À l’approche de la fin de l’année et des vacances de Noël, l’équipe de Présence vous propose ses coups de cœur littéraires : des ouvrages qui nous ont touchés, qui nous ont fait réfléchir ou qui nous ont fait rêver! Cette semaine, les coups de cœur de Louis Cornellier, de Yves Casgrain, de Fannie Dionne, de Michel Labonté et de Stéphane Bürgi.

Le coup de cœur de Louis Cornellier : Frankenstein
Écrit en 1818 par la Britannique Mary Shelley alors qu’elle n’avait que 18 ans, Frankenstein ou le Prométhée moderne est un des meilleurs livres que j’ai lus dans ma vie. On l’imagine souvent comme un roman d’horreur. Il s’agit plutôt, pourtant, d’un puissant roman philosophique.
Le savant suisse Victor Frankenstein, convaincu que la science peut procurer la vie éternelle, fabrique un humain à partir de morceaux de cadavres. Ça marche, mais l’homme ainsi créé est physiquement affreux et fait peur au scientifique, qui l’abandonne.
L’horreur, s’il y en a, est justement là, dans cet abandon de la créature par le créateur. Le monstre, démuni, est doux, généreux, en quête de relations humaines, mais il ne trouve, dans son errance, que rejet, un manque d’amour qui le rend amer et vengeur.
Ce roman, à la fois sombre et lumineux, célèbre la beauté de la Création, la grandeur de la culture transmise qui nous permet de mieux aimer ce monde et ses créatures, mais il nous met aussi en garde contre la tentation de se prendre pour Dieu et nous rappelle à notre devoir humain d’accueillir l’Autre, pour ne pas le transformer, et nous de même ce faisant, en monstre.
Une nouvelle traduction, réalisée par la romancière québécoise Élisabeth Vonarburg, vient tout juste de paraître dans la collection « Points ».
Mary Shelley, Frankenstein ou Le Prométhée moderne, Paris, Points, 2025, 320p.

Le coup de cœur de Yves Casgrain : Les mains de Selim sur le corps du christ en croix
Ce roman, écrit par Jean-Marie Gourio et publié en 2017 chez Julliard, raconte l’histoire de Selim, jeune adolescent musulman à la dérive. Une nuit de Noël, avec sa bande, il met le feu à une voiture qui explose. Il est arrêté et condamné à huit mois de réclusion dans un établissement fermé. À sa sortie, il est engagé comme apprenti dans l’atelier Le Bois doré, une association de réinsertion pour jeunes délinquants. Il y fait la rencontre d’un autre jeune, Yoram, un juif. Le fondateur, Gabriel, athée, leur apprend l’art de sculpter, mais aussi de vivre en harmonie avec les personnes qu’ils soient athées ou croyants.
Un jour, un client demande à Gabriel de restaurer un très vieux crucifix. Cette commande viendra tester les convictions et les limites de chacun. Ce roman souligne la fragilité de l’amour fraternel et de l’amour filial au sein de relations sectaires.
Jean-Marie Gourio, Les mains de Sélim sur le corps du christ en croix, Paris, Julliard, 2017, 180p.

Le coup de cœur de Fannie Dionne – La série Trône de verre
Cette série campée dans un univers fantasy unique suit Caelena, jeune assassine professionnelle, qui se révèle une princesse aux immenses pouvoirs choisissant de s’élever contre les puissances de l’obscur avec ses compagnons. Cette description sommaire ne suffit toutefois pas à rendre la profondeur de l’intrigue ni la finesse du développement des personnages. Les arcs narratifs et les liens tricotés entre les différents protagonistes sont franchement impressionnants. En effet, les personnages, très unidimensionnels au départ, s’avèrent presque tous complexes, ce qui rend la ligne entre héros et antagonistes parfois floue.
Destinée aux jeunes adultes, la série explore des thèmes qui invitent à réfléchir : le choix difficile entre le confort individuel et l’engagement pour le bien commun, comment le pardon de soi peut entraîner une guérison spirituelle, l’acceptation de ses limitations physiques, le discernement de ce qui est juste par rapport à ce qui est attendu… le tout entrecoupé de combats épiques.
Sarah J. Maas, Le Trône de verre, Paris, De La Martinière Jeunesse, 2025, 485p.

Le coup de cœur de Michel Labonté – Pour un soulèvement écologique
Alors que la COP30 vient de se conclure sur des objectifs peu ambitieux, notre Maison commune a plus que jamais besoin de notre vigilance. Pour y parvenir, il est essentiel de lire des ouvrages qui nous aident à mieux comprendre les réalités de notre monde et à envisager des solutions concrètes et réalisables. Et puisque l’inaction n’est tout simplement pas une option, la mobilisation citoyenne apparaît comme la voie à suivre.
C’est dans cet esprit que l’auteure Camille Étienne a publié son premier ouvrage, Pour un soulèvement écologique, sous-titré Dépasser notre impuissance collective.
L’ouvrage s’enracine dans le vécu de l’auteure, née à une époque où les changements climatiques étaient déjà largement observables. Animée du désir de faire changer les choses et complice de Greta Thunberg dans ses activités de mobilisation citoyenne, l’auteure nous livre non seulement un témoignage personnel, mais une analyse fine des éléments qui ont conduit à la gravité de la crise qui se déroule sous yeux. Pour elle, « la peur devient un compagnon de route qui, sans annihiler la joie de vivre, s’assure que nous soyons à la hauteur ». Elle devient ainsi un « instrument de lucidité et d’adaptation au présent ». Un bouquin qui nous donne le goût de passer à l’action!
Camille Étienne, Pour un soulèvement écologique, Paris, Seuil, 2023, 178p.

Le coup de cœur de Stéphane Bürgi – Tolkien contre les machines
Il y a des imaginaires dont la récupération politique n’est pas toujours heureuse. Les épopées fantastiques en font partie : baignées de nostalgie pour un passé glorieux, mettant de scène des luttes épiques, elles peuvent servir de cadre imaginaire aux causes les plus réactionnaires. C’est pour sauver l’auteur du Seigneur des anneaux de ce triste détournement que Sébastien Fontenelle a écrit le petit livre Tolkien contre les machines.
Certes, le très catholique Tolkien se considérait lui-même comme un «vieux réac’». Pourtant, la modernité qu’il regardait avec dédain n’était pas celle de la démocratie et de l’égalité, c’était plutôt celle de l’industrialisation et de la tentation totalitaire. Rien ne le mettait plus en rogne que la récupération de la mythologie nordique par ce «petit ignorant d’Adolf Hitler». Le monde des hobbits, des elfes et des magiciens, argumente Fontenelle, est infiniment plus proche d’une utopie écologiste que d’un fantasme techno-fasciste.
En nous faisant voyager dans la Terre du Milieu, ce petit livre invite à penser un monde différent, fait de simplicité, de sobriété et de communion avec «tout ce qui pousse et qui vit».
Sébastien Fontenelle, Tolkien contre les machines. Écologie et antifascisme en Terre du Milieu, Montréal, Lux Éditeur, 2025, 117p.















































