« En tant que membres d’une Église qui a géré des pensionnats, tous et toutes nous avons la responsabilité de connaître l’héritage tragique et douloureux de ces institutions et la façon dont il continue d’influencer la vie des peuples autochtones à travers le pays », indique la pasteure Carmen Lansdowne, la 44e modératrice de l’Église Unie du Canada.
La cheffe de la plus importante Église protestante du Canada estime que la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, aussi appelée Journée du chandail orange, ne doit pas être célébrée, le 30 septembre, « comme un jour férié ».
Elle doit être vécue comme « une journée de réflexion, d’apprentissage et de prière sur l’impact continu des politiques et de la gouvernance colonialistes dans ce que nous appelons aujourd’hui le Canada ».
La modératrice Lansdowne rappelle qu’entre 1925 et 1969, l’Église Unie du Canada a géré 15 établissements dans le cadre de la Loi sur les Indiens, une pièce législative qualifiée de « politique d’assimilation des peuples autochtones menée par le gouvernement fédéral ».
Encore aujourd’hui, « les politiques racistes ou coloniales continuent de nuire aux enfants autochtones et à leurs familles. Elles se traduisent par un financement inéquitable de l’éducation, et les injustices se perpétuent dans le cadre La Loi concernant les enfants, les jeunes et les familles des Premières Nations, des Inuits et des Métis », écrit-elle dans une déclaration publiée à l’occasion de la Journée du chandail orange.
Pour l’Église anglicane du Canada, le 30 septembre est une occasion de souligner « le long chemin parcouru pour reconstruire les relations entre les peuples autochtones et non autochtones. Mais cette journée existe surtout « afin que nous n’oubliions jamais et que nous ne cessions jamais de travailler à la réconciliation », écrivent la primat Linda Nicholls et l’archevêque national autochtone Chris Harper dans une lettre adressée aux membres de cette Église.
« Il s’agit d’un voyage de vérité et d’éducation qui doit effacer les décennies de préjudices et les effets persistants qui privent les Autochtones du respect de leur dignité en tant que premiers habitants de cette terre. »
Les deux archevêques révèlent que les archives de l’Église anglicane « sont ouvertes à la recherche de toute information susceptible d’aider à retrouver les registres funéraires perdus », tout en reconnaissant que, cette année encore, la « découverte de lieux de sépulture non marqués dans d’anciens pensionnats ont ravivé la douleur des familles dont les enfants ne sont jamais rentrés chez eux ».
« Nous pleurons avec ces familles », écrivent les archevêques Linda Nicholls et Chris Harper.
De son côté, la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) a émis une brève déclaration le lundi matin 30 septembre.
Son Bureau de direction « exprime sa peine devant l’héritage douloureux des anciens pensionnats autochtones et réaffirme son engagement à accompagner les peuples autochtones sur le chemin de la guérison et de la réconciliation. »
Les évêques catholiques invitent par ailleurs les fidèles « à ouvrir leur cœur, à honorer les récits qui nous sont racontés et à emprunter le chemin de la vérité et de la guérison ».
Retrouver les enfants perdus
« Nous reconnaissons les conséquences profondes et douloureuses du système des pensionnats sur les Premières Nations, les Inuits et les Métis dans notre pays », a déclaré le premier ministre Justin Trudeau.
« Nous nous souvenons des enfants qui ne sont jamais rentrés chez eux. Nous rendons hommage aux survivants, qui ont subi des abus indescriptibles. Nous sommes à l’écoute de leurs expériences et de leurs histoires, et nous nous engageons à nouveau sur la voie commune de la réconciliation. »
Le premier ministre du Canada a aussi rappelé qu’entre 1867 et 1996, le système fédéral des pensionnats « a retiré de force plus de 150 000 enfants inuits, métis et des Premières Nations de leur famille et de leur communauté, et les a privés de leur culture, de leur langue et de leur identité ».
« Plusieurs ont subi des années de traumatisme et de souffrance aux mains des responsables de ces institutions », des leaders religieux.
« La réconciliation ne se limite pas à jeter un regard en arrière et à comprendre les erreurs du passé : il s’agit également de comprendre qu’elles nous façonnent encore aujourd’hui », a indiqué Justin Trudeau.
Le gouvernement canadien poursuit sa collaboration avec les communautés autochtones de tout le pays « afin de les aider à recenser les enfants qui ne sont pas revenus des pensionnats, à repérer et à commémorer les lieux de sépulture anonymes et à rendre hommage aux disparus ».
Finalement, la cheffe nationale de l’Assemblée des Premières Nations (APN), Cindy Woodhouse Nepinak, a rappelé que le 30 septembre, « nous portons de l’orange pour nous rappeler que chaque enfant compte et pour sensibiliser au douloureux héritage des pensionnats qui ont tenté de priver les enfants des Premières Nations de leur langue, de leur culture et de leur identité ».
« Malgré les tentatives faites pour effacer notre peuple, nous sommes demeurés résilients », a déclaré la cheffe nationale qui déplore que les engagements pris en vue de « la publication des registres des pensionnats pour soutenir les efforts visant à localiser nos enfants perdus et à fournir des informations aux survivants » n’ont pas encore été respectés.
















































