Saint Jean Chrysostome, docteur de l’Église mort en 407 de notre ère, disait que pour lui, « Église » et « synode » étaient synonymes, puisque l’Église consiste en un cheminement commun. Ce mois-ci justement, 365 personnes avec droit de vote, dont 54 femmes parmi les 96 non-évêques, se réunissent à Rome pour le Synode sur la Synodalité. Ce terme, selon feu l’historien jésuite John O’Malley, est un néologisme créé il y a seulement une vingtaine d’années. Ce nouveau terme toutefois décrit une pratique datant des premiers temps du christianisme. (Écoutez la chronique ci-dessous.)
Synode des évêques : sur le même chemin depuis Vatican II
Selon le logiciel Antidote, un synode est une « assemblée d’ecclésiastiques convoquée par l’évêque, l’archevêque ou le pape pour délibérer sur les affaires d’un diocèse ou d’une province ou sur les problèmes généraux de l’Église. » Un vieux terme serait « concile », mais sa racine grecque (συν et όδός), qui signifie « le même chemin », révèle la véritable nature du terme. La synodalité consiste donc en un cheminement commun, c’est une façon d’être et de travailler selon une approche plus proche de la base et plus collaborative ou encore la participation de l’ensemble des baptisés – clercs et laïques – à la vie de l’Église.
Cette notion remonte au IIe concile œcuménique du Vatican. Comme le résume le cardinal Michael Czerny : « Vatican II a défini l’Église comme le peuple de Dieu. Ce n’est donc pas une question de bas ou de haut, il s’agit de ce qu’est l’Église : le peuple de Dieu. »
Pour comprendre le Synode sur la Synodalité, il faut donc d’abord revenir quelques décennies en arrière, jusqu’à l’Église des années 1960. Comme le rappelle Julian Paparella, le concile Vatican II (qui se définissait aussi comme « synode ») s’est déroulé de 1962 à 1965. Cette même année, le pape Paul VI a institué le Synode des évêques pour continuer l’échange fraternel et collégial qui avait été expérimenté lors du concile Vatican II. Depuis lors, des synodes sont organisés tous les deux ou trois ans. C’est donc la 16e Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques qui se tient en ce moment, alors que plusieurs personnes se réunissent pour discuter et discerner le mouvement de l’Esprit. Le Synode des évêques n’est que consultatif toutefois, il peut donner des recommandations au pape, mais non prendre des décisions.
Synodalité : aux racines du christianisme
Si le Synode des évêques est né de Vatican II, les synodes comme tels remontent à quelque deux mille ans, comme l’ont souligné le père O’Malley ou le professeur québécois Gilles Routhier. Il était en effet courant dans les premiers siècles du christianisme que les communautés de croyants discutent avec les personnes en autorité de questions importantes pour la vie de l’Église, au niveau local ou plus large. Une de ces questions était par exemple de savoir si les non-juifs devaient être circoncis avant le baptême.
Au 2e siècle de notre ère, il y aurait eu près de 50 synodes tenus un peu partout sur le pourtour de la Méditerranée. C’est aussi à cette époque que les évêques se sont définis comme successeurs des apôtres et, même s’ils continuaient à travailler avec des membres de la communauté, ce sont eux qui se sont alors mis fermement à assumer un rôle de leadership, une structure hiérarchique qui ne fera que se renforcer au fil du temps. Les évêques vont continuer à se réunir : entre le 2e et le 7e siècle, plus 400 synodes ont eu lieu. La tenue de synodes n’a d’ailleurs jamais vraiment cessé, même si la pratique a diminué depuis le 19e siècle avec la définition de l’infaillibilité et de la primauté (le fait que le pape définit la foi) papales lors du premier concile du Vatican (1869-1870).
Synode sur la Synodalité : entre tradition et nouveauté
Le présent Synode sur la Synodalité a donc les deux pieds ancrés dans la tradition, entre autres par le fait que le pape François va décider ce qu’il va retenir de la rencontre. Toutefois, ce rassemblement est unique en plusieurs points, surtout par son inclusivité.
Notons ainsi que le processus même ayant mené aux deux assemblées des évêques (en octobre 2023 puis 2024) fut en soi une manière synodale de procéder, par l’écoute du peuple de Dieu depuis les paroisses jusqu’à l’assemblée du synode. De plus, pour la première fois, des non-catholiques et même des non-chrétiens ont été consultés. Autre nouveauté, le droit de vote a été donné à des personnes qui ne sont pas des évêques, dont des femmes. Enfin, le fait que le sujet du synode ne soit pas un groupe, une région, ou une autre question particulière, mais la manière même d’être Église, risque de faire passer ce synode… à l’histoire.
















































