L’archevêque de Québec, le cardinal Gérald Cyprien Lacroix, est certes secoué par les allégations portées contre lui mais il se dit « profondément en paix », a déclaré l’évêque auxiliaire Marc Pelchat, le dimanche 28 janvier 2024, avant que ne débute une célébration rendant hommage aux religieuses et aux religieux québécois.
C’est le cardinal Lacroix lui-même qui devait présider cette célébration spéciale qui faisait partie des fêtes du 350e anniversaire de l’archidiocèse de Québec et qui se déroulait au centre Le Montmartre de Québec. Les témoignages prononcés par des religieux ainsi qu’une messe étaient diffusés en direct par la webtélé et la chaîne YouTube de l’archidiocèse.
L’évêque auxiliaire Pelchat a d’abord salué « toutes les personnes qui sont en ligne avec nous en ce moment, spécialement les personnes de la vie consacrée ». Il a ensuite révélé que « monseigneur Gérald Cyprien Lacroix est également à l’écoute ». Des applaudissements nourris ont alors fusé.
Notre barque est secouée
« Vous le savez, notre Église diocésaine traverse en ce moment une tempête sans précédent », a-t-il poursuivi. « Notre barque est secouée. Nous sommes déstabilisés. Déstabilisés, mais non pas abattus, car le Seigneur ne cesse pas de nous accompagner dans ce passage. »
« Nous continuerons d’avancer ensemble, en communion avec notre frère archevêque », a ensuite déclaré Mgr Pelchat.
Il a rappelé que le cardinal a suspendu ses activités « pour le moment » et qu’il « nie catégoriquement les allégations qui le visent présentement ».
« Ayant pu échanger avec lui à plusieurs reprises, au cours des dernières heures, il m’a souvent redit qu’il était profondément en paix et que son esprit, son âme, [sont] parfaitement tranquille[s]. Même s’il est secoué », a-t-il confié.
[Le cardinal] « m’a demandé de vous transmettre aujourd’hui la paix qui l’habite ». Les personnes présentes ont fortement applaudi ces mots.
Mgr Pelchat a assuré que « les responsables diocésains continueront d’avancer dans le processus juridique de l’action collective dans le respect de la vérité et de la justice, avec le souci que nous avons toujours, que nous avons toujours eu, d’offrir une réparation aux survivants et survivantes d’abus sexuels et d’inconduites de la part de membres de notre Église ».
Prières
Au terme de cette allocution, l’évêque auxiliaire a invité l’assemblée à prier « pour que notre archevêque conserve cette paix qui est la sienne, profonde, jusqu’à son retour quand la tempête sera apaisée ».
« Merci de prier pour lui et de prier les uns pour les autres, en nous soutenant. » Une nouvelle salve d’applaudissements a alors retenti.
Sous le choc
Paméla Groleau, cette ex-agente de pastorale qui fait partie de l’action collective contre l’archidiocèse de Québec, a participé elle aussi à la célébration de dimanche. À distance, tout comme le cardinal Lacroix.
Elle a été « choquée » en entendant « ce discours plein de contradictions », avant même que ne débute la messe pour la Journée internationale de la vie consacrée.
« Comment peut-on affirmer que le diocèse continuera d’avancer dans le respect des victimes alors qu’on met l’accent ce matin sur la non-responsabilité concernant les gestes allégués? »
Elle n’en revient pas que l’on ait invité l’assemblée « à prier pour le cardinal Lacroix et, en aucun temps, pour la victime ».
Selon cette femme qui a travaillé au sein de l’Église catholique durant 15 ans, l’archidiocèse n’aurait pas dû prendre une position aussi tranchée.
« Qui voudra dénoncer après avoir entendu ces propos? Qui voudra dénoncer après avoir vu ma poursuite en diffamation? »
« Vraies » victimes
Elle rappelle que lorsque son histoire a été rendue publique, « le diocèse a tenu le même genre de discours, allant jusqu’à demander de prier pour les vraies victimes », insistant sur le qualificatif utilisé.
« En aucun moment, je n’ai été considérée comme une victime », déplore-t-elle aujourd’hui.
Le raisonnement qu’on lui lançait constamment lorsqu’elle rencontrait les autorités de l’archidiocèse était toujours le même: « Si j’étais assez vulnérable pour être considérée comme une victime, alors je n’étais pas apte à exercer mon travail d’agente de pastorale. Un rapport serait alors fait à mon évêque pour qu’on me retire mon mandat. On m’a dit cela devant témoin », explique-t-elle, outrée.
« Et aujourd’hui, on répète, de nouveau devant témoins, un discours qui place la victime comme l’agresseur, et l’agresseur comme victime. »
Paméla Groleau peut comprendre les marques personnelles de soutien exprimées envers le primat de l’Église canadienne. « Mais ne pourrions-nous pas nous abstenir de tenir des discours qui placent les victimes automatiquement dans la position de celles qui mentent, de celles qui sont les méchantes de l’histoire? »
Elle estime que « la neutralité serait beaucoup plus respectueuse ».
Enfin, elle ne croit plus les autorités religieuses lorsqu’elles disent leur « souci des victimes ». « Leur souci est de protéger les leurs, à n’importe quel prix », lance-t-elle.
« Même au prix d’un procès. Même au prix de l’intégrité des victimes. »
















































