Toujours hospitalisé à la la Polyclinique Gemelli de Rome, le pape François a tenu à mentionner «le troisième anniversaire de la guerre à grande échelle contre l’Ukraine» dans la prière de l’Angélus qui a été lue le dimanche 23 février 2025.
Le pape, qui ne mentionne toutefois pas le nom de la Russie dans sa déclaration, estime que ce lundi 24 février, c’est un «anniversaire douloureux et honteux pour l’ensemble de l’humanité» qui sera souligné.
«Tout en renouvelant ma proximité avec le peuple ukrainien martyrisé, je vous invite à vous souvenir des victimes de tous les conflits armés et à prier pour le don de la paix en Palestine, en Israël et dans tout le Moyen-Orient, en Birmanie, au Kivu et au Soudan», a-t-il écrit.
Présent à Toronto, au Canada, à l’occasion du synode de l’Église gréco-catholique ukrainienne, l’archevêque et primat Sviatoslav Shevchuk a déclaré que «si l’agression russe contre l’Ukraine» se terminait aujourd’hui, «il faudra des décennies pour reconstruire quelque 3 500 établissements d’enseignement, plus de 1 200 hôpitaux, 670 églises, des milliers de kilomètres de routes, des centaines de milliers de maisons, de centrales électriques et d’entreprises industrielles».
«Plus difficile encore sera le rétablissement et la guérison des vies brisées par la guerre», ajoute le primat Shevchuk.
«Des dizaines de milliers de soldats et de civils ont subi des blessures graves et d’innombrables autres souffrent de la douleur invisible des traumatismes. Des milliers de nos enfants ont été arrachés à leur patrie», déplore-t-il.
«Des efforts extraordinaires seront nécessaires pour ramener près de sept millions de réfugiés et assurer le retour en toute sécurité de quatre millions de personnes déplacées afin qu’elles puissent à nouveau avoir un lieu de résidence, un lieu de sécurité, de confort, d’amour familial et de chaleur.»
Les évêques de Église gréco-catholique ukrainienne ont tenu à exprimer leur «gratitude aux catholiques du monde entier, aux nations, aux dirigeants, aux organisations caritatives, aux journalistes, aux travailleurs de la santé et à des millions d’autres qui se tiennent avec nous depuis ces trois années».
Hier, l’archevêque de Constantinople et patriarche œcuménique Bartolomée a souligné que la communauté internationale «ne devrait pas détourner son regard ou être trompée par de faux récits et de fausses informations».
«L’avenir [de l’Ukraine] doit reposer sur le terrain stable du droit international, de l’autodétermination et du respect mutuel, et non sur la coercition et l’assujettissement», a-t-il déclaré tout en reconnaissant «les efforts inlassables déployés par le président Zelensky pour défendre et protéger la souveraineté et l’intégrité de l’Ukraine».
Pour le patriarche œcuménique, «la guerre en Ukraine n’est pas seulement un conflit entre les nations». Il s’agit d’un «test moral pour l’Europe et le monde entier» qui exige de choisir «entre la vérité et la tromperie, entre la justice et l’oppression».
«La souveraineté de l’Ukraine n’est pas matière à débat», a déclaré le patriarche Bartolomée ce dimanche dans une église de Constantinople en présence du consul de l’Ukraine et d’une dizaine d’ambassadeurs européens. «La souveraineté ne peut être négociée sous le prétexte de la diplomatie.»
Le pasteur Jerry Pillay, secrétaire général du Conseil œcuménique des Églises (COE), a déploré aujourd’hui «la futilité de cette guerre» ainsi que «son coût énorme en vies humaines au sein de la population civile».
«Nous appelons une fois encore à entamer un dialogue et des négociations qui permettraient de garantir une paix juste et durable, a aussi déclaré le pasteur Pillay. Le COE est favorable à tout effort légitime visant réellement à établir une paix durable dans la région, sans qu’il y ait seulement récompense de l’agression commise et de la violation de tant de principes du droit international établis au sortir de la Deuxième Guerre mondiale pour protéger les plus vulnérables contre les déprédations des grandes puissances.»
Au Canada
Le gouvernement du Canada a de nouveau fustigé la Russie pour avoir mené, depuis trois années, «une invasion à grande échelle de l’Ukraine, illégale et non provoquée, détruisant des centaines de milliers de vies ukrainiennes, brisant la paix en Europe, menaçant la stabilité mondiale et violant le droit international».
«Tout au long de ces années d’agression illégale, l’objectif de la Russie est resté le même, soit soumettre l’Ukraine. Les forces russes ont tenté de s’emparer du pays, d’effacer son identité et de nier son droit même à l’existence», ont déclaré plusieurs ministres, dont Mélanie Joly, ministre des Affaires étrangères, et Bill Blair, ministre de la Défense nationale.
«Contre toute attente, les Ukrainiens continuent de mener une défense déterminée de leur souveraineté qui inspire le monde entier. L’esprit du peuple ukrainien, sa richesse culturelle et son identité ne pourront pas être effacés. L’Ukraine existe, la population ukrainienne reste déterminée, et nous les soutenons fermement.»
Au moment de publier ces lignes, une porte-parole de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) ne savait toujours pas si la conférence épiscopale soulignerait le troisième anniversaire de l’invasion de l’Ukraine par une déclaration publique ou par un appel à la solidarité et à la prière avec le peuple ukrainien.
En 2024, lors du deuxième anniversaire de la guerre, les chefs de la plupart des Églises canadiennes avaient demandé aux dirigeants de la Fédération de Russie de «cesser cette agression injuste», de «mettre fin à la violence perpétrée contre l’Ukraine et son peuple» et de retirer immédiatement les soldats russes de «l’intérieur des frontières internationalement reconnues de l’Ukraine».
C’est le Conseil canadien des Églises (CCÉ) qui avait initié cette lettre pastorale, en collaboration avec l’Alliance évangélique du Canada et le Réseau paix et réconciliation de l’Alliance évangélique mondiale. Elle fut signée par les chefs de 42 Églises canadiennes. «La moitié de nos membres orthodoxes a signé la déclaration. L’autre moitié, non», avait alors expliqué le pasteur Peter Noteboom, le secrétaire général du CCÉ.
Aide humanitaire
Les organismes catholiques Aide à l’Église en détresse (AED) et l’Association catholique d’aide à l’Orient (CNEWA Canada) indiquent qu’il est essentiel d’acheminer de l’aide à l’intérieur de l’Ukraine.
«Alors que nous célébrons le troisième anniversaire de l’invasion totale de l’Ukraine par la Russie, nos cœurs et nos prières restent résolument tournés vers toutes les personnes touchées par ce conflit implacable. Cette guerre a infligé de profondes blessures physiques et psychologiques à d’innombrables personnes, tant en Ukraine que parmi ceux et celles qui ont cherché refuge au Canada et ailleurs», a déclaré CNEWA Canada.
L’association dit avoir amassé plus de 3,7 millions de dollars auprès de donateurs canadiens. Cette somme a permis le financement de «plus de 60 projets qui ont fourni de la nourriture, des abris, des soins médicaux et de l’éducation aux personnes dans le besoin».
«Alors que les cicatrices de ce conflit sont à la fois visibles et cachées, notre dévouement envers les personnes touchées demeure inébranlable», a ajouté Adriana Bara, la directrice nationale de CNEWA Canada.
« La guerre déclenchée il y a trois ans continue d’affecter profondément la population», a noté de son côté Marie-Claude Lalonde, la directrice nationale de l’AED Canada, qui dit regretter qu’«ici, nous en parlons moins, d’autres conflits étant davantage dans l’actualité»,
«Les besoins sont pourtant toujours très importants et nous continuons à soutenir les Églises là-bas, car leur action est une source de réconfort pour une très grande partie de la population.»
Elle a aussi indiqué que depuis le début de l’invasion, «les Canadiens ont contribué pour 607 241 $ aux efforts de l’AED». Ces sommes ont été versées à 17 éparchies de l’Église gréco-catholique et à sept diocèses de l’Église catholique latine. «La nature du soutien a évolué au fil du temps. Au début, l’accent était mis sur l’aide aux déplacés internes, puis à la suite de la demande des partenaires, l’accent a été mis sur l’accompagnement pastoral.»
















































