En 2023, près de 875 000 personnes – c’est 10 % de la population du Québec – ont été contraintes d’avoir recours aux banques alimentaires de leur quartier ou de leur région afin de se procurer des aliments qu’elles étaient incapables de s’acheter. Ces données statistiques montrent, déplorent les évêques catholiques québécois, que la société traverse aujourd’hui « une véritable crise alimentaire qui s’ajoute à la crise du logement et à l’inflation ».
Cette année, dans son traditionnel Message du 1er mai, l’Assemblée des évêques catholiques du Québec (AECQ) constate aussi « avec indignation » qu’occuper un emploi « ne suffit pas pour s’alimenter et alimenter sa famille convenablement ».
Utilisant la méthode des mouvements d’Action catholique (Voir – Juger – Agir), l’AECQ invite donc les membres des communautés chrétiennes à « prêter attention à la crise alimentaire en cours, à analyser la situation à la lumière de l’Évangile et à envisager différentes pistes d’action pour que toutes et tous puissent manger à leur faim ».
« Pensons aux parents, et en particulier aux mères, qui peinent à pourvoir aux besoins nutritionnels de leurs enfants en raison d’un revenu trop bas et du coût exorbitant d’un loyer qui constitue une dépense incompressible », enjoint le Message du 1er mai intitulé Défendons le droit à une alimentation saine à un prix abordable.
L’insécurité alimentaire qu’éprouvent bien des familles « crée une chaîne de conséquences négatives, dont l’augmentation des risques de décrochage scolaire et de problèmes de santé, ainsi que l’anxiété, le stress et même la honte des personnes en charge de nourrir leur famille », écrivent les évêques qui réclament « une redistribution juste des ressources ».
Le message de l’AECQ, publié à l’occasion de la Fête des travailleuses et des travailleurs, propose aux catholiques de poser des gestes individuels, d’appuyer des initiatives collectives et de participer à des démarches auprès de décideurs politiques ou économiques.
Les catholiques sont invités à verser des dons et à s’engager auprès d’organismes d’aide alimentaire de leur localité. De plus, les personnes seules, les couples et les familles doivent veiller à « réduire le gaspillage alimentaire en évitant de trop acheter » ou à partager leurs surplus.
Les évêques demandent aussi que les organismes communautaires « qui font de l’éducation populaire et qui donnent des moyens techniques et sociaux concrets pour favoriser l’exercice du droit à l’alimentation au quotidien » soient davantage soutenus.
Enfin, le document épiscopal souhaite que les communautés chrétiennes s’engagent dans les diverses « campagnes de sensibilisation et de revendication » que mènent les intervenants qui se préoccupent d’insécurité alimentaire.
On mentionne notamment cette demande de « freiner l’inflation alimentaire en taxant les surprofits des compagnies alimentaires et en redistribuant les sommes recueillies à la population ». Lancée par la Table de concertation sur la faim et le développement social du Montréal métropolitain, cette pétition est appuyée par l’AECQ.
Les évêques encouragent enfin les communautés chrétiennes à s’intéresser à une initiative que proposera bientôt le Regroupement des cuisines collectives du Québec. L’organisme œuvre présentement à la rédaction d’un projet de loi qui recommandera que « la résolution des enjeux sur l’alimentation ne soit plus une responsabilité individuelle ou une affaire charitable, mais une responsabilité collective portée par l’État québécois ».
50 ans
C’est en 1974, il y a 50 ans, que les évêques catholiques ont fait paraître leur premier Message du 1er mai, un texte publié annuellement et toujours consacré aux questions sociales.
Cette année-là, ils s’inquiétaient de « l’augmentation alarmante du coût de la vie », y voyant l’indice « d’une situation économique et sociale détériorée ».
Le message de 1974 avait été rédigé par les évêques Bernard Hubert (1929-1996), Georges-Léon Pelletier (1904-1987), André Ouellette (1913-2001), Paul-Émile Charbonneau (1922-2014), Laurent Noël (1920-2022) et Jean-Guy Hamelin (1925-2018), tous membres du comité des Affaires sociales de l’Assemblée des évêques du Québec.
Le message de cette année est publié par le conseil Église et Société de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec, en partenariat avec la Table de pastorale sociale des diocèses du Québec et le Réseau des répondantes diocésaines à la condition des femmes.
















































