« Que savait-on à Emmaüs et dans l’Église catholique? », demande ces derniers jours le quotidien Libération, peu après la publication d’un rapport interne dénonçant « des faits graves commis par l’abbé Pierre ».
Mais le journal français voudrait surtout savoir « depuis quand connaissait-on les actes de violences sexuelles à répétition » que l’on reproche aujourd’hui au célèbre abbé.
Dans un texte publié le 1er août 2024, la journaliste Bernadette Sauvaget avance que l’abbé Pierre a dû quitter précipitamment le Québec en 1963 et que, huit années plus tôt, des Américaines ont aussi déposé des plaintes contre lui.
En 1955, le philosophe Jacques Maritain, ex-ambassadeur de France au Vatican, était professeur à l’université de Princeton et bien au fait de l’actualité religieuse aux États-Unis. La journaliste de Libération a découvert que, dans ses mémoires, Jacques Maritain a noté que « deux femmes de New York se plaignent du comportement de l’abbé Pierre à leur égard ».
« Pour éviter le scandale, l’urgence est d’écourter le séjour et d’exfiltrer l’abbé Pierre », non sans en avoir informé le cardinal Francis Spellman, poursuit l’article intitulé Abbé Pierre accusé d’agressions sexuelles : aux sources d’un scandale remontant aux années 50.
Aussi au Québec
L’enquête menée par Bernadette Sauvaget ajoute que « l’affaire américaine ne semble pas une exception ». « L’abbé Pierre aurait suscité d’autres scandales à l’étranger, notamment au Québec, tel que le rapporte dans ses mémoires (Paysan de la rive droite, Cerf, 2023) le théologien André Paul. »
« En 1964, lors d’un dîner à Rome, un prêtre canadien nous a raconté que l’abbé Pierre avait été exfiltré, l’année précédente, après un accord entre la police et les autorités ecclésiales à cause de sa conduite avec les femmes », vient de confier André Paul à la journaliste, sans toutefois lui donner plus de détails.
Ce séjour au Québec ainsi que ce départ précipité de l’abbé Pierre auraient donc eu lieu en 1963, si le souvenir du théologien français est exact.
Le quotidien Le Devoir du samedi 26 octobre 1963 confirme que « l’abbé Pierre [était] attendu à Montréal » le lundi 28 octobre, après avoir été reçu à Ottawa quelques jours plus tôt par le gouverneur général Georges Vanier.
Mentionnons que l’abbé Pierre a été reçu grand officier de l’Ordre national du Québec en 1995, quatre décennies après son tout premier séjour au Québec, en mai 1955.
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