Des groupes religieux, avec l’appui de la Table Interreligieuse de Concertation du Québec, travaillent à l’instauration d’un « dialogue apaisé » avec la société civile, les décideurs politiques et les médias. C’est à travers le Forum Foi et Espace public qui aura lieu le 12 octobre prochain au Château Royal à Laval.
« Quand on parle de religion dans l’actualité, il y a souvent une réaction à fleur de peau, c’est un sujet sensible. L’idée du forum est donc d’établir une conversation apaisée sur la question de la place de la foi dans la société québécoise, c’est de créer cet espace puisqu’il n’existe pas en ce moment », estime Jean-Christophe Jasmin, directeur des Affaires publiques à l’Union des Églises Baptistes Francophones du Canada (UÉBFC).
À part la création de ce cadre, le forum vise à sensibiliser la population à l’utilité publique de la religion et à la notion de liberté religieuse dans le contexte de la Révolution tranquille et de la laïcité au Québec.
Les organisateurs de la rencontre estiment que la place de la religion dans la société est mal comprise. Ils mentionnent que certains avancent qu’elle ne devrait pas être sur la place publique parce qu’elle est une affaire privée, selon eux. C’est dans ces conditions que des groupes religieux suggèrent une conversation apaisée.
Pour l’établissement de ce dialogue, on notera la présence au forum d’acteurs des milieux religieux, de membres de la société civile, de chercheurs qui œuvrent dans le domaine des sciences religieuses, de sociologues ainsi que de fonctionnaires, dont ceux de la Direction de la laïcité de l’État.
Les invités se pencheront sur trois thèmes. « L’ensemble des thèmes reprennent des sujets d’actualité, qui ont été traités dans la dernière année et qui sont, peut-être, parfois incompris », croit savoir M. Jasmin.
Religion et service public
La religion au service du public est le premier thème qui retiendra l’attention des participants. Il s’agira ici de voir la religion comme un service public.
M. Jasmin déplore qu’on accuse les milieux religieux de bénéficier de subventions gouvernementales à travers des exemptions de taxes sur les bâtiments. « On est comme une école, on offre un service public, mais qui n’est pas opéré par l’État », rétorque-t-il.
À propos de la religion et le service public, les organisateurs du forum font observer que durant la pandémie de COVID-19, la contribution socio-économique des groupes religieux a été mise en avant auprès des autorités gouvernementales.
« La Santé publique a ainsi appris à mieux tenir compte de la religion comme d’un service public, notamment pour la santé mentale, l’appartenance communautaire et l’accompagnement en temps de crise », relèvent-ils dans les documents annonçant l’événement.
L’offre de services spirituels et religieux dans les établissements de santé et les centres de détention, la prière, le culte et l’enseignement sont présentés également comme du service public.
Religion dans l’espace public
La religion et l’espace public est le deuxième thème du forum. Les organisateurs reconnaissent que la place de la religion dans l’espace public fait l’objet de vives polémiques au Québec.
À leurs yeux, l’idée que la religion devrait se vivre seulement à la maison et dans les lieux de culte est assez répandue dans la province. Ils pointent les médias de servir à véhiculer cette idée. Comme preuve, ils citent un texte d’opinion paru dans La Presse, et qui considère le retour de la religion dans l’espace public comme l’un des « grands dangers » de notre époque.
M. Jasmin constate que « dans les médias, même dans les grands journaux, les grands chroniqueurs vont confondre l’espace étatique, donc l’État, les institutions publiques et l’espace public. »
Sur cet aspect concernant la place de la religion dans l’espace public, les organisateurs de la réunion du 12 octobre écrivent dans leurs documents ceci: « L’espace public serait, faut-il croire, laïc et l’expression religieuse dans cette sphère, si elle n’est pas formellement interdite, constituerait au minimum une grossière impolitesse. » Ils spécifient que la liberté religieuse implique le droit de manifester publiquement sa religion.
Religion et pouvoirs publics
Quant au troisième thème, qui portera sur la relation entre la religion et l’État, M. Jasmin résume que « c’est toute la question de la laïcité » qui sera abordée.
Le directeur des Affaires publiques à l’Union des Églises Baptistes Francophones du Canada juge que le sujet est souvent présenté sous l’angle des signes religieux pour les enseignants, et ajoute que la loi doit garantir la liberté religieuse.
« On voulait donc avoir à la fois des fonctionnaires de l’État chargés d’appliquer la loi pour avoir une conversation apaisée là-dessus. L’idée n’est pas de tendre un guet-apens ou d’être contre la laïcité. L’idée, c’est quoi l’intention derrière cette loi sur la laïcité? », précise-t-il à Présence.
Sur ce point, le forum soulignera la nécessité d’une communication efficace entre l’État québécois et les communautés de foi.
« Les principes au fondement de la Loi sur la laïcité de l’État […] appellent non pas une ignorance ou une indifférence réciproque, mais bien l’établissement d’une meilleure communication », formulent les organisateurs dans leurs documents.
Ils notent la séparation de l’État et des religions, la neutralité religieuse de l’État, l’égalité de tous les citoyens et citoyennes, la liberté de conscience et la liberté de religion.
Les organisateurs attendent entre 100 et 150 personnes au forum.

















































