Dans l’optique de répondre aux interrogations soulevées par l’élargissement des critères d’accès et le recours croissant à l’aide médicale à mourir, l’Assemblée des évêques catholiques du Québec (AECQ) vient de publier un document qui s’intitule Pistes d’accompagnement pastoral des personnes en fin de vie. Détails et précisions avec Mgr Alain Faubert, évêque de Valleyfield et membre du conseil Église et Société de l’AECQ.
«Le contexte général des questions autour de la fin de vie au Québec nous invite à y réfléchir», concède d’emblée Mgr Faubert en ajoutant que les premières ébauches datent d’il y a trois ans. Qu’il s’agisse des dispositifs qui existent, de leur accessibilité et plus largement des débats éthiques qu’ils suscitent : nombreux sont les paramètres à prendre en compte lorsque vient le temps d’accompagner une personne en fin de vie.
En quoi consiste l’accompagnement pastoral d’une personne en fin de vie ? Comment répondre présent à l’appel qui nous a été délivré ? Quelles sont les différences entre l’approche palliative et l’approche curative ? Que savoir en cas de demande d’aide médicale à mourir ? Voici des exemples de questions pour lesquelles le document de l’AECQ, construit en collaboration avec des intervenants de première ligne, apporte des éléments de réponse.
Prédominance de la compassion

Long d’un peu plus d’une trentaine de pages, cet «outil de réflexion» s’adresse à l’ensemble de la population. Sans renoncer à leurs convictions, les évêques dépassent la question doctrinale pour privilégier une attitude d’accompagnement. «Il ne faut pas hésiter à accompagner, sans jamais abandonner quelqu’un ni avoir peur de déranger. La question n’est pas de savoir si je dois accompagner cette personne : c’est comment je vais l’accompagner», insiste l’évêque de Valleyfield.
Au-delà de la simple consultation, les personnes concernées sont aussi invitées à échanger et à partager leurs connaissances. «Nous encourageons les personnes accompagnatrices à se réunir en petits groupes pour discuter du présent document et de leurs expériences concrètes d’accompagnement en fin de vie», rédige l’AECQ au terme de l’introduction.
À travers les chapitres et les fiches pratiques qui composent cet ouvrage, un concept central guide la réflexion: il s’agit de l’accompagnement compatissant. Qu’est-ce que cela signifie, concrètement ? «Pour moi, l’accompagnement c’est l’aptitude du Christ à marcher aux côtés des gens. La compassion, c’est être à l’écoute, ouvert au dialogue, attentif à la douleur et à la soif de l’autre sans s’imposer», rétorque Mgr Faubert en faisait également référence au bon Samaritain pour illustrer son propos.
Hausse de l’aide médicale à mourir
En faisant écho aux mots du pape François, le document rapporte que peu importe la voie empruntée pour accompagner une personne en fin de vie, celle-ci doit respecter sa dignité. «Toute personne devrait se questionner sur la différence entre les soins palliatifs et l’aide médicale à mourir, par exemple, et chercher à comprendre l’option qui est la plus cohérente avec sa foi et ses valeurs», peut-on y lire.
Depuis l’entrée en vigueur de la Loi concernant les soins de fin de vie, en 2015, plusieurs milliers de Québécois ont fait le choix de se tourner vers l’aide médicale à mourir (AMM). Son administration est en hausse selon le dernier rapport d’activités publié par la Commission sur les soins de fin de vie. Le recours à l’aide médicale à mourir a augmenté de près de 156 % entre 2020 et 2025. 6 268 personnes y ont eu recours entre le 1er avril 2024 et le 31 mars 2025. À titre de comparaison, 2 163 personnes ont reçu une sédation palliative continue sur cette même période. La Commission rappelle qu’elle surveille de près à ce que «les exigences relatives à l’AMM soient bien appliquées au Québec et que l’AMM ne soit pas un soin choisi à défaut d’avoir accès à d’autres soins curatifs, palliatifs ou de fin de vie».
«Les soins palliatifs, c’est la véritable forme d’accompagnement qui respecte la dignité des personnes. Mais est-ce qu’on leur donne vraiment toute leur place ? Est-ce que les politiques déploient les efforts nécessaires pour permettre à la population d’y avoir accès ? Je ne crois pas, ce n’est pas évident et même assez inégal», estime pour sa part Mgr Faubert.
Prendre le temps
Sans pour autant avancer l’idée que ce document de l’AECQ fera forcément évoluer les mentalités, il espère qu’il fera office de «petite lumière» pour quiconque le consultera. Selon lui, il est temps d’accompagner «vraiment, vraiment, vraiment» les plus fragiles.
«Avec cet outil de réflexion, l’objectif est aussi d’être à contre-courant de la vision productiviste de la société dans laquelle on vit, où tout va très vite. Mais si on veut que la société évolue, il faut s’assurer que l’on ne perde pas de vue certains éléments. Cela ne doit pas se faire au détriment de l’inclusion, de l’attention portée aux gens malades, du respect», soutient le membre du conseil Église et Société de l’AECQ.
Mgr Faubert tient également à rappeler que ce document n’a pas pour objectif de fournir des directives. «Même s’il présente des pistes, ça laisse à chacun le soin de l’utiliser à sa manière. D’ailleurs, il est fort probable que l’on n’ait pas fini de réfléchir à ces questions là et à la façon dont on peut répondre à l’appel de nos frères et sœurs», conclut-il















































