Le 19 février 2024 s’est close la onzième édition du Forum mondial sur la théologie et la libération (FMTL). L’événement tenu à Katmandou au Népal, à la suite du Forum social mondial, a rassemblé des théologiens et des intervenants en milieux d’exploitation pour discuter sous le thème Religion et politique : lectures critiques à partir des perspectives de la libération et du soin (care).
Les 40 membres du FMTL réunis durant une semaine ont publié un rapport sur leurs discussions, comportant trois déclarations sur la situation à Gaza, sur les peuples autochtones et sur le lien entre religion et politique.
Au sujet de la Palestine, les théologiens se sont opposés à la lecture sioniste de la Bible. Ils affirment qu’elle est « utilisée comme un outil de la pensée pour justifier la colonisation israélienne de la terre palestinienne, qui dure depuis des décennies, et qui produit le génocide actuel et inhumain ». Ils souhaitent que Gaza soit « une clé d’interprétation théologique » notamment sur les notions de peuple élu et la définition de qui est le prochain.
Jean-François Roussel, coordinateur exécutif du FMTL et professeur agrégé à l’Institut d’études religieuses de l’Université de Montréal, explique qu’en discutant de la situation en Israël, les similarités des Palestiniens avec les peuples autochtones ont été mises de l’avant. Cela a poussé la discussion vers les enjeux des Premières Nations.
Les participants du Forum, bien au fait des situations en Amérique du Nord et du Sud, ont pu rencontrer des femmes autochtones du Népal, de l’Inde et de la Thaïlande qui leur ont parlé de leurs propres expériences. Elles ont abordé les liens qu’elles entretiennent avec les traditions, leurs territoires et le fait de vivre en marge.
Diversité de religion et de culture
La déclaration du forum (publiée en quatre langues) se positionne entre autres contre les impositions coloniales des Églises chrétiennes qui ont détruit l’autonomie spirituelle des peuples autochtones », affirmant le droit de ces peuples d’exprimer leur foi et leurs pratiques religieuses en revendiquant une identité « à la fois autochtone et chrétienne ». Le groupe a aussi tenu à dénoncer le nationalisme religieux à travers le monde et à affirmer le droit à la diversité de religion et de culture.
Nous dénonçons le lien délétère entre la politique et la religion qui s’exprime entre autres dans la construction du nationalisme religieux, dans différentes parties du monde. Dans une perspective de la libération et du care, nous affirmons les droits des minorités, honorant la diversité des religions et des cultures, ainsi que les différentes expressions de la démocratie qui devraient marquer le tissu social.
Il s’agissait de la première rencontre du FMTL sur le continent asiatique, amenant de nouvelles perspectives théologiques, selon M. Roussel. « L’Asie a un nombre de chrétiens qui augmente très vite, on avait des gens de Corée, des Philippines et d’ailleurs », explique-t-il, notant qu’ils ont leurs propres approches en théologie, différentes des écoles occidentales en ce qui a trait notamment aux liens entre gouvernement et religion.
Le théologien décrit le Népal comme un pays appauvri où les infrastructures, les services sociaux, éducatifs et de santé ont besoin de se développer. Les Églises, particulièrement catholiques, y jouent selon lui un rôle important dans la dispensation de ces services.
En plus de sa déclaration, le FMTL a adopté une résolution afin d’entreprendre des actions concrètes pour donner un plus grand pouvoir d’expression aux acteurs du sud global. Une revue à cet effet sera imprimée aux Presses de l’Université de Montréal et traduite en quatre langues. D’autres initiatives sont aussi en préparation, en particulier avec des groupes palestiniens.
















































