Le documentaire de Bruno Carrière, 1948, l’affaire silicose: l’histoire d’une injustice, sera présenté ce 21 février dans la salle multifonctionnelle du pavillon d’accueil de l’Assemblée nationale.
Le documentaire de 33 minutes rappelle qu’en mars 1948, Burton LeDoux, un journaliste franco-américain, signe dans la revue jésuite Relations une longue enquête-terrain sur une étrange maladie industrielle, la silicose, qui afflige, rend malade et tue les mineurs de Saint-Rémi d’Amherst, une petite localité des Laurentides.
Jean-Guy Galipeau, le maire de Saint-Rémi d’Amherst, tout comme le réalisateur Carrière, ont personnellement invité chacun des députés et des ministres québécois à assister à la projection de ce film durant leur heure de dîner, ce mercredi, entre deux séances parlementaires.
« À cette époque, plus de cinquante mineurs ont trouvé la mort après avoir été exposés sans protection à la poussière toxique de la mine de silice », a rappelé Bruno Carrière dans la lettre qu’il a remise aux parlementaires.
Je me souviens
De son côté, le maire de la Municipalité d’Amherst est convaincu que ce film ne pourra que bouleverser les élus québécois. Il s’agit « d’une page d’histoire importante et d’un drame ignoré et relégué injustement aux oubliettes ».
« Notre devise nationale est Je me souviens. Malheureusement, elle ne s’applique pas devant les injustices qu’ont vécues les laissés-pour-compte de la tragédie minière de Saint-Rémi d’Amherst », a écrit Jean-Guy Galipeau à tous les députés et ministres.
Le maire d’Amherst sera présent mercredi lors de la projection du documentaire, aux côtés de plusieurs figurants et artisans du film.
En entrevue téléphonique, le maire Galipeau explique qu’il va rappeler aux parlementaires que, durant le règne du premier ministre Duplessis, le gouvernement « a carrément laissé tomber les mineurs de Saint-Rémi ».
Ensuite, « leur histoire a sombré dans l’oubli », ce qui faisait bien l’affaire des gouvernements successifs qui entendaient « développer l’Ungava avec les mines de fer ». Ils ne voulaient surtout pas « effrayer les investisseurs étrangers ».
Bruno Carrière souhaite aussi que les parlementaires présents à la projection de 1948, l’affaire silicose reconnaissent que ces événements d’hier, que la plupart vont découvrir pour la première fois, « se passent encore aujourd’hui, mais différemment ».
Il cite immédiatement le cas de la Fonderie Horne de Rouyn-Noranda. Le cinéaste n’en revient pas d’apprendre que dans cette ville, « en hiver, des parents interdisent à leurs jeunes enfants de manger de la neige parce qu’elle est contaminée ». « C’est scandaleux », lance le cinéaste.
« La situation a changé, mais finalement, pas tant que cela », corrige aussitôt Bruno Carrière.
Projet de commémoration
Le maire Jean-Guy Galipeau veut profiter de la projection de mercredi pour « repartir la sollicitation » que le conseil municipal de Saint-Rémi d’Amherst mène auprès des élus et des fonctionnaires québécois afin d’obtenir un engagement financier pour un projet de commémoration.
Ce projet en trois étapes comprend le film documentaire de Bruno Carrière, un centre d’interprétation du territoire d’Amherst, en collaboration avec la communauté anichinabée de Kitigan Zibi, ainsi qu’un monument commémoratif au cœur de la municipalité.
Une sculpture monumentale rendra hommage aux victimes de la tragédie. Le maire Galipeau estime que cette œuvre du sculpteur Adrien Bobin coûtera 400 000 $. La municipalité versera le quart de cette somme en plus de fournir le terrain où elle sera érigée, en face de l’église convertie depuis en salle municipale. C’est pourquoi « on demande au gouvernement une contribution, une forme de réparation de manière posthume », dit-il, rappelant que « les événements dénoncés en 1948 ont aidé le mouvement syndical et la société québécoise à obtenir de meilleures conditions de travail pour les travailleurs des mines ».
C’est en mars 1948 que la revue Relations a consacré 24 de ses 36 pages à « ce petit village des Laurentides [qui], depuis une dizaine d ’années, a été le théâtre d’un drame qui dépasse largement ses limites ».
« Nous ne pouvons oublier que, parmi les responsables du scandale de Saint-Rémi, se trouvent des financiers qui se sont taillé dans les solitudes nord-québécoises un riche domaine où ils régneront en maîtres… À moins que l’opinion publique n’induise les autorités à mater leurs appétits, à leur inspirer envers leurs ouvriers quelque sentiment d’humanité », avait alors écrit, en éditorial, le directeur de Relations, le jésuite Jean d’Auteuil Richard (1906-2002).
La page 4 de ce numéro de Relations (disponible auprès de Bibliothèque et Archives nationales du Québec) affichait le nom et l’âge de 46 mineurs, « des Canadiens français de Saint-Rémi d’Amherst, morts de silicose et sacrifiés à la stupidité humaine ».
















































