À la mi-février, les premiers ministres de l’Australie, du Canada et de la Nouvelle-Zélande se disaient « vivement préoccupés par les informations selon lesquelles Israël prévoit mener une offensive terrestre à Rafah ». Un mois après cette déclaration conjointe, les agences Caritas de ces trois pays demandent à leurs gouvernements de réagir de toute urgence parce qu’Israël ne « tient pas compte de leur appel ».
Dans une déclaration émise le 14 février, les premiers ministres Anthony Albanese, Justin Trudeau et Christopher Luxon exhortaient le gouvernement d’Israël à ne pas s’engager dans une opération militaire [à Rafah] qui n’aurait que des « effets dévastateurs sur les civils palestiniens qui n’ont « tout simplement nulle part où aller ».
Les trois premiers ministres plaidaient aussi pour l’instauration d’un « cessez-le-feu humanitaire de toute urgence », la libération des otages et l’acheminement « rapide, sûr et sans entrave » de l’aide humanitaire aux civils.
« Israël doit écouter ses amis et la communauté internationale », déclaraient-ils. « La protection des civils est primordiale et constitue une exigence du droit humanitaire international. On ne peut pas faire payer aux civils palestiniens le prix de la défaite du Hamas. »
Israël n’écoute pas
Un mois plus tard, Caritas Australie, Développement et Paix – Caritas Canada et Caritas Aotearoa Nouvelle-Zélande constatent « avec inquiétude qu’Israël ne tient pas compte de cet appel à écouter la communauté internationale ».
Les trois Caritas, membres de l’agence catholique Caritas Internationalis, déplorent aussi « que le sort de la population civile vulnérabilisée de Gaza s’aggrave rapidement ».
« En tant que membres de la deuxième plus grande association humanitaire au monde, opérant dans plus de 160 pays, et en tant qu’organisations qui fournissent de l’aide à Gaza et en Cisjordanie depuis des décennies, nous, les agences Caritas d’Australie, du Canada et de la Nouvelle-Zélande, partageons le jugement des premiers ministres. »
Mais il faut faire davantage, ajoutent-ils, alors qu’« un demi-million de personnes sont confrontées à des niveaux catastrophiques d’insécurité alimentaire ».
Les trois Caritas demandent aujourd’hui à leurs gouvernements de « déployer tous les moyens diplomatiques, politiques, juridiques et économiques possibles » afin d’éviter « la famine, des destructions supplémentaires et l’extension du conflit dans la région ».
Trois mesures doivent être prises de toute urgence, estiment ces agences. Ce sont « une cessation permanente des hostilités par toutes les parties dans les Territoires palestiniens occupés et en Israël », la libération de tous les otages « et des personnes détenues arbitrairement par le Hamas et les autorités israéliennes » et « l’établissement de couloirs humanitaires garantis pour permettre l’acheminement sûr et efficace de la nourriture, de l’eau, du carburant et des secours, ainsi que la libre circulation des travailleuses et des travailleurs humanitaires ».
Hausser le ton
« On tenait à rappeler à nos gouvernements respectifs les engagements qu’ils avaient pris durant ce conflit », indique Carl Hétu, le directeur général de Développement et Paix. C’est lui qui est à l’origine de cette lettre conjointe aux premiers ministres du Canada, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande.
« Un cessez-le-feu, ce n’est pas assez », explique-t-il lors d’un entretien téléphonique. « On veut que nos premiers ministres exigent une cessation permanente des hostilités par toutes les parties, autant le Hamas qu’Israël ».
La question des couloirs humanitaires est particulièrement préoccupante pour les Caritas, des agences qui acheminent de l’aide lors de catastrophes et de conflits. « La façon dont l’Ouest agit présentement en larguant des parachutes de nourriture, c’est de la foutaise », tranche Carl Hétu qui a séjourné plusieurs fois à Gaza. « Un camion peut régler plus de problèmes, comparativement à des envois qui sont faits selon le hasard » et qui n’atteignent pas toujours les personnes les plus vulnérables.
« Alors, pourquoi nos gouvernements n’exigent-ils pas l’établissement de couloirs humanitaires? », lance-t-il. « Voyons donc, une population entière souffre, on le sait, et nos pays sont incapables d’acheminer de l’aide. Nos gouvernements devraient plutôt hausser le ton et se choquer devant cette folie. »
De l’aide se rend
Le directeur général de Caritas Canada rappelle que la situation des Palestiniens est très difficile, y compris à l’extérieur de Gaza.
« Mais les gens doivent savoir, ajoute-t-il, que dans la grande diversité palestinienne, il y a des chrétiens qui sont là depuis toujours et qui sont au service de leur communauté dans les écoles, les services sociaux, les hôpitaux. Ces chrétiens sont aussi menacés, d’autres ont été tués à Gaza, mais ils n’entendent pas quitter leur terre. Il ne faut pas oublier les chrétiens de Gaza, de Bethléem, de Ramallah, de Jérusalem ou d’ailleurs en Terre Sainte. »
Enfin Carl Hétu assure que les Caritas du monde – dont Développement et Paix – sont en lien avec Caritas Jérusalem et que des dons lui sont acheminés pour l’achat de nourriture à Gaza ainsi qu’une aide aux familles palestiniennes de Cisjordanie et de Jérusalem-Est. Ces familles, autant chrétiennes que musulmanes, ne peuvent plus occuper un emploi en Israël depuis les événements meurtriers du 7 octobre 2023, rappelle-t-il.
















































