À l’approche du conclave qui débutera le 7 mai, les analyses abondent sur les prochains cardinaux papabili, nourrissant même des paris sur le futur pape. Cette réflexion signée par Alain Roy, prêtre de l’archidiocèse de Montréal et auteur, rappelle que le conclave est avant tout un temps de prière et de discernement dont le premier acteur est l’Esprit Saint – qui pourrait bien déjouer les attentes.
François, comme il aimait à se faire appeler tout simplement, a marqué nos vies. Dès le soir de son élection, alors que j’écoutais ce pur inconnu paru au balcon de Saint-Pierre, je me suis dit: « Il parle comme un curé ». Pas comme un théologien, pas comme un cardinal issu de la curie romaine, pas comme un spécialiste, mais comme un simple pasteur. Et il a gardé ce ton pendant douze ans.
J’ai aimé sa liberté de parole et d’action, sa façon d’être proche des gens, des jardiniers du Vatican, des jeunes, des pauvres. Il a vécu dans un appartement de deux pièces dans l’auberge Santa Marta plutôt que dans le palais apostolique parce qu’il ne voulait pas vivre seul et ainsi préserver sa « santé psychologique », disait-il. Il a voulu donner la parole à tous les baptisés par son synode sur la synodalité. Il était un homme du peuple qui encourageait les prêtres à « sentir la brebis » comme un berger proche de ses moutons.
Qui lui succédera? Déjà, plusieurs s’inquiètent d’hériter d’un pape « trop ceci, trop cela, pas assez ceci, pas assez cela ». On dresse déjà la liste des papabili. On peut bien s’amuser à la faire mais c’est inutile, à mon avis. D’abord à cause de l’adage bien connu à Rome: « Qui entre au conclave pape en ressort cardinal ». Les cardinaux n’élisent pas les ambitieux.
Surprises
Puis, observons simplement que depuis Jean XXIII, nous avons eu plusieurs surprises. Jean XXIII lui-même, élu à 77 ans en 1958, avait constitué une surprise majeure après le long pontificat de Pie XII. On voulait simplement un pape de transition qui ne ferait pas de vagues. Surprise! Il déclenche un concile et meurt en 1963 avant la fin. L’élection de Paul VI après lui était plus prévisible, car il avait été le secrétaire d’État, le numéro 2 de la hiérarchie, donc le mieux placé pour terminer le concile. À sa mort en 1978, on élit Jean-Paul Ier, que personne n’avait vu venir. Quelle idée de choisir ce prénom! Il fait sa marque par son sourire. C’était la première fois qu’on voyait un pape qui avait l’air d’aimer être pape! Il meurt 33 jours après. Quel choc!
Jean-Paul II lui succède. Il était le premier pape non-italien depuis des siècles. Un Polonais de 58 ans, athlétique, médiatique, spectaculaire. Il a déclenché les Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) qui ont rassemblé des millions de jeunes (que l’Église ne rejoignait plus) partout à travers le monde. Même sa mort en 2005 a été médiatisée. Lui succède Benoît XVI, qu’on dit conservateur. Et pourtant, il renverse tout le monde par une démission inattendue en 2013. Il crée un précédent historique car seulement neuf autres papes avaient renoncé à leur charge – le dernier étant Grégoire XII en 1415. Que fait-on d’un pape à la retraite? Comment l’appeler? Comment l’habiller? Doit-on lui verser une pension? Les canonistes s’arrachent les cheveux!
Vient ensuite François, le premier pape non-européen, un Argentin de descendance italienne. Un jésuite qui prend le nom du fondateur des Franciscains, qui refuse la limousine le soir-même de son élection, qui insiste pour payer sa chambre le lendemain de l’élection… Il raconte des blagues, il choisir de vivre à Santa Marta. Il téléphone à toutes sortes de gens, même au cardinal Turcotte sur son lit de mort à l’hôpital à Montréal, en 2015.
Alors, qui succédera à François? God knows! Oui, Dieu seul le sait. Depuis les six derniers papes, de Jean XXIII à François, nous sommes allés d’une surprise à l’autre. Pourquoi pas encore une surprise, cette fois-ci? L’Esprit Saint est bien fantaisiste. Laissons-le travailler. Et bénissons le Seigneur pour François: l’homme, le pasteur inspirant, le fils de migrant qui ne pensait jamais être pape.
L’abbé Alain Roy est curé de la paroisse Saint-Joachim de Pointe-Claire. Il est l’auteur de L’avenir est ouvert. 30 paroles d’espérance de Jésus (Médiaspaul, 2024) et de Les énigmes de l’Évangile. 30 paroles étonnantes de Jésus (Médiaspaul, 2021).
















































