« Durant les trois années où j’ai couvert la COVID, je n’ai pas beaucoup songé à la religion », a reconnu d’emblée André Picard du Globe and Mail. C’est par cette remarque que le journaliste et chroniqueur a débuté son allocution lors du colloque international Religions et pandémie COVID-19 tenu à l’Université de Montréal le mardi 13 août 2024.
« On écrit déjà peu sur la religion dans les médias séculiers », a-t-il ensuite confirmé à la soixantaine de participants à cette rencontre. Sauf, s’est-il empressé de corriger, lorsque des religions, des chefs religieux ou des personnes croyantes sont au cœur de scandales ou de controverses.
Lors de ce colloque d’une journée, les intervenants ont étudié comment les chefs des Églises et des religions ainsi que leurs membres ont vécu la pandémie. Les conférenciers ont aussi mesuré la qualité des relations qu’ont entretenues les groupes religieux avec les autorités sanitaires et politiques de quatre pays, soit le Canada, l’Irlande, l’Allemagne et la Pologne, durant les années de la COVID-19.
Présent depuis le début du colloque, le chroniqueur André Picard a bien apprécié entendre les autres conférenciers discuter des liens entre les théories conspirationnistes et la spiritualité.
« On a même entendu le terme ‘’conspiritualité’’ », un mot-valise liant spiritualité et conspirationnisme. « J’ai trouvé cela fascinant », admet ce journaliste qui couvre les questions de santé depuis plusieurs années et qui avance que, durant la pandémie, les autorités sanitaires et les responsables politiques n’étaient pas toujours très habiles à vulgariser les informations qu’ils « prêchaient ».
Une messe quotidienne
Luce Julien, directrice générale de l’information de Radio-Canada, reconnaît aussi que les sujets religieux ont rarement été au cœur des nouvelles ou des débats durant la pandémie.
« Mais c’est normal. Nous n’avions qu’un sujet principal à suivre, un mono-sujet », dit-elle.
Et ce sujet, c’était précisément la COVID-19 que les médias ont couvert « religieusement », affirme-t-elle.
Avec, rappelle-t-elle, une « messe quotidienne », à 13 h, avec le premier ministre François Legault et longtemps le directeur général de la santé publique Horacio Arruda. « Deux ou trois millions de Québécois » étaient à l’écoute chaque jour, « religieusement même », lance Luce Julien.
Littératie religieuse
Prenant la parole après ces interventions, Pierre Murray, le secrétaire général de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec, dit avoir constaté que »le traitement journalistique du fait religieux a considérablement varié » durant la pandémie.
Au début, quand le Québec s’est mis sur pause, le monde religieux n’avait pas « bonne presse » et ne réussissait pas à se faire entendre.
Puis arrive une première vague de déconfinement et un amer constat. Les lieux de culte « se retrouvent dans les limbes » aux yeux du gouvernement, dit-il. « Rappelez-vous, il y avait sept ou huit étapes de déconfinement et nous, on n’en faisait tout simplement pas partie. »
Le premier ministre Legault et les autorités sanitaires ne mentionnent pas du tout les lieux de culte parmi les institutions appelées à ouvrir prochainement leurs portes. Les restaurants, les commerces de proximité et les cinémas, tous faisaient partie de la liste des institutions à déconfiner. Mais aucune mention pour les églises, les synagogues et les mosquées.
À ce moment-là, certains médias se sont rangés du côté des leaders religieux car « on était à leurs yeux un peu maltraités ».
En fait, Mgr Murray estime que durant la pandémie, il y a eu un « va-et-vient » entre sympathie et ignorance envers les religions et les Églises.
« Mais, à mon avis, le manque de littératie religieuse prenait le dessus dans la couverture médiatique. »
La directrice de l’information de Radio-Canada a alors admis qu’il n’y a pas « une grande littératie religieuse dans les salles de rédaction ».
Mais Luce Julien ajoute que la crise sanitaire, « du jamais vu dans notre quotidien comme journalistes », a obligé les médias à se concentrer sur l’immédiateté et à fournir de l’information en continu, « d’heure en heure, presque de minute en minute ».
Toutefois, par diverses initiatives, « on a aussi veillé à donner un sens, à comprendre cette réalité et à se donner un peu de recul », mais, concède-t-elle seulement après cette « crise totale » vécue par les citoyens et la société durant les premières semaines de la pandémie.
« Mais l’aspect spirituel a été peu présent, je veux bien l’admettre », dit Luce Julien.
Priorité numéro 59
Quand il a été question du fait religieux durant la pandémie, « notre couverture a été assez juste », précise le chroniqueur André Picard. Elle n’était pas abondante, mais juste. « Oui, nous en avons parlé. Nous avons parlé des rebelles, ceux d’Alberta par exemple, qui défiaient la loi et les gouvernements. »
« Mais au plus fort de la crise, nous n’avons pas trop porté attention à la religion », dit le journaliste du Globe and Mail. « La religion, c’était le numéro 59 dans notre liste de priorités. »
Mentionnons que durant la pandémie, les journalistes de Présence, une agence de presse indépendante qui couvre le fait religieux au Québec et au Canada depuis 2015, ont publié plus de 240 articles sur les relations entre les leaders religieux et les autorités gouvernementales et sanitaires. Plusieurs articles de Présence ont été repris par des médias canadiens, américains et européens.
Voir aussi
















































