Autorisée par la Cour d’appel le 27 mars 2025, l’action collective contre la branche canadienne de l’Ordre des Prêcheurs (les frères dominicains) franchit une nouvelle étape. Le document de procédure, la Demande introductive d’instance en termes juridiques, vient d’être déposé.
Ce document de 50 pages présente les témoignages de treize femmes et hommes qui indiquent avoir été agressées par des dominicains québécois. La plupart des victimes alléguées sont nées avant 1955 (8 d’entre elles) et les agressions qu’elles dénoncent ont eu lieu alors qu’elles étaient mineures (9 d’entre elles, la plus jeune étant âgée de 7 ans).
Le dominicain le plus connu qui soit mentionné dans cette affaire est le père Benoît Lacroix, philosophe, théologien et poète. Décédé à l’âge de 100 ans, le père Lacroix a été promu grand chevalier de l’Ordre national du Québec en 1996.
Cynthia Girard, la personne qui représente l’ensemble des victimes alléguées de l’Ordre des Prêcheurs, explique vivre en 1992 «des moments de détresse psychologique importants». Sa mère lui conseille alors «d’aller voir le père Benoît Lacroix, un guide religieux et spirituel très réputé, afin qu’il l’aide». Durant l’hiver et le printemps, Cynthia Girard le rencontre régulièrement.
À certaines occasions, le religieux l’embrasse et lui lit des «textes érotiques religieux». Les agressions qu’il aurait commises «prennent la forme d’attouchements sexuels, de masturbation et de fellation», précise le document déposé à la Cour supérieure, et elles ont été perpétrées durant «environ neuf séances». Lors de leur dernière rencontre, dans le bureau du père Lacroix au couvent Saint-Albert-le-Grand, la personne représentante lui assène qu’il est un être «menteur et malhonnête». Le dominicain l’aurait alors menacée et lui aurait ordonné «de garder le silence», ajoutant que «personne ne la croira».
Une personne nommée D dans le document judiciaire raconte avoir été agressée par le dominicain Philéas Roy en 1959. Des années plus tard, elle décide de dénoncer ce religieux auprès des autorités dominicaines
«D trouve le courage de se rendre à un établissement des dominicains situé sur la rue Girouard à Saint-Hyacinthe», précise la requête. Le supérieur l’accueille dans son bureau et ne «semble pas surpris» de ce qu’il entend. Elle n’obtient aucun suivi de cette rencontre «de la part du père supérieur ni d’aucune autre personne», lit-on dans la requête.
C’est ainsi qu’au début des années 1990, D informe les autorités policières des agressions qu’elle aurait subies. Des accusations sont alors portées contre le père Roy. Mais celui-ci décèdera avant la tenue de son procès.
Mentionnons qu’aucun des faits allégués dans cette action collective n’a été prouvé en cour. Ils seront débattus dans le cadre d’un éventuel procès, à moins que les parties parviennent à conclure une entente hors cour.
Dans une action collective contre des communautés religieuses ou des diocèses, on ne condamne pas les personnes dénoncées. Ce sont plutôt les institutions dont ils font partie qui doivent indemniser les victimes présumées si un juge reconnaît que des autorités religieuses ont eu connaissance d’agressions par certains de leurs membres, ont omis de mettre en place des mesures propres à les prévenir et n’ont pas accordé d’aide aux victimes alléguées.
Dans l’action collective contre les dominicains, la personne représentante réclame une somme de 450 000 $ tandis que le groupe des victimes demande qu’un montant total de 10M $ à titre de dommages punitifs leur soit versé (moins les frais dévolus à leurs avocats, soit environ 25%).
Au moment de publier, le frère Raymond Latour, assistant du prieur provincial, ne pouvait commenter cette nouvelle étape de l’action collective car son ordre «ne disposait actuellement d’aucune information supplémentaire». Le prieur de la Province Saint-Dominique du Canada est le frère Yves Bériault. En mars, lors de l’autorisation de l’action collective, il n’avait pas répondu à notre demande de commentaires.
Au Québec, l’Ordre des Prêcheurs compte aujourd’hui 40 membres, principalement à Québec, Montréal et Saint-Hyacinthe. «D’autres frères œuvrent à Ottawa, Toronto, Vancouver et à notre couvent extraterritorial au Japon, ainsi qu’un bon nombre dans notre vicariat du Rwanda et du Burundi», précise le frère Latour.
Voir aussi
Présence, L’action collective contre les Dominicains est autorisée, 8 avril 2025
Présence, Demande de recours collectif contre les dominicains, 4 juillet 2022
Présence, Allégations contre Benoît Lacroix: les dominicains en mode écoute, 23 juillet 2020
















































