Le temps d’un été, de Louise Archambault, c’est d’abord une histoire célébrant la vie et sa capacité à renaitre par la force de l’amitié. Film touchant sur les réalités de l’itinérance, rempli de moments tendres, mêlant émotion et rires, mais lourd également du regard qu’il pose sur l’érosion du catholicisme au Québec.
Marc (interprété par Patrice Robitaille) est le curé d’une paroisse montréalaise en décrépitude. Il hérite d’un domaine en Gaspésie où il décide d’emmener sa gang de marginaux pour quelques mois. Avec sœur Monique (Élise Guilbault), une religieuse pragmatique aux petites lunettes rondes, ils forment un duo étonnant, mettant à l’écran un pan du catholicisme qui est passé dans l’ombre de la mémoire collective : un catholicisme social pour lequel la foi se vit d’abord comme une lutte contre l’oppression, quitte à confondre l’évangile du Christ avec celui de Marx. « Où est passée l’idéaliste prête à prendre un AK-47 ? », demande Marc lorsque sœur Monique lui fait part de son scepticisme. Une remarque qui la fait sourire, mais qui évoque aussi une réalité historique : nombreux sont les religieuses et religieux du Québec qui ont effectivement découvert ou approfondit leur vocation dans les bidonvilles d’Amérique latine, souvent à travers une « théologie de la libération » condamnée par leur hiérarchie.
« Des tas de pierres à la mémoire de notre orgueil »
N’empêche, dans le contexte du film, Marc fait plutôt figure d’anti-héros. Largué par son amante, incapable de redresser les finances de sa paroisse, prêchant les Béatitudes dans une église pratiquement déserte: il évoque davantage la figure de Don Quichotte courant après les moulins à vent que celle du curé Labelle, le super-prêtre des Belles Histoires des pays d’en haut.
Le sort du catholicisme dans le Québec séculier est dépeint sans fard. « Dans le temps, on voulait sauver des âmes, mais on a fait plus de mal que de bien », résume le vieux curé gaspésien auquel se confie Marc. Même s’il ne saurait résumer l’héritage catholique, le triomphalisme d’une institution voulant régir les âmes jusque dans l’intimité conjugale aura été fatal pour la religion au Québec. Toutefois, ce n’est pas à la haine anti-religieuse que se confronte aujourd’hui l’Église, mais à sa propre insignifiance. La société évolue et les nouvelles générations ne savent plus que faire d’une institution cléricale dont ils ne comprennent plus grand-chose. Subissant un phénomène d’« exculturation », pour reprendre le terme de Danièle Hervieu-Léger, restera-t-il du catholicisme autre chose que « des tas de pierres à la mémoire de notre orgueil » ?
Une rédemption est-elle possible?
La formule est rude. Pourtant, loin des dichotomies simplistes, le film met également le doigt sur les travers d’une société émancipée, mais où l’individu se trouve souvent enfermé dans son mal-être intérieur.

Les trajectoires de vies que l’on découvre trouvent leur salut dans des rapports humains faits de gratuité, de bienveillance, d’écoute et de pardon. Or si le film fait mouche, c’est bien parce que ces réalités n’ont rien d’une évidence dans notre mode de vie actuel. En effet, malgré son côté loufoque, l’image de la gang de Marc sur une barge flottante au milieu du brouillard évoque aussi la fragilisation du tissu communautaire dans le Québec d’aujourd’hui.
Tout en laissant la question ouverte, Le temps d’un été dessine peut-être ici un chemin de rédemption pour le catholicisme dans la culture contemporaine. Entre le film de Louise Archambault et la réalité ecclésiale contemporaine, les thématiques s’entrecroisent de façon étonnante! Difficile de ne pas relever que cet automne, s’ouvre à Rome un synode où sera posée la question de l’avenir de l’Église, mettant sur la table des débats sans précédent sur l’inclusivité, les femmes et la gouvernance. Difficile, également, de ne pas souligner que ce processus est initié par un pape en provenance du continent latino-américain, familier des quartiers populaires de Buenos Aires et prêchant la pauvreté évangélique. Un pape qui invite l’Église à se débarrasser de son triomphalisme et de ses travers moralisateurs. Un pape qui enjoint le clergé à ne pas « s’enfermer dans les sacristies », mais à aller vers les « périphéries ».
Concernant l’avenir du catholicisme au Québec, ce n’est certes pas le synode de cet automne qui, de lui-même, pourra inverser la tendance. Pourtant la question se pose : à l’ère où s’érode de façon préoccupante le capital social des sociétés démocratiques, les communautés de foi n’ont-elles pas quelque chose à offrir ? Quelque chose de l’ordre d’un être ensemble imprégné par des valeurs sociales et humanistes, elles-mêmes enracinées dans la vie et le message de l’homme de Nazareth? Chose certaine, la persistance de la thématique religieuse dans le paysage cinématographique québécois montre que le lien avec le catholicisme n’est peut-être pas aussi rompu qu’on pourrait le croire.
Stéphane Bürgi
L’auteur est docteur en études du religieux contemporain et chargé de cours à l’Université de Sherbrooke.
















































