« Selon la Conférence religieuse canadienne (CRC), les communautés religieuses comptaient 12 890 membres en 2011. Ce chiffre est passé à 7 973 en 2021, soit une baisse de 38% durant la dernière décennie », indique le Portrait général de la situation des archives religieuses produit par Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Durant la même période, le nombre de paroisses a diminué de 24%. Au-delà des chiffres et de la disparition d’individus, ces statistiques pointent vers la nécessité de penser au futur des archives religieuses de la province, dont la sauvegarde est importante pour notre histoire collective. C’était l’un des thèmes importants au 90e congrès de la Société canadienne d’histoire de l’Église catholique (SCHEC) au Centre d’archives Mgr-Antoine-Racine, à Sherbrooke.
Avec pour thème « Le goût des archives religieuses », la SCHEC appelait chercheurs et archivistes à réfléchir sur l’avenir et le contenu des archives religieuses de la province, qui traitent non seulement de pratiques religieuses, mais aussi, entre autres, du deuil de l’intime (Louise Lainesse) ou encore de la pratique de la médecine (Martin Robert).
Toutefois, les religieux et religieuses se retirant de plus en plus de la gestion des archives, les employés et stagiaires laïcs se trouvent devant des archives dont ils ne connaissent pas de prime abord l’organisation et le vocabulaire, ce qui peut ralentir leur travail et donc celui des chercheurs qui veulent se pencher sur ces riches sources (Philippe-Olivier Boulay Scott). Pour écrire ces histoires et celles à venir, il faut alors s’assurer de la pérennité des archives religieuses. Plusieurs intervenants ont ainsi parlé d’investissements majeurs en ce sens.
Le rôle de BAnQ
En 2020, le centre d’archives de l’Univers culturel de Saint-Sulpice a fermé ses portes pour deux ans, ce qui a poussé Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) à mieux s’impliquer dans la sauvegarde des archives religieuses, de « précieux témoins de l’histoire du Québec », ont souligné Éric Turcotte et Valérie D’Amour qui travaillent au sein de cette institution.
BAnQ travaille ainsi sur plusieurs fronts : elle cherche entre autres à mieux connaître les communautés religieuses, à soutenir les archivistes qui travaillent dans le milieu religieux et à sensibiliser les autorités gouvernementales à l’importance de ces archives. L’institution a notamment produit un Guide de gestion des archives des communautés religieuses en collaboration avec le Regroupement des archivistes religieux. D’autre part, un nouveau guide ainsi que des capsules sur la gestion des archives dans les paroisses seront bientôt publiés. Ils seront produits par le Conseil du patrimoine religieux du Québec (CPRQ) avec le soutien de BAnQ.
Les 45 ans du RAR
Caroline Brunet (Archives des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée) et David Bureau (Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal), tous deux impliqués dans le Regroupement des archivistes religieux (RAR), représentent la réalité actuelle du personnel des archives religieuses : ce sont des personnes laïques.
Depuis la fondation du RAR en 1978, les défis ont ainsi évolué. Au départ, il s’agissait par exemple de former des religieux ou religieuses qui s’étaient vu confier la gestion des archives par leur communauté. Aujourd’hui, les formations permettent au personnel laïque d’apprendre le langage propre à la vie religieuse (comme noviciat) afin de comprendre l’organisation et les archives pour lesquelles ces laïques travaillent.

Les membres du RAR commençaient déjà à s’inquiéter du patrimoine religieux dans les années 1990, par exemple avec la fermeture du Service des archives historiques du Séminaire de Québec (rouvert en 1994 à la suite, notamment, d’une lettre de protestation du RAR en 1993). Depuis, le regroupement a participé à une étude de faisabilité concernant la création de centres d’archives régionaux pour les archives religieuses. Il offre aussi des formations sur la fermeture et le transfert d’archives religieuses en plus d’établir un partenariat avec BAnQ pour travailler à la sauvegarde de ce patrimoine.
La Fondation Archives et patrimoine religieux du Grand Montréal
Fruit des travaux amorcés par le RAR et de plusieurs communautés religieuses, la Fondation Archives et patrimoine religieux du Grand Montréal (FAR) est un organisme dont l’objectif est d’assurer la pérennité du patrimoine religieux d’ici. Catherine Larochelle (Université de Montréal) et Céline Widmer (FAR) en ont présenté l’historique et les grandes lignes lors du congrès de la SCHEC.
Plusieurs communautés religieuses sont appelées à disparaître, pour quelques-unes dans un court horizon de cinq à dix ans, mais elles ont à cœur d’offrir un héritage à la société québécoise en assurant la préservation de leurs archives. Ainsi, ces communautés (dix congrégations féminines et quatre masculines) se sont engagées à payer pour la conservation commune de leurs archives via un OBNL, le FAR. Ce dernier assurera la préservation, la recherche et la médiation culturelle avec différents publics dans un seul lieu, à Longueuil.
Ce centre d’archives offrira plusieurs avantages (catalogue en ligne, plusieurs archives dans un seul lieu, etc.), mais aussi des défis. Les présentatrices ont noté la difficulté pour les chercheurs de comprendre les spécificités des multiples congrégations qui confient leurs archives au FAR et celle de savoir ce qui a été élagué, entre autres pour des questions de coûts. Dans tous les cas, il s’agit d’un projet ayant pour potentiel de ranimer l’intérêt des chercheurs pour la préservation et la mise en valeur des archives religieuses.
Un travail en commun pour l’avenir
Ce qui est ressorti de ces conférences au congrès de la SCHEC, c’est la collaboration entre différentes organisations et diverses congrégations pour assurer l’avenir des archives religieuses. Ces dernières sont importantes pour préserver et étudier l’histoire des congrégations religieuses au Québec, mais aussi d’autres sujets très importants aujourd’hui, comme les rapports entre institutions religieuses et communautés autochtones, notamment en ce qui concerne les pensionnats pour Autochtones. Il s’agit d’un héritage à ne pas perdre, à la fois pour les chercheurs et pour l’ensemble de la société.
Voir aussi
(1) Présence, Jean-Louis Roy joint la Fondation des archives religieuses du Grand Montréal, 29 mars 2023
(2) Présence, Avenir des archives religieuses: le temps presse, 30 octobre 2020
(3) Présence, Archives religieuses: le cas des sulpiciens suscite des inquiétudes, 19 août 2020















































