Le secrétaire général du Conseil œcuménique des Églises (COE), le pasteur Jerry Pillay, déplore qu’un récent document publié par une institution dirigée par le patriarche Cyrille, le chef de l’Église orthodoxe russe, qualifie l’invasion de l’Ukraine de « guerre sainte ».
De tels propos suscitent des fortes inquiétudes au sein des Églises chrétiennes du monde entier, dit le pasteur Pillay.
À la fin du mois de mars, le XXVe Conseil mondial du peuple russe, que préside le patriarche Cyrille, a adopté un long décret déclarant que « l’opération militaire spéciale [l’expression utilisée en Russie pour définir l’invasion de l’Ukraine] est une nouvelle étape de la lutte de libération nationale du peuple russe contre le régime criminel de Kiev et de l’Occident qui le soutient, menée sur les terres du sud-ouest de la Russie depuis 2014 ».
On y explique que, d’« un point de vue spirituel et moral, l’opération militaire spéciale est une guerre sainte » et que son objectif à terme est de « protéger le monde de l’assaut du globalisme et de la victoire de l’Occident qui a sombré dans le satanisme ».
Pour le pasteur Pillay, de tels propos sont irréconciliables avec les positions prises par les instances supérieures du COE et par d’autres leaders religieux du monde qui rappellent constamment « l’appel biblique pour que les chrétiennes et les chrétiens soient des artisans de paix face aux conflits ».
Peu après l’invasion de l’Ukraine, le COE a déclaré que ce conflit « est incompatible avec la nature même de Dieu et avec sa volonté pour l’humanité » et qu’elle « va à l’encontre de nos principes chrétiens et œcuméniques fondamentaux ».
C’est pourquoi « le COE ne peut accepter la présentation de l’invasion illégale et injustifiable par la Russie de l’Ukraine comme “une nouvelle étape dans la lutte de libération nationale du peuple russe » », déclare le pasteur Pillay.
Le secrétaire général du COE indique avoir écrit au patriarche orthodoxe Cyrille « pour obtenir des éclaircissements » et réclamer une réunion d’urgence.
Il veut savoir si le décret adopté par le XXVe Conseil mondial du peuple russe « doit être perçu comme exprimant la position de l’Église orthodoxe russe ». Si la réponse est positive, le pasteur Pillay demandera « comment de telles positions peuvent être tenues par une Église membre du Conseil œcuménique des Églises ».
L’Église orthodoxe ukrainienne, longtemps liée à Moscou, s’est dissociée de la déclaration russe car elle « contient une apologie de la violence, une justification des violations des principes spirituels, moraux et évangéliques, ce qui constitue une menace pour l’identité ukrainienne et la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine ».
« Nous pensons que les idées contenues dans le document susmentionné ne peuvent être soutenues par une organisation religieuse qui se prétend chrétienne », ajoute cette Église dirigée par le métropolite Onuphre. Après l’invasion de l’Ukraine, l’Église orthodoxe ukrainienne « a proclamé sa totale indépendance vis-à-vis de l’Église orthodoxe russe ».
Quant à l’Église orthodoxe de Russie, elle a joint le COE en 1961, avant que n’éclate la crise des missiles de Cuba.
Voir aussi
L’agence de presse Orthodoxie.com a publié en français le décret Recommandations du XXVe Congrès mondial du peuple russe sur « Le présent et l’avenir du monde russe ».
















































