Un ex-étudiant du Collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière et un ancien servant de messe à l’église paroissiale de Saint-Just-de-Bretenières viennent de demander à la Cour supérieure du Québec l’autorisation d’exercer une action collective contre le diocèse de Sainte-Anne-de-la-Pocatière en raison d’agressions sexuelles subies aux mains de deux prêtres diocésains.
Les deux individus aujourd’hui dans la soixantaine et présentés dans la requête judiciaire sous les initiales A.B. et C.D., dénoncent les gestes commis par l’enseignant et abbé Rosaire Deschênes ainsi que par le curé Jean-Marc Garneau.
Dénoncé aux autorités
A.B. témoigne qu’à l’âge de 15 ans son professeur, l’abbé Deschênes, l’invite à sa chambre afin de lui donner des cours d’appoint en mathématiques. Le prêtre lui fait alors des attouchements. Le jeune étudiant fera «tout afin d’éviter le prêtre»
Mais quelques mois plus tard, l’abbé téléphone à sa mère et lui annonce qu’il l’invite à prendre part, avec un autre garçon, à un séjour de pêche. Les trois dorment dans la même chambre d’un chalet, sur «trois lits que le professeur avait collés ensemble». A.B. y est agressé, raconte-t-il. «Le lendemain, l’abbé Deschênes reconduit A.B. chez lui comme si de rien n’était.»
Dans la requête judiciaire, A.B. révèle que, peu après son agression, sa mère a dénoncé le prêtre auprès des autorités diocésaines. Elles l’assurent que l’abbé Deschênes «subira une thérapie».
Ce prêtre est demeuré professeur jusqu’en 1982. Quand l’abbé Deschênes est décédé, le 1er mars 2000 à l’âge de 79 ans, il habitait toujours au Collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, indique sa notice nécrologique publiée dans Le Soleil.
Au presbytère et au chalet
La victime présumée C.D., qui a grandi au sein d’une «famille très croyante», indique que dès son très jeune âge, le curé de la paroisse, l’abbé Jean-Marc Garneau, offrait régulièrement à sa mère de le garder durant quelques heures au presbytère de Saint-Just-de-Bretenières.
À l’âge de sept ans, le jeune C.D. sera accepté comme servant de messe. Jusqu’à l’âge de 12 ans, il sera souvent invité au chalet du curé Garneau. Il y sera victime d’attouchements et d’agressions.
On ne sait pas si l’abbé Jean-Marc Garneau est aujourd’hui décédé ou même s’il a quitté la prêtrise depuis ces agressions. Dans l’édition 2022 de l’Annuaire de l’Église catholique au Canada, son nom ne paraît pas à titre de membre du clergé diocésain.
Pas de mesures de protection
Les cabinets Bellemare Avocats et Lambert Avocats, qui ont présenté cette demande d’autorisation, déplorent le fait que les autorités du diocèse et du collège «n’ont pas pris les mesures nécessaires afin de sanctionner les agresseurs et d’éviter que les abus ne se répètent».
«Tout au plus, certains abbés ont été transférés dans d’autres paroisses, où ils ont continué à être en contact avec des enfants. Certains agresseurs ont ainsi fait plusieurs victimes au fil des ans», déclarent-ils.
Les deux cabinets indiquent avoir été contactés par «cinq autres personnes se disant avoir été victimes d’agressions sexuelles» par des prêtres, des religieux ou des laïcs qui ont été au service du diocèse de Sainte-Anne-de-la-Pocatière.
Joint par Présence, l’évêque Pierre Goudreault n’a pas souhaité commenter parce qu’il n’avait pas encore reçu le texte de la demande d’autorisation.
Mais le mardi 3 février 2026, Mgr Goudreault s’est dit «profondément troublé par la souffrance exprimée» par les victimes alléguées.
Rappelons qu’un juge doit d’abord donner son autorisation afin que cette action collective puisse aller de l’avant. Elle peut aussi être rejetée. Mais Mgr Goudreault, qui est aussi président de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), n’a pas attendu ce jugement — qui peut intervenir dans plus d’une année — pour assurer toutes «les personnes qui se reconnaissent comme victimes de sa proximité et de sa prière».
L’évêque admet aussi que «de tels gestes n’auraient jamais dû survenir et ne trouvent aucune justification dans l’Église».
Trois autres demandes
Les cabinets Lambert Avocats et Bellemare Avocats ont présenté en juin 2024 trois demandes d’autorisation d’exercer une action collective contre des diocèses catholiques du Québec. Ce sont les diocèse de Rouyn-Noranda et de Gaspé ainsi que l’archidiocèse de Rimouski.
Seule l’action collective contre le diocèse de Gaspé a été autorisée à ce jour.
Contrairement à l’évêque de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, l’évêque de Rouyn-Noranda n’a pas commenté l’action collective déposée contre son diocèse.
Le diocèse de Gaspé a de son côté déclaré «coopérer pleinement avec les autorités civiles et ecclésiastiques et prendre les mesures appropriées, sachant que la protection des victimes est une priorité pour nous».
«Nous reconnaissons la gravité de ces allégations et prenons cette situation très au sérieux» avait réagi l’archidiocèse de Rimouski le 18 juin 2024. «La protection des victimes et la transparence sont des priorités pour notre archidiocèse.»
Voir aussi
Présence, Trois diocèses visés par des actions collectives, 26 juin 2024.
















































