Vendredi, les évêques catholiques du Canada ont publié des excuses officielles à l’intention des peuples autochtones du pays. En assemblée plénière depuis lundi, la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) se trouvait aux premières lignes d’une situation tendue. Les découvertes de sépultures non-identifiées sur des sites d’anciens pensionnats autochtones depuis la fin mai ont remis à l’avant-plan la question des excuses de l’Église catholique envers les Autochtones.
La théologie parle de moments kairos : des moments décisifs qui peuvent changer le cours de l’histoire si on accepte de discerner l’appel à la transformation. La pandémie et l’urgence climatique sont de tels moments. Dans l’Église catholique et la société canadiennes, les excuses épiscopales étaient grandement attendues, car cruciales pour faire avancer la réconciliation. La voie du bien commun et de la compassion était appelée à se placer au-dessus de toute justification d’ordre légaliste qui aurait été sourde à la douleur renouvelée des Autochtones.
Sortir du légalisme
Même si des congrégations religieuses et diocèses catholiques ayant géré des pensionnats ont présenté des excuses à plusieurs reprises depuis 1991 et encore récemment vu l’actualité, il subsistait l’enjeu des excuses du pape au nom de l’Église catholique, en sol canadien, tel que formulé dans l’appel à l’action #58 de la Commission de vérité et réconciliation (CVR) en 2015.
En 2018, la CÉCC avait expliqué que le pape ne pouvait « pas y répondre personnellement ». En fait, les évêques n’avaient pas trouvé un consensus pour inviter le pape et celui-ci ne viendrait pas de son propre gré, de peur de s’ingérer dans leurs affaires. Parallèlement, les évêques eux-mêmes refusaient de présenter des excuses au nom de l’Église catholique canadienne, s’appuyant sur le fait que cette entité nationale n’existe pas.
Pour plusieurs catholiques, l’apparence d’immobilisme des dernières années ajoutait une couche de honte à leur appartenance ecclésiale déjà entachée par de nombreux scandales. Les excuses des évêques de ce 24 septembre sont heureuses, mais après des années de refus, faut-il comprendre qu’il a fallu une intense pression populaire pour enfin venir à bout des arguments légalistes ?
Le voyage du pape François
En plus des excuses, la CECC s’engage aussi « à travailler avec le Saint-Siège et nos partenaires autochtones sur la possibilité d’une visite pastorale du pape au Canada ». La formulation est tiède.
Le premier ministre Justin Trudeau a plusieurs fois exigé des excuses au pape pour donner suite au rapport de la CVR. Rappelons-nous cependant que le gouvernement fédéral est le premier responsable de la politique d’assimilation ayant présidé au système des pensionnats et que les abus n’ont pas été systématiques au sein des pensionnats gérés par l’Église catholique. Ces précisions sont importantes. Tous ne sont pas individuellement coupables, mais la question des excuses « au nom de l’Église » est une étape nécessaire de reconnaissance de responsabilité collective. Le pape doit aussi reconnaître que des doctrines catholiques ont présidé historiquement à la colonisation et ses conséquences douloureuses.
Un voyage du pape n’a pas besoin d’être luxuriant. Le contexte exige un voyage simple et humble. Inutile aussi de faire une tournée du Canada en pleine pandémie. Des excuses lors d’une visite à Ottawa ou sur le site d’un ancien pensionnat, en présence de représentants autochtones, seraient plausibles et répondraient enfin à l’appel à l’action longtemps attendu. Les coûts pourraient être partagés entre le gouvernement fédéral et les « entités » de l’Église catholique au Canada.
Tous responsables
Ces derniers mois, dans la foulée des découvertes de centaines de sépultures non-identifiées au pays, des congrégations religieuses (Oblats de Marie-Immaculée, Sœurs de Sainte-Anne et Jésuites) ont confirmé que leurs archives des pensionnats qu’elles avaient administrés seraient rendues disponibles. Jusque-là, la cure des archives et leur pleine disponibilité étaient complexes. L’actualité – et une volonté assumée – auront donc permis d’en faciliter l’accès. La CECC a aussi renouvelé son engagement à poursuivre le travail pour rendre plus d’archives disponibles.
En août, le gouvernement fédéral a annoncé de nouveaux investissements totalisant 321 millions de dollars pour des programmes visant à retrouver des sépultures, soutenir psychologiquement les survivants et leurs familles, et gérer la transformation des anciens pensionnats, notamment.
Le 30 septembre, la Journée du chandail orange mise en place en 2013 en souvenir des pensionnats devient la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, nouveau jour férié fédéral. Ce jour vise à reconnaître et commémorer les séquelles des pensionnats.
Des pas ont été faits, mais le chemin est encore long. Il est du devoir de chacun de s’éduquer, de s’engager et de s’assurer que les institutions respectent leurs promesses. Les Premières Nations, Métis et Inuits ont porté une lourde croix depuis trop longtemps. À nous tous de la prendre aussi sur nos épaules. Car toute crise peut espérer trouver une issue, pour autant qu’on ait le courage d’avoir une véritable volonté d’avancer.
















































