Le juge Donald Bisson de la Cour supérieure du Québec doit maintenant décider si une entente de règlement récemment signée entre les Frères des écoles chrétiennes du Canada francophone et plus de 200 victimes présumées d’agressions sexuelles commises par des membres de cette congrégation religieuse depuis 1940 doit être approuvée.
Le mercredi 11 février, tant les avocats des victimes que ceux de la congrégation religieuse ont répété que cette entente était «juste, raisonnable et dans l’intérêt des membres du groupe».
Une vingtaine de victimes, tous des hommes, ont pris la parole lors de cette audience. Tous ont aussi demandé au juge Bisson d’approuver cette entente.
Ce règlement représente «un soulagement» pour une victime dont on ne peut donner le nom véritable en raison d’une ordonnance de confidentialité. «Des personnes mal intentionnées se sont fait prendre et elles en paient aujourd’hui le prix. Mais cela ne remplacera jamais mon enfance ainsi que ma confiance perdue envers l’humanité» a déclaré cet homme qui a mentionné au juge et aux avocats avoir longtemps gardé le silence sur cette agression «qui a affecté toute ma vie».
«Il est temps d’aviser mes proches de ce qui m’est arrivé», écrit-il. Il a terminé son témoignage avec ces mots: «Que Dieu vous bénisse tous.»
«Vous savez», a expliqué une autre victime au juge Bisson, que «les sévices subis à un si bas âge» auront eu des conséquences importantes durant «le reste de ma vie». Il mentionne l’isolement, la honte, la révolte, la colère, les échecs scolaires, des divorces successifs et «agressifs» ainsi que le manque de confiance en soi. «Cette entente pourra aider à retrouver un peu de paix ainsi que le courage de demander de l’aide afin de devenir une meilleure personne».
Un homme, né en 1947, a déclaré avoir été harcelé par des religieux au Camp-De-La-Salle de Saint-Alphonse-Rodriguez au milieu des années 1950 puis, quelques années plus tard, au Collège Mont-Saint-Louis. Les deux institutions étaient des œuvres des Frères des écoles chrétiennes.
«En m’inscrivant à recours collectif, j’ai été amené à revivre ces souvenirs douloureux de ma jeunesse prépubère. Ce retour sur cette période s’est avéré tout aussi difficile à vivre aujourd’hui qu’il l’était à l’époque», a indiqué cet homme.
«J’ai également dû révéler cette partie de ma vie à mes enfants, un exercice que je n’avais jamais envisagé depuis les années troublantes de mon enfance», a-t-il ajouté. Il a expliqué au juge qu’étant pensionnaire au Collège Mont-Saint-Louis, il demeurait constamment auprès de son groupe d’amis «afin d’éviter les chasseurs de petits garçons».
Une entente généreuse
Qualifiée d’«inédite, voire historique» par l’avocat Justin Wee, cette entente prévoit que l’institut des Frères des écoles chrétiennes du Canada Francophone accepte de verser des indemnités aux victimes dont les réclamations seront jugées recevables et cela, «sans aucune limite de fonds préétablie».
Habituellement, dans les actions collectives contre des diocèses et des congrégations religieuses, une somme maximale est versée puis répartie entre les victimes. Selon le règlement présenté à la Cour supérieure du Québec, peu importe le nombre de victimes qui se sont déjà inscrites à ce recours (déjà 225 lors de l’audience de mercredi) et celles qui pourraient se manifester durant les six mois suivant l’approbation de l’entente, il est assuré que chaque victime reconnue recevra entre 50 000 $ et 270 000 $ (moins les honoraires des avocats ainsi que les taxes fédérale et provinciale).
De plus, les frais versés aux deux juges à la retraite qui vont décider des indemnités à accorder aux victimes – appelés adjudicateurs – seront assumés par les Frères des écoles chrétiennes du Canada francophone. Lors d’autres actions collectives, ces frais (au taux horaire de 400 $) sont prélevés directement sur la somme remise par l’institution religieuse, ce qui diminue le montant pour l’indemnisation des victimes reconnues.
À quelques reprises lors de l’audience de mercredi au palais de justice de Montréal, il a été mentionné que les Frères des écoles chrétiennes ont fait preuve de «générosité» dans la conclusion de cette affaire et qu’ils ont paraphé une entente qui veut permettre d’indemniser rapidement les victimes sans qu’elles aient à attendre la fin du travail des adjudicateurs, ce qui peut prendre jusqu’à 18 mois.
La congrégation des Frères des écoles chrétiennes du Canada francophone ne compte plus de 40 membres actuellement, a révélé mercredi l’avocate de cette congrégation. Parmi ceux-ci, il ne reste qu’un seul religieux qui «soit visé par une des réclamations» et qui est toujours vivant.













































