« J’espère que je ne vous ai pas ennuyé avec nos problèmes », a lancé Michel Constantin aux personnes qui l’ont entendu raconter le quotidien des Libanais au lendemain de l’accord du cessez-le-feu du 27 novembre entre Israël et le Liban, ainsi que les inquiétudes des habitants d’Alep, en Syrie, depuis la prise de contrôle toute récente de leur ville par des militants islamistes.
Lors d’un webinaire organisé par l’organisme CNEWA Canada, le directeur régional de l’organisme catholique CNEWA-Mission pontificale a expliqué les défis auxquels font face les Libanais depuis l’instauration de ce cessez-le-feu provisoire entre Israël et le Hezbollah.
« Dieu merci, on a obtenu cet accord de cessez-le-feu », dit-il. « Ce n’est pas complet » mais cette entente permet d’espérer que les gens auront bientôt le droit de « revenir à leur maison ». Et aussi « de la reconstruire » si elle a été endommagée ou même détruite par les bombardements que les Libanais endurent depuis la fin du mois de septembre.
Les dégâts engendrés par cette guerre de deux mois « sont énormes », affirme le directeur régional. Près de 4000 Libanais ont perdu la vie. « On compte 15 000 personnes qui ont été blessées très gravement alors que 100 000 maisons ont été complètement détruites » lors des bombardements menés par l’armée israélienne, ajoute-t-il.
Pas moins de 40 villages ont même été été rasés. « Il n’y a même plus une seule maison qui reste debout », dit-il, expliquant que les gens qui ont pu quitter ces villages et les autres foyers de guerre se sont réfugiés à Beyrouth.
Depuis le début de cette « guerre totale » que subit le Liban, CNEWA a donc lancé un appel aux donateurs afin qu’il puisse assurer la distribution de matelas et d’accessoires de cuisine aux personnes qui ont fui les combats.
« Dans les écoles où elles sont logées, il n’y a bien sûr pas de lits », dit-il. L’organisme qu’il dirige a aussi offert un grand nombre de colis alimentaires et des coffres d’hygiène aux réfugiés.
Le coordonnateur régional de CNEWA est certain que les personnes déplacées voudront retrouver rapidement leur village et leur maison. Et que dès leur retour, elles vont s’empresser de réparer les fenêtres brisées, les portes, « même leur toit troué par un obus ».
« Mais reconstruire à neuf, ils ne le pourront pas car ils n’ont pas les ressources », admet-il, évoquant les difficultés économiques que le Liban et les Libanais affrontaient bien avant le déclenchement de la guerre entre Israël et le Hezbollah.
Une surprise et un choc
Situé à Beyrouth, l’organisme CNEWA-Mission pontificale intervient aussi en Syrie, « sans interruption depuis 1995 », dit Michel Constantin.
Comme ce fut le cas dans le monde entier, son organisme a appris avec stupeur l’encerclement puis la prise de contrôle d’Alep, une ville importante du nord-ouest de la Syrie, par des militants islamistes. « Ce fut une surprise et aussi un choc », dit-il.
Il indique que la situation ne cesse d’évoluer depuis une semaine. « Un jour, on peut circuler librement, le lendemain, impossible de quitter Alep. Une autre journée, les militants ont changé la monnaie utilisée. Le lendemain, ce sont les lignes téléphoniques qui ont cessé d’être reliées au réseau de la Syrie. » Par ailleurs, les marchés et les supermarchés ont fermé leurs portes. « Il n’y a pas de gaz pour la cuisine. Pas d’essence pour les automobiles », dit le directeur régional qui déplore qu’en ce moment, les organismes comme CNEWA ne peuvent pas « y acheminer de l’aide humanitaire » puisque la ville est encerclée.
Selon lui, trois scénarios se dessinent pour l’avenir de la deuxième ville de la Syrie.
Dans le premier scénario qu’il évoque, les militants maintiennent leur contrôle de la cité et de la région puis forment un État islamique. « Alors, c’est la fin de la chrétienté », dit-il. Si le régime syrien et l’armée attaquent Alep, on assistera à une « destruction totale », craint-il. Enfin, il y a la « voie diplomatique » que des pays comme la Turquie, la Russie et l’Iran disent vouloir emprunter.
« Prions pour que ce scénario gagne », lance Michel Constantin qui dit être en contact avec des institutions et des communautés religieuses présentes à Alep, comme les jésuites, les frères maristes, l’archidiocèse maronite et la Société de Saint-Vincent-de-Paul.
« Pour le moment, chacun reste dans sa propre maison. Et chacun se demande ce qu’il arrivera demain. »
















































