Alors que débute le ramadan, une association musulmane avertit les députés et ministres canadiens qu’ils ne seront pas les bienvenus dans les mosquées cette année s’ils ne condamnent les « crimes de guerre commis par les forces israéliennes » et s’ils ne s’opposent pas à la vente d’armes au gouvernement Netanyahu.
Voulant rencontrer leur électorat, les politiciens n’hésitent guère à franchir les portes des édifices religieux de leur circonscription électorale.
Durant chaque ramadan, un « mois sacré » pour les musulmans, bien des députés canadiens ont pris l’habitude d’aller à la mosquée locale ou au centre islamique alors que les fidèles sont plus nombreux à participer aux prières rituelles ou à l’iftar, ce repas qui marque la rupture du jeûne quotidien. Les élus s’y présentent, « non seulement pour engager le dialogue, mais aussi pour partager notre engagement collectif à aider les nécessiteux, les opprimés et les pauvres », reconnaît le Conseil national des musulmans canadiens (CNMC) dans une lettre qui a été remise, à la fin du mois de février, à tous les députés qui siègent à Ottawa.
Cette année toutefois, en raison de la guerre entre Israël et le Hamas, la communauté musulmane de tout le Canada est préoccupée et « profondément affectée » par le sort réservé aux « dizaines de milliers de nos frères et sœurs à Gaza qui sont devenus victimes de la punition collective imposée par le gouvernement Netanyahu ».
« Des millions d’autres sont en danger de mort en raison de bombardements indiscriminés, du ciblage des hôpitaux, de la famine systématique et de l’opération militaire proposée à Rafah que le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont déclaré catastrophique », indique le CNMC dans sa lettre aux députés canadiens. Cette lettre est endossée par plus de 300 mosquées et centres islamiques de tout le pays.
Cinq engagements
Selon les termes de cette missive, durant le mois du ramadan qui a débuté le lundi 11 mars 2024, tout député, « avant de venir à nos rassemblements communautaires », devra prendre cinq engagements.
Il lui sera demandé de « condamner les crimes de guerre commis par les forces israéliennes », de soutenir « un cessez-le-feu immédiat nécessaire de toute urgence pour protéger les civils se réfugiant à Rafah et au-delà », de s’opposer « au flux d’armes et d’équipements militaires vers le gouvernement Netanyahu » et de défendre « les libertés civiles, y compris le droit des Canadiens d’exprimer leur solidarité avec le peuple palestinien sans crainte de représailles ».
Une cinquième exigence – la reprise immédiate du financement de l’UNRWA – n’est manifestement plus requise puisque le ministre du Développement international Ahmed Hussen, trois jours avant que ne débute le ramadan, a annoncé que le Canada allait lever la suspension du financement octroyé à cette agence des Nations Unies.
« Si vous ne pouvez pas vous engager publiquement à tout ce qui précède, respectueusement, nous ne pouvons pas vous fournir une tribune pour vous adresser à nos congrégations. Le ramadan concerne l’humanité. Ce ramadan, plus que jamais, seuls les députés qui partagent notre engagement envers l’humanité seront les bienvenus pour s’adresser à nous dans nos espaces sacrés », déclarent les signataires de cette lettre.
Parmi les institutions qui appuient cette déclaration, on trouve le Centre culturel islamique de Québec, la mosquée Châteauguay, le Centre communautaire Essalam de Mascouche et le Centre culturel islamique de Lanaudière.
Politiciens hués
Stephen Brown est bien prêt à le reconnaître. Depuis les événements de 7 octobre 2023 et le déclenchement de la guerre entre Israël et le Hamas, quand des politiciens se rendaient dans les mosquées, ils se faisaient huer », dit le président et directeur général du Conseil national des musulmans canadiens.
Cette attitude s’explique parce que « cette guerre préoccupe au plus haut point les personnes qui fréquentent nos mosquées ».
« Partout, on trouve des fidèles qui ont de la famille en Palestine. D’autres y ont perdu des membres de leur famille. D’autres encore se couchent le soir en se demandant si le lendemain leur grand-mère ou leur cousin sera encore en vie. »
La communauté musulmane, ajoute-t-il, est « bien déçue de la façon dont la classe politique traite ce dossier ». Elle a donc décidé de faire connaître sa déception durant tout le ramadan, un moment durant lequel « on jeûne et on nourrit les pauvres », dit Stephen Brown.
Justement, dit-il, à Gaza « ce sont plus de deux millions de personnes qui ont faim et 500 000 civils qui souffrent carrément de famine ».
« Tu veux venir à la mosquée parler aux fidèles? D’accord, tous sont les bienvenus. Mais si tu es un politicien et que tu peux exercer une influence sur les événements de la scène internationale, alors on te demande de reconnaître qu’il y a en ce moment des centaines de milliers de personnes qui crèvent de faim. C’est bien le minimum. »
Stephen Brown rappelle que le Canada s’est toujours aligné du « côté des droits de la personne » et qu’il est reconnu partout dans le monde « comme un gardien de la paix ». Alors, quand tous les jours « des civils sont visés et tués », la communauté musulmane ne s’explique pas que le Canada soit incapable « de dire qu’une telle situation est inacceptable ».
















































