Le Libanais d’origine Michel Constantin est très inquiet. Sa voix, entendue en visioconférence, trahit sa peur et sa nervosité.
« J’ai vécu bien des guerres et des conflits au Liban, mais depuis le 17 septembre, je n’ai jamais rien vu de semblable », affirme ce chrétien maronite, directeur régional de l’organisme catholique CNEWA-Mission pontificale.
« De toute ma vie, je n’ai jamais été témoin d’autant de destruction et de violence » ajoute Michel Constantin, 61 ans, qui œuvre depuis 1989 au sein de cet organisme d’aide humanitaire présent au Liban, en Égypte, en Syrie et en Irak.
Entre le 7 octobre 2023, jour de l’attaque surprise des combattants du Hamas contre Israël, et le 17 septembre 2024, « le conflit, qui se déroulait aussi au Liban, semblait comme un jeu », dit-il. « Les confrontations étaient mesurées, bien étudiées. » Si le Hezbollah lançait un obus sur Israël, ce dernier répondait aussitôt par un autre obus. « On a assisté, depuis 11 mois, à un conflit somme toute limité dans sa férocité. »
Mais depuis le 17 septembre, le conflit a sombré dans une violence jamais vue au pays. « La destruction est massive. Il y a beaucoup de sang répandu. »
Ce jour-là, les explosions simultanées des téléavertisseurs que possédaient des membres du Hezbollah ont fait des milliers de blessés et ont été longuement discutées par la presse internationale et les leaders politiques du monde entier.

Mais Michel Constantin révèle qu’au lendemain même de cette attaque-surprise , il y a eu plus de 1000 raids aériens contre le Hezbollah, bien établi dans les régions du sud du Liban. « En une seule journée, 500 personnes ont trouvé la mort ».
Puis arrive le 27 septembre. Une frappe israélienne vise le quartier général du Hezbollah, dans la banlieue sud de Beyrouth. Hassan Nasrallah, le secrétaire général du parti, y trouve la mort. L’armée israélienne a jeté « 80 tonnes de bombes pour tuer un homme », dit le directeur régional de CNEWA-Mission pontificale. « Mais on a aussi détruit en quelques secondes un quartier complet. »
C’est ce même jour, à 23 h 30, qu’un grand nombre de Libanais ont reçu un avis télévisé leur ordonnant d’évacuer au plus vite leur maison et leur quartier. « Vingt minutes seulement après cet avertissement, des tas d’immeubles ont été détruits ».
« Mais c’était la nuit. Comment une famille avec enfants et des personnes âgées peut-elle quitter en si peu de temps sa maison? », dit Michel Constantin, la voix brisée.
Il dit avoir rencontré des gens qui ont réussi à fuir « sans même prendre des vêtements, ni leurs papiers d’identité ». Certains n’avaient que « leur pyjama et leurs pantoufles », raconte-t-il en hochant la tête.
Aide humanitaire
Michel Constantin explique que les familles qui ont fui les zones de combat et ont trouvé refuge à Beyrouth sont « totalement démunies ». Pire, « elles n’ont plus aucun espoir ».
Toutes vivent de « grandes pertes ». Ces familles ont perdu des parents, morts ou toujours disparus sous les décombres. Leurs maisons ont été détruites. « Elles font aussi le deuil de leurs écoles et de leurs villages et elles nous disent qu’elles n’ont même plus l’espoir de retrouver, un jour, leur vie antérieure. »
Dans un Liban où les pouvoirs publics sont désorganisés et où la société affronte une grave crise économique depuis 2019, il faudra compter sur l’aide internationale afin de venir en aide à ces réfugiés internes. « Nous sommes aux portes de l’hiver », avertit le responsable de CNEWA. « On aura très bientôt la neige et le froid. C’est vraiment la misère qui attend ces familles. »
Déjà son organisme, en lien avec les réseaux catholiques Caritas, l’Œuvre d’Orient, l’Ordre de Malte et la Société de Saint-Vincent de Paul, aide ces familles réfugiées en leur offrant de la nourriture, des produits d’hygiène et de l’aide psychosociale. Ces associations ont lancé des campagnes d’aide à laquelle la branche canadienne de CNEWA a généreusement répondu, dit Michel Constantin.
Au Canada, en plus de CNEWA (appelée Association catholique d’aide à l’Orient), les organismes catholiques Développement et Paix et Aide à l’Église en Détresse (AED) ont aussi lancé des campagnes d’urgence pour le Liban.
« L’offensive aérienne et terrestre d’Israël a déjà entraîné des conséquences désastreuses au Liban et le premier ministre Netanyahu a ouvertement menacé le peuple libanais de subir le même sort que Gaza », déplore Développement et Paix dans un communiqué annonçant sa campagne.
« Les Libanais ont besoin de vous », avance de son côté Marie-Claude Lalonde, directrice de l’AED Canada. « Cette campagne d’urgence maintenant internationale vient confirmer que, malheureusement, la situation n’a cessé de se dégrader au Liban depuis la mi-septembre. »
La Conférence des évêques catholiques du Canada a indiqué le mardi 15 octobre appuyer les trois campagnes menées par l’AED, CNEWA, et Développement et Paix.
« Alors que le conflit entre le Hezbollah et Israël s’est étendu au Liban, causant encore plus de morts, de destructions et de déplacements, renouvelons, nous les fidèles catholiques du Canada, nos prières pour la paix au Moyen-Orient et faisons tout ce que nous pouvons pour aider les personnes touchées par cette récente escalade de la violence », a déclaré le président de la CECC, l’évêque de Calgary William T. McGrattan.
















































