Le jour même où Vladimir Poutine était réélu à la présidence de la Fédération de Russie, la mémoire de son plus célèbre opposant était commémorée lors d’une liturgie orthodoxe tenue dans la cathédrale Christ Church de Montréal.
Des prières, des chants et un récital musical ont souligné la vie et l’héritage d’Alexeï Navalny, « un champion intrépide de la démocratie et des droits de l’Homme » et « une source éternelle d’espoir et d’inspiration ».
Olga Babina, cofondatrice de l’Alliance démocratique des Canadiens russes et une organisatrice de cette commémoration, rappelle que « l’assassinat d’Alexeï Navalny aura été une tragédie pour la communauté russe ».
Selon elle, l’héritage de cet homme qui ne cachait pas sa foi rejaillit « sur toute la communauté, pas seulement sur les chrétiens orthodoxes ».
« Son but aura toujours été de réunir les gens », dit-elle, heureuse que les leaders anglicans de Montréal aient accepté qu’une liturgie orthodoxe soit tenue dans l’église-mère du diocèse de Montréal. « J’ai de tels sentiments de gratitude envers la communauté anglicane », dit-elle peu avant le début de la cérémonie.
Ouverture et amitié
« La tradition anglicane a toujours entretenu une grande ouverture et une grande amitié avec la tradition orthodoxe » a déclaré le recteur Bertrand Olivier, doyen de la cathédrale Christ Church.
Quand il a reçu cette demande pour la tenue d’un service en la mémoire d’Alexeï Navalny ainsi que l’élévation d’un mémorial public temporaire à la place Raoul-Wallenberg, derrière la cathédrale, le recteur Olivier n’a pas hésité à donner son accord. « J’aime témoigner d’un Dieu qui dit oui », dit-il.
« Aujourd’hui, nous faisons mémoire d’une personne qui est décédée dans des circonstances suspectes, un homme qui s’est battu pour un monde où les gens pourraient s’exprimer librement », a-t-il déclaré au début du service commémoratif.
« On vit dans une époque difficile où être opposé aux pouvoirs en place, c’est dangereux. »
En entrevue à Présence, il a noté « que quatre-vingts pays vont élire de nouveaux gouvernements cette année. C’est plus de la moitié de la population mondiale qui va aller aux urnes en 2024, dans un contexte où les médias sociaux nous empêchent de découvrir la vérité objective et où les politiciens en place font tout pour rester au pouvoir ».
Liturgie orthodoxe
C’est le diacre orthodoxe Leonid Dzhalilov qui a conduit la brève liturgie orthodoxe. Avant de réciter les prières, il a salué la mémoire d’un militant anticorruption et d’un homme politique « qui a agi courageusement en critiquant les autorités russes » et qui était prêt aux plus grands sacrifices.
Alexeï Navalny « est un exemple de courage, de vérité et de liberté », a-t-il déclaré, un homme qui ne cachait pas sa foi en Dieu et qui n’hésitait pas à citer la Bible dans ses discours et ses interventions publiques.
Le diacre orthodoxe rappelle ainsi « sa constante exhortation à ne pas avoir peur et à ne pas abandonner ». L’expression « n’ayez pas peur » est mentionnée plusieurs fois tant dans l’Ancien que le Nouveau Testament », a expliqué le diacre. Tout comme la conviction d’Alexeï Navalny, maintes fois exprimée, selon laquelle « la vérité vous rendra libres », un extrait de l’évangile de Jean.

« Gardons dans nos cœurs Alexeï, sa famille, ses amis, ainsi que ces braves hommes et femmes qui ont pris part à ses funérailles », a demandé le diacre Leonid Dzhalilov à l’assemblée présente ce dimanche.
« Gardons dans nos cœurs les prisonniers politiques et toutes les victimes de la guerre d’agression que mène la Russie contre l’Ukraine », a-t-il ajouté.
La célébration s’est terminée devant le mémorial élevé en l’honneur d’Alexeï Navalny, derrière la cathédrale, à la place Raoul-Wallenberg. Des fleurs et des bougies ont été déposées.
















































