Léo Villeneuve avait juré de ne pas devenir prêtre. Aujourd’hui, c’est avec un suprême bonheur qu’il se voue corps et âme à l’Église dans les six paroisses qu’il sert dans l’Est de l’Ontario en tant que prêtre. Mais aussi en tant que père de deux enfants, issus d’un mariage.
L’histoire de ce natif de Chute-à-Blondeau, en Ontario, avait fait la manchette des journaux lorsqu’il avait été ordonné prêtre en 2014, à la paroisse Saint-Jean-Baptiste de L’Orignal, par Mgr Terrence Prendergast, à l’époque archevêque d’Ottawa.
Avant son ordination à 60 ans, l’homme avait son diplôme d’infirmier et s’était marié.
« Mon épouse travaillait là où je travaillais et c’est là que je l’ai rencontrée à L’Orignal, dans un foyer de personnes âgées. On s’est fiancé et on s’est marié en octobre 1975 », raconte Léo Villeneuve, qui a travaillé pendant 40 ans comme infirmier.
Décès
Le couple a eu sa première fille, Josée, en 1979, et son premier garçon, Francis, en 1981. Mais, en 2005, après une longue maladie, l’épouse de Léo Villeneuve décède.
Les deux devaient prendre leur retraite cette année-là. « Et je m’étais pris un bon plan de pension; on voulait voyager, mais elle est décédée », répète le prêtre, songeur. Sans transition aucune, il souligne: « Ma première vocation, c’est le mariage. La semaine que mon épouse est décédée, c’était la semaine où on célébrait notre 30e ».
Le veuf commence alors à se poser une kyrielle de questions sans réponses sur Dieu.
« Je peux vous dire que je ne voulais rien savoir d’Église en ce moment-là. Je n’étais pas très heureux, surtout qu’on ne savait pas de quoi mon épouse souffrait. On disait qu’elle avait une maladie psychologique et qu’elle s’imaginait tout ça dans sa tête », racontait douloureusement celui qui est maintenant dans sa 70e année.
Il était très frustré, lui, l’infirmier, de réaliser que son épouse s’est promenée d’un hôpital à l’autre pour finalement « avoir près de 13 diagnostics dont le cancer. »
L’homme en voulait aux médecins, mais, le regard pointé vers le ciel, il était sûr d’une chose: « On était quand même pratiquant », martelait-il. D’ailleurs, il vient d’une famille de neuf enfants. Ils remplissaient à eux seuls deux grands bancs d’église. « Les 2e et 3e bancs, c’étaient nos bancs à nous autres », scandait une voix dégoulinante de fierté chrétienne.
Le chemin du séminaire
Veuf donc, le natif de Chute-à-Blondeau continuait de travailler en soins infirmiers. Il avait connu deux femmes après le décès de son épouse, mais ni l’une ni l’autre ne pouvaient remplacer l’être cher qu’il avait perdu.
Dans ces conditions, il recommence à aller à l’église et sera approché par un prêtre. Ce dernier l’a convaincu de poursuivre les études afin de devenir prêtre.
Il était titulaire d’un baccalauréat et avait suivi plusieurs cours pour approfondir ses connaissances dans la religion catholique. Il était même nommé coresponsable d’une paroisse.
Fort de ces expériences, Léo Villeneuve intègre le Grand Séminaire de Montréal pour des études en théologie. Le quinquagénaire a bénéficié d’un programme adapté, qui n’a duré que quatre ans au lieu de sept ans, vu qu’il avait déjà « beaucoup de connaissances » dans le domaine.
Une fois ses études et son stage en paroisse terminés, il rencontre l’archevêque Terrence Prendergast et lui confie: « Je pense que je suis prêt. » Le veuf a été alors ordonné diacre, et quelques mois après, prêtre.
Pourtant jeune, il ne rêvait pas d’un tel avenir. Quand il était élève, devenir prêtre était le cadet de ses soucis.
« Je n’ai jamais pensé à la prêtrise. Au contraire, quand j’étais à Juvénat des Frères du Sacré-Cœur, je disais: « Non, Non, c’est pas pour moi, je ne porterai pas ça la soutane, mais voilà », s’aperçoit-il, pris d’un fou rire incontrôlable, en admirant sa tenue noire surmontée d’un col romain.
« À un moment donné, les frères ont dit: ‘’Oh non! Toi tu aimes beaucoup trop les petites filles pour devenir frère », enchaîne-t-il, amusé.
Aujourd’hui, c’est avec un divin plaisir que le septuagénaire sert l’Église.
Célibat des prêtres
Présence lui a demandé ce qu’il pensait du célibat des prêtres. Il ne transige pas sur la question et approuve le célibat des prêtres. Il le justifie par le fait que ces derniers doivent être toujours disponibles pour servir la communauté chrétienne.
Par exemple, le soir et la nuit, plusieurs personnes lui téléphonent pour diverses préoccupations comme les sacrements, dit-il.
« Si j’avais été marié au moment où j’étais prêtre, mon épouse aurait élevé les enfants toute seule, je n’aurais jamais été à la maison. Est-ce que c’est bien pour la famille? Est-ce que c’est bien pour les enfants? Moi je fais des enfants, et arrange-toi », s’indigne le prêtre.
L’abbé rapporte que ses enfants sont mariés et viennent toujours voir « papa ». « À l’occasion, j’arrive à m’échapper pour aller à certaines activités que Josée et Francis vont faire, mais c’est difficile », insiste-t-il.
Son petit-fils Louis-Philippe a 12 ans et pratique les sports de compétition. Le grand-papa assiste parfois à ces parties de hockey l’hiver ou de soccer l’été.
« Je vais à l’occasion, mais pas aussi souvent que je voudrais. J’ai une journée de congé, même là il arrive qu’on a des funérailles », réalise-t-il, tout en s’empressant de préciser qu’il ne se plaint pas et que, c’est un choix qu’il a fait.
En tout cas, Mgr Léo Villeneuve estime qu’il ne se trompe pas sur ses priorités.
« Ma première vocation, c’étaient le mariage et les enfants. C’est certain que c’est toujours le Seigneur ma priorité, mais après ça, c’est ma famille et les paroisses », réitère l’abbé.
D’ailleurs, lorsqu’il avait décidé de devenir prêtre, ses enfants n’avaient pas caché leur surprise. Ils lui ont demandé s’il pensait pouvoir être heureux « surtout avec tout ce qui se dit dans le monde maintenant. » La réponse du père n’avait pas tardé: « J’ai dit oui, mais vous demeurez ma priorité. »
L’homme qui gère six paroisses est écartelé entre les célébrations dans les écoles, les messes, les activités communautaires et les réunions.
Agressions sexuelles dans l’Église
Au sujet des révélations d’agressions sexuelles qui secouent une partie de l’Église, le curé se dit peiné.
« Il faut être réaliste, il ne faut pas jouer à l’autruche, il ne faut pas se mettre la tête dans la terre pour dire que ça n’existe pas. Ça existe, ça a existé, il faut déclarer ça. Chez nous c’est clair, c’est tolérance zéro dans notre diocèse », soutient celui dont les paroisses relèvent de l’archidiocèse d’Ottawa-Cornwall.
Il encourage les gens qui sont victimes de ces abus à les dénoncer parce que selon lui, ils sont inacceptables. L’abbé tient aussi à mentionner que l’Église pose également de bons gestes.
« C’est certain qu’on fait la manchette parce que nous sommes des porteurs de la morale. […] Mais il y en a combien qui ont dit: ‘’Je suis ambassadeur aujourd’hui grâce à l’éducation que j’ai reçue des communautés religieuses? Ça ne fait pas la manchette », se désole-t-il.
Après bientôt dix ans de prêtrise, c’est avec fierté que Mgr Léo Villeneuve avoue: « Par ma profession d’infirmier, je soignais le corps, maintenant avec la grâce de Dieu, je soigne l’âme. »

















































