Des organismes qui parrainent des réfugiés s’inquiètent de ne pas pouvoir déposer de nouveaux dossiers auprès du ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI) en raison d’une interprétation de la Loi sur l’immigration au Québec qui leur serait défavorable.
Ce changement, dont les organismes ont été informés le 30 mai dernier, interdit aux groupes de percevoir de l’argent des personnes réfugiées, de leurs familles, ou d’une tierce personne.
La Table de concertation des organismes au service de personnes réfugiées et immigrantes (TCRI) a profité du premier jour du dépôt des nouvelles demandes de parrainage collectif, le mardi 7 mai, pour exprimer son incompréhension lors d’une conférence de presse.
« Je vais rester poli, mais j’interprète la chose ainsi: ils veulent possiblement mettre fin au programme de parrainage collectif », avance François Rheault, président du Comité d’accueil aux réfugiés Saint-Yves, qui relève de la paroisse de Notre-Dame-de-Foy à Québec.
La loi précise qu’on ne doit pas faire de profit sur les parrainages. Les organismes qui œuvrent au parrainage de personnes réfugiées affirment que tout ce qu’ils reçoivent revient aux familles, mais une nouvelle interprétation de la loi ainsi que du Programme des personnes réfugiées à l’étranger (parrainage collectif) remet cela en cause.
Le problème, reconnaît François Rheault, c’est qu’il y a eu des cas de fraudes chez certains groupes par le passé. À cause de cela, le gouvernement préfère, selon lui, mettre tous les organismes dans le même bateau tandis que « [les fonctionnaires] se protègent et ne prennent pas de chance ».
La vice-présidente du Conseil canadien pour les réfugiés, Jenny Jeanes, s’étonne de la décision de Québec.
« Ailleurs au Canada, les groupes s’appuient régulièrement sur les contributions financières d’individus, le plus souvent des membres de la famille de la personne parrainée », explique-t-elle, rappelant que le processus y est encadré par le fédéral pour éviter les fraudes.
Selon Hugo Ducharme du Service jésuite des réfugiés (SJR), les dépenses nécessaires pour les activités de parrainage peuvent représenter facilement 500 000 $ pour un organisme à Montréal et près de 750 000 $ en région. Un montant qu’il juge impossible à amasser sans avoir recours aux moyens de financement habituels.
En plus de compliquer le financement, le gouvernement québécois a annoncé qu’il rejettera les demandes faites entre 2022 et 2023, ce qui représente plus de 200 dossiers. Pour la coordinatrice du programme de parrainage de l’archidiocèse de Montréal, Alessandra Santopadre, cette décision est franchement inacceptable.
« Ce sont des centaines de vies brisées, des personnes vulnérables qui n’ont pas choisi de quitter leur pays et qui vivent dans la détresse que nous abandonnons collectivement à cause de cette décision du ministère », a-t-elle commenté par communiqué.
Les membres de la TCRI se disent prêts à se soumettre à des vérifications supplémentaires quant aux contributions monétaires qu’ils reçoivent.
La conférence de presse des organismes d’aide s’est déroulée à la Maison Bellarmin, le siège des Jésuites au Canada. Cette congrégation est engagée dans le parrainage des réfugiés depuis plus de 40 ans.
D’ailleurs, le Programme de parrainage québécois est directement associé au député Jacques Couture, ministre du Travail et de l’Immigration dans le gouvernement de René Lévesque. Jacques Couture (1929-1995) était un jésuite.
Si des discussions ne sont pas entamées avec le gouvernement, Hugo Ducharme craint que cet héritage ne disparaisse complètement.
















































