Un Noël sans échange de cadeaux ni sapin ? Les traditions changent, et celles entourant le temps des Fêtes n’y font pas exception. Voici un bref portrait des premières célébrations de Noël et du jour de l’an chez les colons de Nouvelle-France au XVIIe siècle.
Le portrait est à nuancer d’ailleurs : les réjouissances variaient selon qui fêtait. Par exemple, on ne célébrait pas de la même manière chez le petit habitant et le gratin de la société. Des enfants glissaient dans les côtes de la ville de Québec la veille de Noël, mais certainement pas le gouverneur ! Quant aux peuples autochtones, ils avaient évidemment leurs propres célébrations au courant de l’année, y compris pendant l’hiver. Après le début des missions, les convertis catholiques ont commencé à célébrer Noël, avec des adaptations propres à leurs cultures. Pensons au chant en langue wendat Jesous Ahatonia (Jésus est né) attribué au jésuite Jean de Brébeuf, qui aurait été écrit sur un air connu venu d’Europe.
Des Noëls difficiles
Les premiers Noëls des Européens en Amérique du Nord-est n’ont pas été tout à fait joyeux. Comme le raconte « La Noël au temps des carrioles », d’où ont été tirées plusieurs informations de cet article, le premier Noël dans la région de ce qui est aujourd’hui Québec a été célébré alors que l’équipage de Jacques Cartier passe l’hiver sur le territoire en 1535. Cependant, le scorbut fait alors rage au sein de l’équipage et plusieurs marins meurent pendant la saison froide avant que les autres ne soient sauvés par les habitants de Stadaconé. Les célébrations ont donc dû être assez limitées.
Cent ans après, un autre Noël marquant : le jour de la mort de Samuel de Champlain, fondateur de l’habitation de Québec. Paralysé depuis quelques semaines par un AVC, Champlain rend l’âme le 25 décembre 1635.
Quelques années plus tard, en 1642, dans la toute nouvelle Ville-Marie, Noël s’annonce là encore plutôt lugubre, puisque des inondations menacent les quelques habitations. Le cofondateur de la ville, Paul Chomedey de Maisonneuve, décide de planter une croix sur le site en faisant serment d’en planter une plus grande sur le mont Royal si la ville est épargnée. L’année suivante, fidèle à sa parole, une croix est plantée sur le mont Royal : Ville-Marie avait été sauvée.
La religion au cœur de Noël
D’autres années ont connu de grandes réjouissances. Ainsi, à Québec dans les années 1640, les célébrations de Noël commencent à partir de 23 heures le 24 décembre. La messe est au cœur des rassemblements, avec des cantiques comme Chantons Noé accompagnés d’instruments de musique — pas toujours accordés selon les sources — comme le violon.
À Noël 1646, nous dit le Journal des jésuites, qui contient plusieurs informations au jour le jour sur la vie des jésuites de Québec, « on tira un coup de canon à minuit et aussi tôt on commença le Te Deum et puis la messe. » Plusieurs messes sont dites pendant la nuit et la matinée, dont une aux aurores à l’Hôpital de Québec. Commentaire météo de 1646 : « Le temps fut si doux qu’on n’eut pas besoin de réchaud sur l’Autel pendant toutes les messes ». Dans l’église se trouve probablement une crèche avec un Jésus de cire, une tradition importée en Amérique du Nord par les religieuses, augustines et ursulines, qui se mettent à confectionner dans la colonie des figures de cire pour les crèches dans leur communauté, mais aussi pour les paroisses ou les missions auprès des Autochtones.
Après la messe, les gens rentrent chez eux pour prendre un repas frugal ou une boisson, sans grand réveillon toutefois. On ne trouve pas non plus de traces d’échanges de cadeaux. En effet, Noël, contrairement à aujourd’hui, est à l’époque une fête vraiment religieuse, quoique ce jour servait aussi souvent de date d’échéance pour les contrats (comme les prêts ou loyers).
Après Noël, les fêtes et les échanges
Noël était une fête religieuse, mais le temps des réjouissances durait plusieurs jours, jusqu’à l’Épiphanie. C’est dans ces fêtes que se faisaient les échanges de cadeaux, le jour de l’an.
Toujours dans le Journal des jésuites, on lit que le 31 décembre 1646, une pièce de théâtre est présentée à Québec. Par considération pour le gouverneur, mais à regret, quelques jésuites y assistent. C’est enfin le temps des échanges d’étrennes le premier jour de 1647. Les ursulines envoient aux jésuites « une lettre, un barillet de pruneaux, un chapelet et une image en papier, savoir, un crucifix en grand volume ». Les jésuites pour leur part leur font parvenir « un tableau de saint Joseph ».
Le Journal montre plusieurs items donnés aux jésuites ou offerts par eux au fil des ans : de la nourriture (tourtières, chapons, vin, écorces de citron, outardes), des objets pratiques (mouchoirs, bougies, livres) ou encore, évidemment, des objets religieux (chapelets, reliquaires, médailles). Le peuple aussi célèbre le Nouvel An en se visitant entre parents et voisins pour offrir ses souhaits et quelques étrennes.
Est-ce que tout était en ordre à Noël ? Des débordements arrivent, comme en 1645 quand deux Français s’enivrent en attendant la messe de Noël ; ils sont rapidement condamnés au chevalet.
Des traditions en mouvement
Au fil des décennies, la signification et les traditions autour de Noël vont évoluer. L’arbre de Noël serait apparu à Sorel sous le régime britannique, en 1781, dans la demeure d’un général d’origine allemande — avant de se populariser au siècle suivant. De fête religieuse, le 25 décembre va devenir au XIXe siècle une fête plus familiale.
Quant à l’image du père Noël qui est omniprésente aujourd’hui, si elle dérive de saint Nicolas, elle s’est popularisée bien plus tard, d’abord aux États-Unis au XIXe siècle, mais surtout au XXe siècle par une campagne publicitaire de Coca-Cola, mais c’est… une autre histoire!

















































