Déclaration des Nations Unies

Droits des peuples autochtones: les Églises canadiennes s'engagent

Madeleine Basile, qui est passée par un pensionnat autochtone, lors du dévoilement du rapport final de la Commission vérité et réconciliation, le 15 décembre 2015 à Ottawa.
Madeleine Basile, qui est passée par un pensionnat autochtone, lors du dévoilement du rapport final de la Commission vérité et réconciliation, le 15 décembre 2015 à Ottawa.   (CNS photo/Chris Wattie, Reuters)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2016-03-30 13:51 || Canada Canada

Les différentes Églises du Canada se sont engagées aujourd'hui à respecter et à «mettre en œuvre les principes, normes et standards de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones».

Adoptée par les Nations Unies en 2007, cette déclaration internationale avait été rejetée par quatre pays, dont les États-Unis et le Canada. Trois ans après son adoption, le gouvernement conservateur de Stephen Harper a finalement signé cette convention qui reconnaît que les États doivent travailler avec les peuples autochtones et reconnaître leurs territoires et leurs cultures.

«Les droits affirmés dans la Déclaration des Nations Unies constituent les normes minimales pour la survie, la dignité, la sécurité et le bien-être des peuples autochtones partout dans le monde», écrivent les signataires de la déclaration œcuménique rendue publique à Ottawa.

Ce texte est aussi fondamental afin d'assurer le succès de toute démarche de réconciliation avec les peuples autochtones du Canada, estiment l'Armée du Salut, l'Église anglicane du Canada, l'Église chrétienne réformée en Amérique du Nord, l'Église évangélique luthérienne au Canada, l'Église presbytérienne au Canada, l'Église Unie du Canada et la Société religieuse des Amis (une Église dont les membres sont connus sous le nom de Quakers).

Pensionnats autochtones

L'an dernier, le volumineux rapport de la Commission de vérité et réconciliation du Canada avait dressé un sombre portrait des pensionnats autochtones où, durant 130 ans, quelque 150 000 enfants indiens, inuits ou métis ont été envoyés contre leur gré. Les principales Églises canadiennes ont participé à l’administration de ces pensionnats.

Dans ces institutions gérées par des Églises et des communautés religieuses, «des enfants ont subi des sévices, physiques et sexuels, et y sont décédés dans des proportions qui n’auraient jamais été tolérées dans aucun autre système scolaire du pays ou de la planète», ont rappelé les dirigeants de la Commission de vérité et réconciliation du Canada lors du dépôt de leur rapport final.

Les commissaires ont aussi soumis, en 2015, 94 «appels à l'action», des recommandations qui visaient principalement le gouvernement du Canada. Huit appels à l'action concernaient toutefois les Églises canadiennes ainsi que les groupes religieux qui ont signé la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens, la plus importante action de recours collectif de l'histoire du Canada.

Le 48e appel à l'action de la Commission de vérité et réconciliation demandait «à l’Église, aux parties à la Convention de règlement et à tous les autres groupes confessionnels et interconfessionnels au Canada qui ne l’ont pas déjà fait d’adopter officiellement et de respecter les normes et les principes de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones en tant que cadre de réconciliation».

Les commissaires demandaient aussi que soit publiée «au plus tard le 31 mars 2016, une déclaration de la part des intervenants de toutes les confessions religieuses et de tous les groupes confessionnels quant à la manière dont ils ont l’intention de mettre en œuvre la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones».

Dans la déclaration œcuménique rendue publique aujourd'hui, les Églises et les congrégations religieuses demandent aux chrétiens du Canada «de réparer le triste héritage des pensionnats indiens et de faire progresser la démarche de réconciliation canadienne».

«Comme Églises et organisations religieuses, nous avons reconnu nos manquements au respect des droits et de la dignité des peuples autochtones. Nous reconnaissons le tort que nous avons causé et nous nous engageons à cheminer ensemble vers la guérison et la réconciliation», affirme la déclaration.

«L’appel à l’action no 48 nécessite une profonde réforme de notre relation et un changement significatif dans notre identité en tant que pays. Il requiert de nous que nous respections véritablement le droit à l’autodétermination des peuples autochtones et que nous reconnaissions et respections les relations de nation à nation fondées sur la mutualité et le respect», dit encore le document.

Du côté des catholiques

La Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) n'a pas signé la déclaration œcuménique rendue publique aujourd'hui. Elle a plutôt publié hier une «réponse catholique» au 48e appel à l'action de la Commission de vérité et de réconciliation. Cette réponse est appuyée par la Conférence religieuse canadienne, le Conseil autochtone catholique du Canada et l'organisme Développement et Paix, directement lié à la CECC.

Ces quatre groupes «appuient la Déclaration et ils estiment que son esprit peut être le point de départ d’une réconciliation entre autochtones et non autochtones au Canada». Ils disent aussi que «les grands thèmes de la Déclaration des Nations Unies présentent une forte convergence avec diverses déclarations qu’a déjà faites l’Église catholique par la voix de la Conférence des évêques catholiques du Canada ou du Saint-Siège».

Bien qu'elle s'adresse d'abord aux États, la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones traite, à quelques endroits, de questions religieuses. Un article stipule que «les peuples autochtones ont le droit de manifester, de pratiquer, de promouvoir et d’enseigner leurs traditions, coutumes et rites religieux et spirituels».

Une telle demande n'est pas inacceptable pour les catholiques. «Il y a déjà longtemps, même si la chose est trop peu connue, que l'Église catholique interdit toute coercition religieuse», indique la réponse de la communauté catholique. On ajoute que «dans le cas de ceux qui cultivent la spiritualité autochtone à l’extérieur du christianisme, l’Église catholique les approche comme elle le ferait pour les fidèles de toute autre religion: sous le signe de l’humilité et du respect et en les invitant à un dialogue sincère».

Autres appels à l'action

Le 48e appel à l'action de la Commission de vérité et de réconciliation demandait aux Églises de répondre publiquement avant le 31 mars 2016. Sur les sept autres recommandations adressées aux Églises, six n'ont pas de date butoir.

Mais le 58e appel à l'action en comporte une. La Commission de vérité et de réconciliation sur les pensionnats autochtones a demandé, qu'un an après la publication de son rapport final, le pape François présente «au nom de l’Église catholique romaine, des excuses aux survivants, à leurs familles ainsi qu’aux collectivités concernées pour les mauvais traitements sur les plans spirituel, culturel, émotionnel, physique et sexuel que les enfants des Premières Nations, des Inuits et des Métis ont subis dans les pensionnats dirigés par l’Église catholique».

Un autre appel à l'action, que le premier ministre Justin Trudeau a déjà accepté de mettre en oeuvre, demande aux Églises, aux communautés autochtones et au gouvernement fédéral de travailler ensemble afin «d'élaborer et de mettre en œuvre des stratégies et des procédures qui permettront de repérer, de documenter, d’entretenir, de commémorer et de protéger les cimetières des pensionnats ou d’autres sites où des enfants qui fréquentaient les pensionnats ont été inhumés».

 

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