« Il y a des hommes qui ne veulent pas être ici », lance la théologienne Catherine Clifford lors d’une visioconférence tenue le samedi 14 octobre durant un synode des femmes, un événement organisé à Montréal par le Réseau Femmes et Ministères et le collectif L’autre Parole.
Dix jours après le début du synode sur la synodalité auquel elle participe à l’invitation du pape François, elle reconnaît qu’il y a quelques évêques qui « ne croient pas au processus » de consultation sur l’avenir de l’Église qui se déroule actuellement à Rome.
Mais la théologienne de l’Université Saint-Paul croit qu’ils se font aujourd’hui moins nombreux. Elle pense même que depuis leur arrivée au Vatican, le 4 octobre, plusieurs d’entre eux « font des apprentissages » et des découvertes lorsqu’ils prennent place aux tables rondes qui rassemblent quotidiennement d’autres évêques, des cardinaux, des patriarches et quelque cinquante femmes, bon nombre des laïques comme elle.
Rythme de travail
Nommée par le pape à titre de déléguée canadienne – avec droit de vote – au synode sur la synodalité, Catherine Clifford a répondu, à distance et durant trente minutes, le samedi 14 octobre, aux questions de la sociologue Marie-Andrée Roy, une des trois fondatrices de L’autre Parole, un regroupement de féministes chrétiennes.
« Hautement qualifiée pour se retrouver dans cette noble assemblée », selon les mots de la sociologue des religions Marie-Andrée Roy, Catherine Clifford dit aller « très bien » après deux semaines d’assemblée synodale.
« Nous sommes tous et toutes un peu fatigués », confie-t-elle en direct de sa chambre à Rome. « Le rythme de travail est impressionnant ».
Heureusement, le moment de la visioconférence (9 h à Montréal, 15 h à Rome) marque la « fin de la semaine de travail » pour les 364 participants et participantes au synode. « On travaille très fort six jours par semaine et le processus nous demande beaucoup. On nous invite à entrer dans une démarche d’écoute qui est très exigeante. »
Lors de ces « conversations spirituelles » menées quotidiennement autour de tables rondes, « on découvre une Église universelle dans toute sa diversité ». On y nomme aussi, sans gêne, les défis qu’affronte l’Église catholique. Les 70 non-évêques présents au synode – dont Catherine Clifford et trois autres Canadiens – peuvent toujours prendre la parole, assure-t-elle. « On partage nos perspectives. Nous sommes écoutés et respectés », dit la théologienne.
Contributions des femmes
Catherine Clifford observe que les évêques qu’elle rencontre à Rome sont très conscients de la « nécessité de bouger, de changer la situation et de faire beaucoup pour mieux inclure les contributions des femmes à tous les niveaux de l’Église ».
Tout est « sur la table », aucune question n’est ignorée lors de ce synode, dit la théologienne. « Cela nous amène à repenser les ministères », dit-elle alors que ce débat semble fermé depuis plus de vingt ans au Vatican. « Je vous assure que la question du diaconat féminin est ouverte. On discute. Je suis encouragée », confie-t-elle à la centaine de personnes qui écoutent, à Montréal, sa conférence virtuelle.
« Je sens une grande ouverture de la part de beaucoup d’évêques quand on partage l’expérience des femmes [dans l’Église catholique] ». C’est à ce moment qu’elle rappelle que dans les sept rapports continentaux préparés en vue de cette rencontre, « on a mis comme priorité l’inclusion des femmes ».
Une « inclusion plus décisive dans la vie de l’Église », insiste-t-elle, bien que les discussions sur la gouvernance n’aient pas encore débuté. Mais cette question de la participation des femmes est bien présente depuis le début du synode, le 4 octobre. « Comment impliquer tous les baptisés de manière plus conséquente, dans tous les fonctionnements de l’Église, dans ses ministères, dans les structures de consultation et de prise de décisions? », résume-t-elle.
Diversité culturelle
Après près de deux semaines de discussions et de « conversations spirituelles », Catherine Clifford voit se dessiner un enjeu majeur, celui de la diversité culturelle.
Elle est convaincue que les participants ne pourront « pas trouver des réponses identiques » ou uniformes aux défis qu’affrontent l’Église catholique sur les différents continents et dans les diverses cultures. « Mais on peut s’entendre sur l’essentiel et avancer dans le respect mutuel », estime-t-elle.
« On aimerait trouver une solution uniforme, identique, pour toute l’Église, dans tous les continents, mais ce n’est pas évident », reconnaît-elle. « On est devant le défi de vivre une forme de diversité », y compris dans notre fonctionnement.
Elle donne l’exemple du mariage des prêtres. « Il y a ici [des délégués] de 23 Église catholiques orientales », dit-elle. Toutes ces Églises ont un clergé marié. « Cela n’enlève rien à la valeur de ceux qui ont choisi l’engagement dans le célibat », précise-t-elle. « Mais on a besoin de plus de liberté pour trouver des réponses » comme des « formes de ministère qui sont adaptées » aux besoins et sensibilités des populations locales.
C’est là que la théologienne de l’Université Saint-Paul, à Ottawa, confirme que depuis plus de 50 ans, les évêques canadiens demandent au Vatican la permission d’ordonner des hommes mariés pour servir dans les communautés autochtones. « Dans la culture autochtone, on ne ferait pas confiance à un homme qui n’est pas engagé dans un mariage », explique-t-elle. Mais dans d’autres cultures, les préoccupations sont différentes. « En Asie, on veut qu’un leader spirituel soit célibataire. On ne ferait pas confiance à un homme marié. »
Dans l’Église catholique, « il y a place pour une différenciation dans les pratiques », dit-elle aujourd’hui.
Cette diversité est même essentielle. « On doit relâcher cette image d’une Église uniforme, romaine, occidentale » et élaborer des formes de vie ecclésiale qui soient plus adaptées, « plus inculturées », dit-elle.
« Cette diversité n’enlève rien à notre unité », assure, en direct de Rome, la théologienne Catherine Clifford.

















































