L’ampleur des changements dus à la diminution des ressources humaines et financières au sein de l’Église catholique et de ses institutions conduit à interroger l’état des lieux de la pastorale sociale au Québec. Afin de brosser un portrait de la situation, Présence propose un dossier alimenté par des rencontres avec des intervenants de différents milieux. Dans ce septième texte, Hugo Saez présente deux initiatives catholiques pour lutter contre la solitude. Soyez à l’affût d’un nouvel article du dossier chaque lundi.
Dans un contexte où le lien social s’effrite, le nombre de personnes victimes d’isolement est en constante augmentation. En réponse à ce phénomène amplifié par la pandémie, l’Église catholique se mobilise. Regard sur la complexité de la problématique et sur les initiatives qui émergent au nom du christianisme social.
Lorsque l’on évoque les besoins comblés par les actions paroissiales des différents diocèses du Québec, l’isolement n’est peut-être pas le premier sujet qui nous vient à l’esprit. Pourtant, l’offre est là et parmi celle-ci figure le réseau des Haltes Saint-Joseph. Imaginée par l’abbé Serge Pelletier et Claudette Nadeau, laïque native de Granby, la première halte a vu le jour à Granby, en 2012. Depuis, plusieurs ont ouvert leurs portes comme à Trois-Rivières, Saint-Hyacinthe ou encore, plus récemment, à Québec.

Il s’agit d’un lieu d’accueil et d’écoute, où une équipe de bénévoles missionnaires est chargée de passer un moment avec des personnes qui vivent la solitude. « Notre but, c’est l’accueil inconditionnel, peu importe la couleur de peau ou la religion de la personne : ça n’a pas d’importance. On est un organisme soutenu par l’Église catholique, mais comme missionnaires nous offrons notre présence et nos oreilles », établit André Bernier, l’un des responsables de la Halte Saint-Joseph de Sainte-Foy.
Petits gestes aux grands impacts
En parallèle, d’autres projets se concrétisent, à l’image de la Halte Marie-Rose de Longueuil. Que ce soit pour profiter d’une partie d’échecs, prendre part à des activités manuelles, partager un café ou tout simplement discuter : l’objectif demeure l’accueil inconditionnel. « Ce que l’on souhaite, c’est favoriser l’inclusion sociale, dans l’esprit d’un tiers-lieu qui n’est pas la maison ni le travail, qui permet de faire des rencontres en misant sur l’écoute active et l’idée de la relation. Autour d’une table, il y a quelque chose d’informel : cela donne lieu à des confidences que l’on n’aurait pas imaginé obtenir autrement », atteste Christiane Lafaille, initiatrice de cette œuvre paroissiale.
« Un simple sourire, ça peut faire du bien à une personne. On se sent vivant et il y a une forme de solidarité qui naît », complète Claire, bénévole pour la Halte Saint-Joseph de Sainte-Foy en martelant qu’il ne faut pas sous-estimer la moindre attention qui pourrait nous paraître banale.
« Briser l’isolement, ce n’est pas facile »
Alors que ces lieux sont fréquentés en grande majorité par des aînés, leurs responsables tiennent insistent sur le fait que l’isolement est un fléau auquel personne n’échappe. « C’est aussi le cas des jeunes adultes qui viennent d’entrer sur le marché du travail ou les femmes monoparentales », souligne Christiane Lafaille. « La solitude touche aussi les couples. Il est déjà arrivé qu’un homme et une femme qui vivent sous le même toit soient venus pour me dire que même en étant ensemble, ils en sont victimes », renchérit pour sa part André Bernier.
L’isolement s’invite également de plus en plus au sein de la communauté étudiante. « Mais la question que l’on se pose, c’est comment les rejoindre ? Ils vont à l’université, au cégep et présentement, on ne peut pas ouvrir les fins de semaine ici », constate l’un des piliers de la Halte Saint-Joseph de Sainte-Foy.
Des séquelles psychologiques
Si l’isolement est un problème duquel la pastorale sociale se préoccupe, c’est notamment en raison des conséquences que ce phénomène peut provoquer chez les personnes qui en sont victimes. Qualité de vie réduite, état de santé plus fragile, sentiment de mal-être ou encore augmentation du risque de dépression : de nombreuses études ont démontré que l’isolement social peut conduire à du désordre sur le plan personnel.
« Quelqu’un qui vit la solitude a beaucoup plus de risques d’être victime d’abus et de maltraitance, en raison de l’absence d’un réseau de soutien. Et puis plus cette personne est seule, plus elle va se renfermer sur elle-même et va avoir de la difficulté à aller chercher des ressources », met en lumière la responsable de la Halte Marie-Rose. Par conséquent, même quelques minutes d’accueil et d’écoute peuvent faire une différence sur le long terme dans la vie de ses usagers. « Certains nous disent que depuis qu’ils viennent ici, ils sont heureux », se réjouit André Bernier.
« C’est loin d’être fini »
Toutefois, à l’heure où le réseau des Haltes Saint-Joseph est en pleine expansion, certains enjeux financiers constituent des entraves au développement de telles initiatives. Leur rattachement à la sphère catholique n’y est pas pour rien, déplorent les responsables.
« La seule publicité que l’on a, c’est le bouche-à-oreille. On sait très bien que si l’on va voir le premier ministre du Québec ou encore le maire de Québec, on n’aura rien parce que l’on est soutenu par la paroisse. Si on était un organisme à but non lucratif, on aurait plus de chances d’avoir des sous », souligne André Bernier.
Ce dernier appuie pourtant la nécessité de multiplier ce genre de projets face à la recrudescence de l’isolement, en plus de l’itinérance : « il y a beaucoup de places pour aider, mais c’est insuffisant. Rien que sur la 3e Avenue à Limoilou, il faut voir le nombre de personnes qui sont couchées devant une porte d’entrée : c’est épouvantable ».


















































