«Nous devons attendre et voir»

Trop tôt pour juger Trump, dit le pape

Le pape François à la basilique Saint-Jean-de-Latran le 21 janvier 2017.
Le pape François à la basilique Saint-Jean-de-Latran le 21 janvier 2017.   (CNS photo/Paul Haring)
2017-01-23 17:15 || Vatican Vatican

Le pape estime qu’il serait «inconsidéré» de juger le nouveau président américain Donald Trump alors qu’il vient seulement d’être assermenté.

«Nous devons attendre et voir», a déclaré le pape à deux journalistes du journal espagnol El Pais le 20 janvier. L’entrevue a été publiée en espagnol et en anglais le lendemain.

Lorsque les journalistes ont demandé au pape s’il n’était pas tout de même inquiet de certaines déclarations de Donald Trump avant son élection, le pape a répondu «j’attends». «Dieu a longtemps attendu pour moi, avec tous mes péchés», a-t-il précisé.

«Avoir peur ou se réjouir d’avance parce qu’il quelque chose pourrait arriver est, à mon sens, plutôt inconsidéré», a poursuivi le pape François. «Nous allons voir. Nous allons voir ce qu’il fait et alors nous jugerons – toujours sur le concret. Soit le christianisme est concret, soit ce n’est pas du christianisme.»

El Pais a également interrogé le pape sur les populistes aux États-Unis ou en Europe qui utilisent la peur face à un avenir incertain «afin de former un message plein de xénophobie et de haine envers l’étranger».

«Les crises provoquent de leur peur », a rétorqué le pape. «À mon avis, le pire exemple de populisme européen est l’Allemagne de 1933. Après (Paul von) Hindenburg, après la crise de 1930, l’Allemagne est cassée, elle doit se relever, trouver son identité, un dirigeant, quelqu’un capable de restaurer sa réputation, et il y a un jeune homme nommé Adolf Hitler qui dit: ‘je peux, je peux’.»

«Hitler n’a pas volé le pouvoir, son peuple a voté pour lui, et alors il a détruit son peuple», a dit le pape.

Pendant les crises, a-t-il continué, de larges pans de la population cherche un sauveur pour retrouver son identité et se défendre avec «des murs, des barbelés», des autres peuples qui pourraient «voler notre identité», a rappelé François, qui reconnait le droit et le devoir des pays de contrôler leurs frontières, mais pas de priver ses citoyens de la «possibilité de parler à leurs voisins».

El Pais a également évoqué la question des relations diplomatiques entre le Vatican et la Chine. Le pape a rappelé qu’un comité bilatéral se rencontre régulièrement et que le dialogue continue.

«Êtes-vous prêt à aller en Chine?», ont demandé les journalistes.

«Quand ils m’inviteront», a répondu le pape. «En Chine, les églises sont pleines. On peut pratiquer sa religion», a-t-il ajouté, sans mentionner que le gouvernement exerce un contrôle sur la pratique religieuse.

Le journal espagnol a aussi demandé au pape s’il entendait renoncer à son ministère, comme son prédécesseur Benoît XVI.

«Ça, je ne sais pas. C’est à Dieu de décider», a répondu l’homme de 80 ans. «Quand je sentirai que je ne peux plus continuer, mon grand professeur Benoît m’a appris quoi faire. Et, si Dieu me prend avant cela, je le verrai de l’autre côté – en espérant que ce ne soit pas de l’enfer.»

Cindy Wooden, Catholic News Service

 

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