spirituels», ajoute ce prêtre qui a été nommé administrateur diocésain au lendemain de la démission de l’archevêque Luc Cyr. «Nous voulons plutôt nous concentrer sur la guérison des personnes qui ont été blessées.»
Le fondateur
Réal Lavoie est à l’origine de la FMJ dans les années 1980. Ce laïc a été ordonné prêtre diocésain en 2005. Toutefois, l’abbé Lavoie «ne vit plus au sein de la communauté depuis 2016, avant même le début de l’action collective», confirme dans un courriel Solène Garneau. «Depuis, il a semblé préférable de poursuivre nos routes séparément.»
«L’abbé Lavoie est retiré de son ministère depuis le début de l’action collective et son statut demeure ainsi pour le moment», indique l’abbé Steve Lemay de l’archidiocèse de Sherbrooke.















































