Israël doit autoriser immédiatement l’acheminement de l’aide humanitaire et cesser ses opérations militaires à Gaza, ont déclaré lundi les premiers ministres du Canada et du Royaume-Uni Mark Carney et Keir Starmer ainsi que le président français Emmanuel Macron. Ces propos ont été aussitôt rejetés par le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu qui accuse ses homologues de «récompenser» le Hamas.
Selon les dirigeants de ces trois pays, «le refus du gouvernement d’Israël d’autoriser l’accès d’une aide humanitaire essentielle à la population civile est inacceptable et risque d’enfreindre le droit international humanitaire».
«Nous ne resterons pas les bras croisés devant ces actes honteux du gouvernement Netanyahu», avertissent les trois dirigeants politiques.
«Si Israël ne met pas fin à cette nouvelle offensive militaire et ne lève pas les restrictions entourant l’aide humanitaire, nous prendrons d’autres mesures concrètes.»
Ils déclarent aussi que les gouvernements qu’ils dirigent sont «déterminés à reconnaître un État palestinien».
«Nous devons tous travailler à la mise en œuvre d’une solution à deux États, qui constitue le seul moyen d’instaurer la paix et la sécurité durables que méritent les Israéliens et les Palestiniens et d’assurer la stabilité à long terme de la région.»
Réaction d’Israël
Lundi soir, sur son compte X, le premier ministre Benjamin Netanyahu a vivement réagi aux propos des trois chefs d’État.
«En demandant à Israël de mettre fin à une guerre défensive pour notre survie avant que les terroristes du Hamas à notre frontière ne soient détruits et en exigeant un État palestinien, les dirigeants de Londres, d’Ottawa et de Paris offrent une récompense énorme pour l’attaque génocidaire contre Israël le 7 octobre tout en invitant à d’autres atrocités de ce genre», a-t-il déclaré.
Selon le premier ministre israélien, «la guerre peut prendre fin demain si les otages restants sont libérés, si le Hamas dépose les armes, si ses dirigeants meurtriers sont exilés et si Gaza est démilitarisée».
Il qualifie le conflit entre Israël et le Hamas de «guerre de civilisation contre la barbarie».
«Israël continuera à se défendre par des moyens justes jusqu’à la victoire totale», rétorque Benjamin Netanyahu aux leaders canadien, britannique et français.
Au Canada
Lundi, le Forum musulman canadien s’est empressé de partager la déclaration des trois leaders politiques, sans toutefois la commenter.
De son côté, le Conseil national des musulmans canadiens a salué cette prise de «position ferme» en faveur «des droits humains du peuple palestinien».
L’organisme a toutefois déploré que le gouvernement israélien ait choisi d’ignorer les avertissements lancés par les dirigeants des trois pays.
«Israël ne montre aucun signe de ralentissement de son offensive, intensifiant au contraire ses bombardements et son invasion» alors que paraît la déclaration commune. Le CNMC souhaite que les gouvernements posent des gestes, non pas «dans un avenir indéfini, mais maintenant, avant que davantage de civils ne soient tués».
Pour le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA), il ne fait aucun doute que si Israël cessait ses opérations militaires, «les otages resteraient enchaînés dans des tunnels et le Hamas répéterait le massacre du 7 octobre».
«La déclaration d’aujourd’hui incite le Hamas à continuer de rejeter tout accord négocié», estime donc Noah Shack, le président par intérim du CIJA. Dans une déclaration acheminée aux médias, ce dirigeant ne mentionne aucunement l’appel à acheminer de l’aide humanitaire immédiate aux citoyens de Gaza.
Coordonnateur national de Voix juives indépendantes Canada, Corey Balsam a déclaré que la prise de position du Canada, du Royaume-Uni et de la France «est un signal important, bien que tardif».
«Les crimes commis contre les Palestiniens depuis 77 ans, et en particulier ces derniers mois, exigent bien plus que des paroles.» Le Canada doit agir maintenant, dit-il, en imposant un embargo sur les armes et en sanctionnant les responsables israéliens
Pour «être du bon côté de l’histoire et réaliser la promesse du ‘Plus jamais ça’, il faut agir sans délai», déclare Corey Balsam.
L’Église anglicane du Canada a réagi à la déclaration commune du Canada, de la France et du Royaume-Uni.
«Nous appelons toutefois le gouvernement du Canada à prendre des mesures plus concrètes, en utilisant tous les outils diplomatiques à sa disposition pour obtenir un acheminement immédiat de nourriture, d’eau, d’aide, de carburant et d’assistance humanitaire vitale vers Gaza, et pour mettre fin à tous les transferts d’armes vers Israël.»
Les anglicans canadiens assurent qu’ils vont continuer de «prier et d’appeler à un cessez-le-feu durable, à la libération de tous les prisonniers et à la fin de l’occupation afin qu’une paix juste puisse s’instaurer».
Chez les catholiques
La Conférence des évêques catholiques du Canada, la Conférence des évêques de France (CEF) et la Conférence des évêques d’Angleterre et du pays de Galles n’avaient pas réagi, au moment de publier, à la déclaration commune des premiers ministres du Canada et du Royaume-Uni et du président français.
Toutefois, la CEF a rendu compte lundi d’une mission effectuée récemment en Terre Sainte. Elle reconnaît qu’«une violence sourde et aveugle s’est abattue sur cette terre».
«La Cisjordanie subit l’occupation israélienne. A Gaza, l’usage disproportionné de la force armée y compris contre des civils et des lieux de vie comme les hôpitaux ou les écoles mais aussi contre les habitations crée une situation de drame humanitaire», ajoutent les évêques français.
















































