Promulguée par le dicastère pour la Doctrine de la foi et approuvée par le pape François, la déclaration Fiducia supplicans permet dorénavant à l’Église catholique de bénir les couples formés par des personnes de même sexe, a expliqué le lundi 18 décembre 2023 l’agence de presse officielle du Vatican en présentant ce long document « sur la signification pastorale des bénédictions ».
Toutefois, prévient Vatican News, « la doctrine sur le mariage ne change pas et la bénédiction ne signifie pas l’approbation » d’unions entre divorcés ou personnes homosexuelles.
« Il est possible de bénir les couples en situation irrégulière et les couples de même sexe, sous une forme qui ne doit pas être fixée rituellement par les autorités ecclésiales, afin de ne pas créer de confusion avec la bénédiction propre au sacrement du mariage », explique la déclaration Fiducia supplicans (La confiance suppliante). Ce document compte 13 pages et a été publié simultanément en cinq langues.
Le mariage, selon les autorités catholiques, se définit toujours comme « une union exclusive, stable et indissoluble entre un homme et une femme, naturellement ouverte à la génération d’enfants ».
Les unions homosexuelles ne sont donc pas reconnues par l’Église catholique, répète plusieurs fois la déclaration. De plus, les bénédictions de ces unions irrégulières ou entre personnes de même sexe ne doivent pas proposer un « type de rite liturgique ou de bénédiction » similaire à celui du mariage afin d’éviter toute situation qui « pourrait prêter à confusion ».
Réactions
Interrogée par Présence le jour même de la publication de Fiducia supplicans, la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) ne savait pas encore si elle émettrait ou non des commentaires à son sujet.
En fin de journée, le mardi 19 décembre, le président de la conférence épiscopale a choisi de résumer, en huit lignes, la déclaration vaticane. L’évêque de Calgary, William McGrattan, n’a pas indiqué toutefois comment cette bénédiction serait mise en pratique dans les différents diocèses canadiens.
« Tout en affirmant explicitement la conception traditionnelle du mariage de l’Église, Fiducia supplicans permet aux pasteurs de bénir des personnes qui en font librement la demande, cherchant l’aide divine pour vivre dans la fidélité à la volonté de Dieu. La déclaration précise que ces bénédictions doivent s’adresser aux personnes elles-mêmes plutôt qu’à leur situation, qu’elles doivent être demandées spontanément et qu’elles ne sont pas des actions rituelles ou liturgiques », a expliqué Mgr McGrattan, le président de la CECC.
La conférence épiscopale américaine a aussi adopté un ton neutre en réagissant – très brièvement elle aussi – à cette déclaration qui « énonce une distinction entre les bénédictions liturgiques (sacramentelles) et les bénédictions pastorales, qui peuvent être accordées aux personnes qui désirent la grâce aimante de Dieu dans leur vie ». Elle aussi prévient les catholiques que « l’enseignement de l’Église sur le mariage n’a pas changé ».
La réaction d’un jésuite américain qui s’est fait connaître dans le monde entier pour son appui à l’inclusion des personnes LGBTQ+ dans l’Église catholique a été plus enthousiaste. Pour le jésuite James Martin, qui a participé au récent synode sur la synodalité, Fiducia supplicans « constitue une avancée majeure dans le ministère de l’Église auprès des personnes LGBTQ+ ». Cette déclaration « reconnaît le profond désir de nombreux couples catholiques de même sexe de voir Dieu dans leurs relations amoureuses. »
Aujourd’hui, dans son compte X (anciennement Twitter), le père Martin est photographié en train de bénir deux hommes. « Chers amis, écrit-il, j’ai eu l’honneur de bénir mes amis Jason et Damian ce matin dans notre résidence jésuite, conformément aux nouvelles directives établies par le Vatican pour les couples de même sexe. Mais avant tout, j’ai été béni par leur amitié et leur soutien. »
Péché mortel
Au Canada, des groupes conservateurs ont réagi négativement à la déclaration de lundi.
« Fiducia supplicans ne fait donc aucune distinction entre des relations naturelles et celles que la morale traditionnelle a toujours désignées comme étant contre nature, c’est-à-dire directement contraires à la nature de l’homme et à son bien, et à la finalité de l’activité sexuelle », a déploré Campagne Québec-Vie. Le site Web de ce lobby pro-vie reprenait un texte publié plus tôt par l’autrice Jeanne Smits du blogue français Réinformation TV. « Les ambiguïtés de Fiducia supplicans sont gravissimes et aboutiront nolens volens à favoriser le péché mortel », estime-t-elle.
L’organisme canadien Campaign Life Coalition (CLC) croit que le document du Vatican est « gravement problématique » et « conduira certainement au rejet de la vérité biblique par de nombreux chrétiens » et même « à une perte de la foi ».
« Nous implorons les évêques catholiques du Canada de se joindre aux évêques du monde entier qui, en réponse à ce document et pour éviter de créer de la confusion parmi les fidèles, ont interdit les bénédictions pour les couples de même sexe », a déclaré Jack Fonseca, le directeur des opérations politiques de CLC.
Un cadeau de Noël
« Le pape François a offert aux catholiques LGBTQ+ un cadeau de Noël en avance cette année en approuvant les bénédictions pour les couples de même sexe », a réagi de son côté Francis DeBernardo, le directeur général de New Ways Ministry, un organisme américain qui cherche depuis 1977 à « bâtir des ponts entre l’Église catholique et la communauté LGBTQ+ ». Le message qu’il entend dans cette déclaration est que « Dieu ne repousse jamais quiconque s’approche de lui ». Jusqu’à présent, le message que les personnes homosexuelles recevaient de l’Église était plutôt que « Dieu ne bénit pas le péché ».
Auteur des livres Église et homosexualité: un accueil si difficile! (Médiaspaul, 2020) et Qui suis-je pour juger mon frère homosexuel? (Saint-Augustin, 2016, tirage épuisé) le prêtre suisse Joël Pralong, un accompagnateur spirituel, explique qu’il termine ces jours-ci la rédaction d’un nouveau livre sur la relation entre l’Église et les personnes homosexuelles. La déclaration du dicastère pour la Doctrine de la foi l’a obligé à remanier son manuscrit.
Dans ce livre qui devrait paraître en avril 2024, cet ex-directeur d’un séminaire diocésain écrit que Fiducia supplicans est, « enfin », une « reconnaissance de l’amour » à l’intérieur des couples formés de personnes de même sexe. « Jusque-là, la doctrine parlait d’attraits sexuels et affectifs mais jamais d’amour. Même si les actes homosexuels restent un péché selon la doctrine, sur le terrain on reconnaît l’amour interpersonnel, facteur de croissance humaine et spirituelle. »
« Et c’est cela qui compte et que Dieu regarde », ajoute-t-il.
« En clair, le document du dicastère fait la distinction entre une bénédiction liturgique (celle qui, avec un rituel précis, accompagne la réception d’un sacrement) et les gestes ordinaires et spontanés de bénédictions pastorales. Ce sont ces derniers qui sont ici proposés, non pas pour légitimer une situation dite irrégulière mais pour offrir à tous un soutien spirituel. »
Pour l’auteur, les situations irrégulières « sont aussi des chemins de vie qui manifestent l’action de Dieu ».
« En fait quand quelqu’un demande une bénédiction à l’Église, c’est parce qu’il a besoin d’une aide de Dieu dans sa vie. Et qui pourrait la lui refuser? », demande ce prêtre qui s’occupe dorénavant d’accueil spirituel en Suisse et qui prêche des retraites et des sessions de ressourcement.
Quel titre va-t-il proposer à son éditeur pour son nouveau livre? « Un titre provocateur », répond-il. « Je suis homo, trans, et Dieu m’aime sans condition. »
















































